COALITION CONTRE ROME
sance romaine. Plus de vingt nations s'étaient liguées et avaient combiné une attaque commune contre Rome ; c'étaient les Marcomans, les Narisques^ les Hermun-' dures, les QuadeSy les SuèveSy les SarmateSy les Lairinges, les BureSy les Victohales^ les Soribes, les Sico* botes, les Rhoxolans, les Bastarnes, les Alains^ les PeucinSy les Costoboces^, tous les peuples compris entre rillyrie et la Gaule, dont la plupart se trouvaient encore à peine connus des Romains, mais dont quelques-uns devaient plus tard acquérir une certaine renommée*. Une panique effroyable s'empara de la ville éternelle ; on décréta la levée en masse comme pour le tumultus GallictiSy on arma jusqu'aux esclaves et aux gladiateurs^. Maro- Aurèle réunit le sénat, se fit adjoindre un collègue, vu la gravité des circonstances ; on recourut aux oracles, aux prières publiques ; on ât des purifications extraordinaires; Tempereur ne voulut partir pour Tarmée qu'après avoir célébré lui-même un lectisternium de sept jours avec toutes les cérémonies d'usage*. Pour subvenir aux frais d'une guerre si terrible et si ruineuse, il fallut faire appel à la générosité de tous les citoyens, recueillir des dons et des souscriptions patriotiques. Marc-Aurèle le premier donna l'exemple : les meubles, la vaisselle du palais, les joyaux de Timpératrice furent vendus à l'encan, au pied de la co-
* Capitolin, Vie de Marc-Aurèle, c. xxii. « Gentes omnes ab Illyrici limite usque in Galliam conspiraverant, ut Marcomanni, Narisci, Hermuntlupi, et Quadi, Suevi, Sarmatae, Latringes et Buri : hi aliique cum Victovalis, Soribes, Sicobotes, Rhoxolani, Bastarnse, Alani, Peucini, Costoboci. »
2 Amm., I. XXXI, c. v. « Marco ibidem modérante Imperium, unumspirando vesania gentium dissonaram,post bellorum fragores immensos, post... urbium captanim et direptarum... partes eoram exignas reliquisset intactas. Veram mox post calamitosa dispendia res in integrum sunt restitutœ. >
3 Gapit., Vie de Marc-Aur^c. xxi. «Servos... ad militiam paravit... Armavit etiam gladiatores. »
* Ibid.y c. XII, XIII.
10 LES Al.LAMANS
lonne Trajane, et le produit de cette vente versé dans le trésor public ^ Pendant plus de quinze années, Vîllyvie, le Norique, la Pannonie, furent le théâtre de luttes sanglantes, de dévastations continuelles^. On finit cependant, non sans peine, par refouler les Barbares ; plusieurs firent leur soumission, le reste fut détruit ou poursuivi jusque dans leur pays ^; l'empereur mourut en Germanie, avant d'avoir pu rétablir la paix générale, léguant ce soin à son fils Commode. Le danger était conjuré une fois de plus, mais non pour longtemps.
. A cette première confédération désignée plus particulièrement sous le nom de confédération aUémanique, à cause des peuples divers qu'elle renfermait (aile MànnerJ^ succéda celle des Francs ^ dès le commencement du m® siècle. Tandis que les Allamans occupaient au midi tout le pays compris entre le Danube et le Rhin jusqu'au Mein, c'est-à-dire une partie de l'Autriche, le Tyrol, la Bavière , le Wurtemberg et le grand duché de Bade, les Francs s'étendaient au nord depuis le Mein jusqu'à l'Océan, entre le Rhin et l'Elbe, couvrant à peu près le même espace que l'ex-confédération de l'Allemagne du Nord, moins la Prusse * ; les CatteSy les Bructères, les Chamaves^ les Chérusques, les Ampsivares, les Sicambres, les Saliens, les Aituarii, étaient les principaux peuples englobés sous la dénomination générale de Francs. Ce nom n'avait point été dans le principe celui de quelque tribu particulière ; emprunté selon toute apparence aux anciens idiomes ou
1 Capit., Vie de Marc-Aur., c. xvii.
2 Opitz, op. cit. y p. 4.
3 Capit., Vie de Marc-Aur., c. xvii.
^ Ce pays des Francs (Francia) s'appelait encore, dans l'empire germanique, la Franconie, et la ville de Francfort sur le Moin {FrankttiyHh., le gué des Francs) marque le lieu où ils avaient coutume de passer le f.euve.
LES FRANCS il
dialectes de la Germanie septentrionale ^ , il rappelait l'origine primitive de peuplades qui, chassées de leurs anciennes demeures {warg^ wrang^ exilé, banni), étaient venues s'établir dans les contrées voisines du Rhin. La qualité d'exilés, de bannis, n'avait rien de déshonorant à cette époque ; elle témoignait au contraire d'un grand amour de la liberté, d'un sentiment de fierté et d'indépendance qui faisait préférer l'exil à la servitude. L'asile de Romulus n'était-il pas ouvert à tous les bannis? Le même mot wrang signifiait aussi cruels féroce^ et ce sens n'avait non plus rien de défavorable, car les Barbares, à qui les idées de clémence et d'humanité étaient peu familières, mettaient la force au premier rang ; ils ne concevaient guère un héros que couvert de sang ou des dépouilles de ses ennemis ; il a fallu toute une association d'idées nouvelles pour faire du mot Franc ce qu'il est devenu au moyen âge et dans les temps modernes. Les Francs se montrèrent redoutables aux Romains dès leur apparition sur le Rhin ; c'étaient déjà les Gattes et les Chérusques qu' Arminius avait conduits à la victoire contre les légions d'Auguste et de Tibère. La Gaule fut le principal théâtre de leurs exploits; ils la ravagèrent dans tous les sens, saccagèrent plusieurs villes importantes, pénétrèrent jusqu'en Espagne où Tarragone ^, une des cités les plus florissantes du temps, fut presque entièrement détruite-, et passèrent même en Afrique^ sur des vaisseaux dont ils s'étaient em-
* Wachter, Glossarium Germanicum^ au mot warg, icrang, — Lehuërou, Institutions mérovingiennes, 1. I, c. v et vi, passim. (Voir notes et éclaircissements, n° 1.)
2 Gibb., t. II, c. X.
3 Aurelius Victor, De Cœsaribus, c. xxxiii. «... Tune seque Italiam, Francorum gentes, direpta Gallia, Hispaniam possiderent, vastato ac pœne direpto Tarraconensium oppido, nactisqUe in tempore navigiis pars in usque Africam permearet : et amissa tr'ans Istrum, quse Trajanus quzesierat. »