‹ Essai sur la composition des comédies d'AristophaneChapitre 4 sur 142 · o. jV. 3 tétramètres trochaïques. a4i. Dicéopolis · texte numérisé non relu

o. jV. 3 tétramètres trochaïques. a4i. Dicéopolis

Voici comment il faut probablement interpréter cette division : Le premier demi-chœur apparaît seul, et, tandis qu'il se répand dans l'orchestra en courant, son chef récite le premier épirrhème. Puis, les choreutes se groupent et entonnent (en l'accompagnant d'une danse et d'une mimique animées) la première strophe. Le second demi-chœur fait ensuite son entrée d'une façon analogue. A ce moment, le premier parastate reprend la parole pour adresser à ses choreutes une nouvelle invitation à chercher le coupable ; mais le second parastate a entendu la voix de. Dicéopolis derrière la porte de sa maison à gauche : tout le chœur se retire donc au fond de l'orchestra, près de l'entrée de droite, contre la maison de Lamachos ' .

1. Il n'est pas impossible qu'il y ait dans toute cette parodos un souvenir des Euménides : les Acharniens acharnés à la poursuite d'Amphithéos rappellent singulièrement les Furies attachées aux pas d'Oreste. Certains détails extérieurs devaient souligner ce rapprochement. Les Acharniens sont sans doute couverts de poussière de charbon: ils sont noirs et repoussants comme les « vierges noires et repoussantes» d'Eschyle (Eam. 52). Ils entrent dans l'orchestra tandis que leur coryphée les engage à suivre le fugitif à la piste: le mouvement est le même dans les Euménides (cf. oi'y etoc'., Eum. 1^7 et Ach. 210). Mais le poète comique a corrigé plaisamment le beau vers d'Eschyle : ïr.ou oî iu)VUT7JpOf ap&yxTpu çpaoacî;. « Les avis d'un indicateur muet » sont faits pour un chœur de tragédie: le chœur d'Aristophane, plus pratique, s'informera auprès de tous les passants : ttjÔs -à; ÊTCOU, Stwxs, -/.al tôv à'v8px Tî'jvOâvou | TÛv ôôo'.-dpwv àrcâvriov, et même auprès des spectateurs, àXXâ p.ot UT)v6aa~s y., t. s.

l8 LES ACHARNIENS

Dicéopolis sort de sa maison et organise son cortège phallique. Sa fille, la canéphore, marche la première. Xanlhias la soit, en élevant le phallos. Dicéopolis marche le dernier, portant une marmite. La mère regarde du haut de la terrasse. Un léger retard survient au moment de partir: la fille a oublié la cuiller pour le sacrifice préliminaire ; Dicéopolis lui-même a négligé de faire à sa fdle ses dernières recommandations. Enfin on se met en marche. Dicéopolis promène sa procession dionysiaque sur la Pnyx d'Athènes ' comme il la promènerait dans ses terres et improvise un chant phallique2. Il arrive ainsi au milieu de l'orchestra.

C'est à ce moment que, dans le coin de droite où est blotti le chœur, le premier parastate se tourne vers les siens, en disant à mivoix :

Ojto; aùtôç èrctv crro;1 3i)Ae, piXXe, (3iAAs, Ê&Xe.

Et le second un peu plus fort :

Ilaïs tc5; tcv [Maocv où (SaXeïç ; où (SaAsTç ;

Ce sont deux dimètves trochaïques suivis de deux dimètres péoniques. Les parastates posent ainsi les deux motifs rythmiques de la scène : trochées et péons. Avec ces premiers péons, le chœur tout entier s'ébranle et commence son mouvement de danse menaçante dans la direction de Dicéopolis en lançant quelques pierres.

i. Il n'est nullement nécessaire de supposer un changement de lieu. Dicéopolis a fait la paix avec Lacédémone. Il se considère comme rentré dans son dème (cf. 267) et il célèbre ses A'.ovûota xoit' àypoû; dans la ville, comme il tiendra son marché (719) sur la Pnyx. Si Dicéopolis était à Acharnes, le chœur n'irait pas l'y chercher : la campagne est déserte et personne ne s'éloigne d'Athènes.

a. Ce chant estiambique: deux systèmes, trois trimèlres suivis d'un court système, une dipodie, trois trimèlres. La seule particularité métrique, c'est que les systèmes (sauf le premier) ne sont pas terminés par une catalexe. L'intention du poète (s'il y en a une) nous échappe.

LES ACHARXIEXS 19

Épouvante générale. La procession se disperse. La canéphore, poussant des cris aigus, rentre dans la maison et laisse choir sa corbeille. Xanthias la suit, phallos baissé. Dicéopolis tombe sur les genoux, pressant sa marmite contre son cœur et la garantissant de ses bras et de son dos. En même temps, il pousse un cri de désespoir et d'appel au dieu châtieur de monstres :

'HpdbtXeiç, tourî ~!. sort; ty;v yj-rpav rr>~p!.<b-xt.

C'est un tétramètre trochaïque : Facteur, pendant toute la strophe (284-3oi) déclamera, tandis que le chœur chantera, accentuant ainsi le contraste plaisant qui existe entre les réflexions vulgaires, mais sensées, de Dicéopolis et la violence toute lyrique des Acharniens :

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