‹ Essai sur la condition des barbares établis dans l'empire Romain auChapitre 118 sur 162 · LEUR ORIGINE · texte numérisé non relu

LEUR ORIGINE

distinction à établir entre les Lœti et les GentileSj représentant une seule et même institution sous deux noms différents. Telle est l'opinion de Gaupp qui ne voit dans l'expression Gentiles que le terme générique latin appliqué à tous les Barbares colonisés et dont une espèce , species, s'appelait particulièrement les Lœli *. Rambach énonce la même idée dans sa dissertation De Lœtis que nous avons déjà citée plusieurs fois ^.

Quelles sont les raisons qui s'opposent à une assimilation complète des Lœti avec les Gentiles de la Noiitia ? D'abord ils tiennent une place distincte dans Ténumération des préfectures désignées sous le titre commun de préfectures des Lœti et des Gentiles ; ensuite il est certain que cette diflférence de nom correspond à une différence sinon de condition , du moins de race. Les liœii, nous l'avons démontré, se composaient exclusivement de Germains et, parmi les Germains, des peuples les plus rapprochés de la Gaule, des Bataves et des Francs. Les Gentiles comprenaient les peuples d'origine scythique, c'est-à-dire, dans le sens que l'antiquité attachait à ce mot, les Sarmates , les Suèves, les Taifales, les Quades, les lazyges , même les Goths, tous ces colons barbares issus de nations plus éloignées de Rome , mêlées plus tard à la lutte et moins connues du monde romain, ce qui explique la dénomination plus générale qui leur fut conservée après leur admission dans l'Empire. Les Sarmates formaient un de ces groupes de nations orientales que l'antiquité , dont les connaissances géographiques étaient nécessairement plus bornées que les nôtres , appelait d'un

* Gaupp, Fûnfter Abschnitt,, p. 169-170.

2 Ramb., De Lœtis y p. 24. « Dlcebantur Gentiles, cpioniam Romanis militabant, Lseti autem, quoniam ad hanc G«ntilium speciem pertinehant. »

DIFFÉRENTE DE CELLE DES LiETI 155

nom générique emprunté soit à la tradition , soit à la prépondérance momentanée de tel ou tel élément ^

Les Suèves et les Sarmates, depuis une époque reculée, ne faisaient , pour ainsi dire , qu'un seul et même peuple ; ils n'avaient jamais cessé d'être unis par les liens d'une étroite amitié. Tacite * nous raconte dans ses Annales que Vannius, donné pour roi aux Suèves par Drusus César, vers le milieu du i*' siècle de l'ère chrétienne, recrutait sa cavalerie parmi les Sarmates lazyges, dans la Hongrie actuelle qui fournit encore aujourd'hui les meilleurs cavaliers. La plupart des préfectures des GentileSy mentionnées danslaiVb/îïm, le sont sous la désignation de Sannatorum Gentilium ; les autres sous celles de Gentï- Hum Suevorum ou de Gentilhtm Taifalorum , aucune sous celle de Lœtorum Gentilium ^ car les Lœti Gentiles Suevi , invoqués par Rambach , d'après l'édition de Paucirole , n'ont jamais existé : c'est une altération évidente du texte primitif, une lacune signalée et reconnue par Bôcking *.

Le terme de Lœti y emprunté par les Romains aux Germains, n'était pas connu des Sarmates chez lesquels on ne comptait que des hommes libres et des esclaves, sans la classe inte rngiédiaire des Lœti. Hérodote, au quatrième livre de son histoire des guerres médiques, dans l'énumération rapide mais si exacte, qu'il fait des peuples anciens , n'oublie point les Scythes d'où sont sortis les Sarmates ; il les divise en trois classes : les laboureurs, les cultivateurs , les nomades (àpc^peq, yetùpyol, vo/jta^eç) division qui du reste marque plutôt la variété des professions que

* Bock., II, De Gentilibîis, p. 1082.

^ Tac, Ann., h XII, c xxix.

3 Bock., II, p. 119-122.

^ lôtd., p. 1097.

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l'état des personnes *. Strabon Ta reproduite plus tard dans sa géographie {vofiaàeç, (jTcnvizat, yetùpyoi) *. Les esclaves eux-mêmes n'étaient pas chez les Scythes, comme chez les Germains , vendus à prix d'argent, mais désignés par la volonté du roi ^.

On ne fit qu'appliquer aux Sarmates , en lès colonisant dans les provinces occidentales ou méridionales , le système inauguré pour les Lœti et dont on espérait les meilleurs effets. Il convenait de n'exciter aucune jalousie, aucun mécontentement entre ces soldats étrangers appartenant à des races diverses , mais placés à c6té les uns des autres pour combattre sous le même drapeau et servir la même cause *. Malgré l'infériorité primitive de leur origine et la servitude* dans laquelle ils avaient vécu pour la plupart au-delà dvi Rhin et du Danube, tandis que les Lœtï se recrutaient généralement parmi les hommes libres, on leur accorda les mêmes avantages afin de provoquer de leur part une généreuse émulation et de mieux s'assurer de leur dévouement. Il est vrai qu'ils occupaient le dernier rang de la milice ; ils sont toujours mentionnés après les Lœti ^, soit dans la Notitia, soit dans le Code Théodosien où la loi sur les déserteurs s'applique aux Sarmates, c'est-à dire aux Gentiles, comme aux Lœti (LœtuSf Alamannus, Sarmata), comme à tous ceux qui par leur naissance étaient tenus de se faire soldats (quos militiœ origo assignabat)^. Les Suèves dont il est ici question, et qui devaient plus tard franchir les Pyrénées

* Hérod, 1. IV, c. xvii, xviii, xix.

« Strab., 1. XI.

3 Hérod., 1. IV, c. Lxxii. 01 ôéeloi 2xv6ai iYyevseç ovItoi yàp 5^ OepaTOÛou<xi Toù; av aÙTè; ô PaexiXeù; xsXeu<Ty),àpYvpcovir|Toi 6è ovx el<Ti (Tçt Ôepairovtsç. *' Bock., De QentUibus, p. 1086.

5 Ibid.

« Cod. Théod., Vir, tit. 20, loi 12.

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