‹ Essai sur la composition des comédies d'AristophaneChapitre 58 sur 142 · Cf. i34a, àvâ6a-.vc · texte numérisé non relu

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LES GUEPES 77

s'asseoit sur le dernier degré et, prenant la jeune fille sur ses genoux, lui adresse un délicieux discours, plein de promesses et de caresses (i 34 2-1 363). — À ce moment, Bdélycléon revient et cherche à lui enlever la courtisane (1 364-1 386). Puis successivement en deux scènes parallèles1, une boulangère et un accusateur viennent se plaindre du vieil héliaste. Il leur répond par des fables, les raille et gâte si bien son affaire que son fils n'a plus d'autre remède que de le soulever dans ses bras et de l'emporter dans sa maison.

1450-1473. Xopotto".

Les deux demi-chœurs, tour à tour, en deux strophes assez prosaïques, admirent le changement qui s'est opéré dans l'esprit de Philocléon, et cela par le seul effet des conseils filiaux.

Pour la seconde fois, Xanthias apparaît: il sort de la maison de Philocléon. C'est de la folie orchestique, cette fois, que le vieux est possédé. Il ne cesse de danser et déclare qu'il prouvera à tous les nouveaux poètes tragiques qu'ils sont « antédiluviens » à côté de lui. Aristophane nous indique donc très nettement lui-même l'intention qui le guide dans toute cette exodos : parodier en les exagérant les procédés des jeunes poètes qui ont introduit dans la tragédie des danses dont le caractère violent et désordonné ne convient pas à la gravité de l'art tragique3. Le plus coupable, c'est Karkinos* qui a remplacé l'èptx&eia par des sauts et des pirouettes. Mais cela, il l'a fait sans doute pour ses fils, tous danseurs, et ces fils eux-mêmes ne sont que des élèves ou des amis de Phrynichos, l'acteur à la mode5 qui a

1. Assez semblables aux scènes des deux créanciers dans les Xuées, I2i4 sqq.

2. Diambes et choriambes. Cf. R. et W., p. 661 et Wilamowitz, Choriambische Dimeler (Sitzungsberichte... Berlin, 1902, p. 881).

3. C'est ce qu'a très bien discerné M. A. Willems, Bull, de l'Ac. roy. de Belgique, n° 11, 1901.

4- Sur Karkinos et ses fils, voyez l'article de M. Nicole, dans les Mélanges Graux, p. i63 sqq.

5. Cf. Sch. Ois. 750 : $p£vtgOç... ô Ëxepo;, Xoso/.X£Oj; naîç, uîîoxpiTTj'î, et Sch. .Nuées, 1091 : et; <I>p<Jvi"/ov oaaiv aûrôv àTrorsi'veiv tov -rsay'.xov vOfXifrijv iml SieêâXXsTO ir.l aaXaxia ô-.à 7;oix'.Xtav <r/ï;u.â7wv.

rendu ces danses familières au public d'Athènes. Les poètes tragiques font maintenant des pièces pour Phrynichos, et l'art de Phrynichos, ce n'est plus la tragédie, c'est la pantomime, c'est le ballet. Le poète comique va donc nous parodier aujourd'hui le ballet en vogue, comme ailleurs il a parodié la tragédie subtile et raisonneuse d'Euripide dont ses concitoyens avaient semblé s'engouer.

Un système anapestique (i482-i4qo) accompagne l'entrée de Philocléon. C'est une danse folle qu'exécute le vieux. Il lève la jambe au ciel, puis s'accroupit, puis rebondit, puis tourne sur lui-même. A chaque déhanchement nouveau, il annonce lui-même à haute voix le travail qu'il va avoir l'honneur de présenter au public ; il commente lui-même par des plaisanteries et des grimaces les tours qu'il exécute1. Enfin, il réclame des rivaux avec lesquels il puisse lutter. Alors, un à un, entrent dans l'orchestra trois petits bouts d'hommes, hauts « comme des rognures de crottes de biques3 ». Ce sont les fils de Karkinos. Us viennent se mesurer avec Philocléon. Deux tétramètres anapestiques (i5i6-i5i7) annoncent l'ouverture du concours, et, tandis que le chœur chante une couple de strophes3, les trois petits « crabes1 » tournent, sautent, se démènent. C'est ensuite le tour de Philocléon. Il dédaigne cette fois d'ouvrir la bouche, mais il prend son élan, et, accompagné d'un solo ; du coryphée, il sort de l'orchestra en exécutant des pirouettes folles. Il entraîne le chœur derrière lui. Les rôles sont renversés: autrefois, c'était le chœur qui sortait en dansant; cette fois, c'est l'acteur0. Les tragédiens et comédiens se sont transformés en danseurs: c'est Phrynichos qui l'a voulu7.

1. J'interprète ainsi les vers i488 sq., î/jyo, lk§2, i4q4 sq.

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