POLITIQUE DE CONSTANTIN
et leur faire oublier leur patrie, il prodigua aux principaux d'entre eux les honneurs et les dignités sans toujours considérer asisez le mérite *. Il fut le premier qui éleva un Barbare au consulat {vnexzeia), cette magistrature souveraine de la République , maintenue sous les empereurs -et que ces derniers se faisaient gloire de partager même avec leurs sujets. C'étaient les consuls qui donnaient leur nom à l'année : aucun acte public, aucune loi n'était valable sans que leur nom y fut apposé ; les faisceaux et la trabée consulaire demeuraient , sinon le signe du pouvoir, du moins l'emblème de la majesté souveraine ; les Césars, sur tous les monuments , dans toutes les inscriptions, comptaient les années de leur consulat à côté de ceDies^ de leur règne.
Les détracteurs de Constantin, tels que Zosime et l'empereur Julien, n'ont pas manqué de lui reprocher, dans les termes lés plus sévères, cette partialité en faveur des étrangers; ils nous l'ont présenté comme un novateur dangereux, comme un perturbateur des anciennes lois et des traditions séculaires de l'Empire ^. En somme, le prince n'était pas seul responsable de pareilles innovations ; elles résultaient du changement des mœurs publiques, de la nouvelle constitution de Rome et d'une nécessité qui s'imposait plus qu'on ne l'avait cherchée. Constantin suivait l'exemple de ses prédécesseurs et, s'il entra plus résolument dans cette nouvelle voie, ses héritiers devaient tous y marcher après lui, même Julien qui, selon la remarque
^ Aurel. Victor, De Cœsaribus, c. XLi(20).« ... Gunctaque divino ritui paria viderentur, ni paruni dignis ad publica aditum concessisset. »
* Amm., 1. XXI, c. x. « Tune et memoriam Gonstantini, ut novatoris turbatorisque priscarum legum et moris antiquitus recepti vexavit, eum aperte incusans, quod barbares omnium primus adusque fasces auxerat et trabeas consulares. » — Cf. Zos., 1. II.