Le chœur, Cléon, Agoracrite, Démosthène: i5 tétram
284-3o2. Cléon, Agoracrite : système trochaïque (19 éléments).
Il y a dans cette parodos une division symétrique qui doit répondre à un jeu de scène. Par deux fois le chœur prononce huit tétramètres et Cléon réplique par trois tétramètres. Voici sans doute la raison de cette correspondance. Le premier demi-chœur entre d'abord seul et se précipite à la poursuite de Cléon. Celui-ci s'enfuit, fait le tour complet de l'orchestra et, au moment où il revient à la parodos de droite, il appelle à son secours les héliastes (v. 255-257). Au lieu des héliastes,
1 . Cléon est si répugnant à voir que nul fabricant de masques n'a eu le courage de le faire ressemblant (23o sqq.).
c'est le second demi- chœur des Cavaliers qui apparaît1. Il charge, et Cléon de nouveau s'enfuit, jusqu'au moment où, recourant à un expédient grossier, il s'arrête et s'écrie : « Comment ! c'est vous qui me frappez, au moment même où j'allais proposer d'élever un monument à votre valeur ! » Les Cavaliers, stupéfaits d'une pareille hypocrisie, cessent leur poursuite. Cléon, à ce moment, est entre les demichœurs, au centre même de l'orchestra.
Il cherche à rompre le cercle de ses ennemis ; il tente de se glisser entre deux choreutes : ceux-ci le repoussent d'un coup de genou dans le ventre2. Il se redresse alors en menaçant et, de cette voix qui suffisait à bouleverser la cité3, il se flatte de mettre le chœur en fuite par ses seuls cris. Mais les Cavaliers lui opposent le charcutier. Agoracrite s'avance, et encouragé par Démosthène, il répond à Cléon en hurlant plus fort encore. A pleine voix, sans respirer, les deux adversaires se lancent défi sur défi. Le dernier mot appartient à Cléon. Il se défend et lutte avec une inlassable énergie. Le chœur lui-même en laisse échapper un cri d'admiration indignée.
Cette dernière partie de la scène est un long système trochaïque, qui sert de tcvîyoc aux tétramètres qui précèdent. Toutes les scènes de discussion des Cavaliers se termineront ainsi. Notre comédie est la pièce qui contient les systèmes les plus nombreux et surtout les plus longs de tout le théâtre grec. La raison en est facile à comprendre. Cléon et Agoracrite terminent chacune de leurs rencontres par un assaut d'invectives : ils s'insultent et se menacent à perdre haleine. Dans ce genre de lutte, la victoire est à celui qui ne laisse pas un instant de silence après l'insulte reçue, mais répond sans hésiter en criant plus fort. Or, c'est bien ce que traduit le système, qui ne permet aucun repos ni aucun ralentissement à la voix des acteurs jusqu'à la dernière syllabe. Mais, dans l'emploi de ce procédé un peu monotone en soi, Aristophane a su ingénieusement graduer ses effets. Dans cette première escarmouche entre Cléon et Agoracrite, Cléon reste vain-
i. Cf. 266: ÇuvejuxckjÔ' ujxcîç. Ces mots ne peuvent s'adresser qu'à de nouveaux adversaires. La division en deux demi-chœurs est prouvée par là même.
2. Cf. Sch. 273: ya.<3T:p%op.a.i. Si eîtov wç JcXtjyeIî tw oxeXs'..
3. Il convient de conserver au v. 2741e toarsp des manuscrits. La correction oasîp fausse le sens.
queur cl c'est lui qui achève le système, sans que son adversaire trouve de réponse à lui l'aire. A la seconde et à la troisième passes, Cléon n'aura déjà plus le dernier mot: ce sera Démosthène (v. 375-38i), puis le coryphée (453-456) qui viendront donner le coup de grâce au démagogue à demi vaincu par le charcutier. Enfin, dans la lutte finale, en présence de Démos, c'est Agoracrite qui, seul et par deux fois (v. 83o 835 et 927-9,40,), fermant la bouche à Cléon, l'accablera sous ses invectives triomphantes.
La longue scène qui suit est une scène de bataille en forme d'ôywv double :
( 3o3-3i3. 'Q'.or) A *.
<3i.'i-3ai. ïlpoïK'.ppr^j.a. 2, 8 tétram. troch.
( 3aa 33a. 'QtSri B 3.