LA STRUCTURE TYPIQUE DE LA COMÉDIE ANCIENNE I7Q
mordants à son tour contre ceux qui l'attaquent. Des insultes on passe vite aux coups : une bataille devient presque inévitable. Les Athéniens s'aperçurent vite qu'il y avait quelque chose de plaisant dans ces rencontres d'un homme d'esprit et d'une troupe agressive. Dès lors chaque z.w|j.cç eut son compère, c'est-à-dire un homme qui du milieu de la foule répondait aux provocations du -/.wjasç, trouvait la réplique juste à toutes ses plaisanteries, engageait même la bataille avec toute la troupe et, à la grande joie des assistants, en triomphait par quelque invention imprévue et bouffonne. Nous voyons parfois dans nos théâtres un spectacle analogue quand le compère de la revue dissimulé au milieu des assistants se met brusquement à interpeller les acteurs en scène, les ridiculise et enfin accepte de prendre leur place sur la scène. Mais à peine est-il introduit dans la revue que celle-ci devient une succession de scènes sans lien les unes avec les autres : le compère ne sert plus qu'à diriger le défilé des curiosités de l'année. Il en fut de même en Grèce : une fois le compère vainqueur, le ym\).c$ réduit au silence, il fallait bien introduire de nouveaux personnages dans la farce, si l'on ne voulait pas la réduire à n'être qu'un monologue du protagoniste : de là un défilé de personnages qui venaient fournir à nouveau au protagoniste des occasions de faire de l'esprit ; et ainsi la seconde partie de la comédie vint s'ajouter à la première. Gomme il fallait bien, d'autre part, donner à ces scènes une apparence d'unité, la nécessité s'imposait d'une intrigue, si sommaire qu'elle pût être. Cette intrigue étant toujours bouffonne, c'est-à-dire invraisemblable, demandait à être exposée et excusée d'avance : d'où le prologue. La comédie était dès lors complète.
Nous pouvons dans les pièces d'Aristophane suivre la destinée de la comédie ainsi formée. Les Acharniens , les Cavaliers, les Guêpes, la Paix, les Oiseaux sont, dans leurs grandes lignes, conformes au modèle que nous venons de déterminer : les Nuées seules se distinguent très nettement des autres comédies de cette première période. Elles représentent un effort original et vigoureux pour créer une comédie plus dégagée de formules et plus riche de matière. Le prologue est développé avec plus de liberté ; la scène de bataille est supprimée ; l'àyiov se lie à la parabase ; l'action enfin ne s'arrête pas à la para-
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base, elle continue sa marche jusqu'au dénouement, c'est-à-dire jusqu'aux derniers vers de la pièce. Malheureusement les Nuées échouèrent. La pièce était mal faite. Aristophane avait disjoint les vieux cadres, mais il ne les avait pas brisés ; une pièce qui contenait trois àyàivc; ne pouvait avoir l'allure aisée et rapide que son auteur voulait lui donner. Il avait cru peut-être créer un type de comédie nouveau et il n'avait fait en réalité que joindre maladroitement deux comédies construites sur le type ancien. 11 revint donc aussitôt à la forme traditionnelle. Mais sa tentative n'avait peut-être pas été isolée : d'autres poètes sans doute s'aperçurent que la comédie avait, comme la tragédie, besoin d'une action qui se développât régulièrement et retint l'attention du spectateur jusqu'à la fin de la pièce. En tout cas, les deux pièces qu'Aristophane fit jouer en l\ 1 1 , contiennent une véritable intrigue. Les cadres anciens n'en conservent pas moins un rôle dans la pièce ; on les retrouve tous à leur place accoutumée, dans Lysistrata ; ils subsistent encore dans les Thesmophories, bien que leur ordre y soit troublé et leur forme altérée. La composition comique passe par une période de trouble et d'incertitude. On hésite et on tâtonne. Les Grenouilles sont une pièce incohérente et informe : elle n'a rien de la comédie d'autrefois, car le chœur n'y joue aucun rôle ; elle n'a rien non plus d'une comédie d'intrigue, car elle est toute en discussions et ces discussions s'enferment dans les cadres les plus rigides de la comédie ancienne. Dans ce désarroi, l'unité d'action disparaît, le chœur devient un simple spectateur, le rôle du protagoniste s'efface, et l'on voit la seconde partie de la comédie se développer au détriment de la première: les courtes scènes qui jadis suivaient la parabaseet n'étaient que des tableaux burlesques deviennent de petites comédies, bien composées, qui se suffisent à elles-mêmes et, par la finesse et l'exactitude de l'analyse, la sobre précision delà langue, annoncent déjà la comédie nouvelle. C'est ainsi qu'est faite Y Assemblée des femmes ; c'est encore ainsi qu'est composé le Plutus; mais, dans cette dernière comédie, Vxywi est si artificiellement introduit dans le drame qu'on peut conjecturer avec bien des probabilités qu'il dut disparaître bientôt après de la comédie. Débarrassée de l'àywv, il est vraisemblable que la composition comique tarda peu à devenir ce qu'elle est chez les poètes de la comédie nouvelle.