‹ Essai sur la condition des barbares établis dans l'empire Romain auChapitre 135 sur 162 · MAITRES DE LA MILICE · texte numérisé non relu

MAITRES DE LA MILICE

Le conseil particulier du prince (Comistorium)^y où se prenaient toutes les décisions importantes, d'où partaient les rescrits impériaux, n'avait point de secret pour les Barbares : ils y occupaient une large place ; parfois même ils s'y trouvaient en majorité. Ce conseil, revêtu des principales attributions de l'ancien sénat et qui ressemblait beaucoup à un conseil des ministres, se composait des premiers fonctionnaires, ayant le titre et le rang ^'illustres et résidant à la cour: du préfet du prétoire (Prœfecius Prœtorio Prcésens)^ du maître de la milice (Magister Milihim Prœsentalis)^ du maître des offices (Magister Offidoriim), du questeur du palais (Quœstor sacri Pàla-* tii), du comte des largesses (Cornes S. 5. LargUionum) et du comte du domaine ]^ri\è (Cornes Rerum PrivùtarumJ^, On y avait adjoint un certain nombre de comtes de première classe (Comités primi ordinis Consistoriani) et de comtes honoraires ou anciens fonctionnaires, ayant voix ^e\ïhèv^\Àye (Comités Vacantes)^,

Les chefs barbares, après avoir commandé des corps auxiliaires, ou même les troupes palatines, composées en partie d'étrangers , arrivaient facilement au grade de maîtres de la milice, et dès lors ils avaient leur entrée dans lé consistorium où leur avis prévalait souvent comme dans les conseils de guerre. Silvanus était maître de la milice, pedestris militiœ rector, quand ses rivaux ourdirent contre lui cette conspiration à laquelle il crut

vitale ingemiscens, adhibitis Francis quorum ea tempestate in palatio mul» iitudo fiorebat, erectius jam loquebatur^ tumultuabaturque patefactis insi- (iiis retecta jam fallacia, per quam ex confesso salus eortim adpetebatUr. ^ * Amm., Indesû, II, Consistorium.

2 J&td., Consistoriani.

3 Bock., Not. Imp. Occid., p. 298. — Ibid., p. 303. — Cod. Théod.i VJ, tit. 12^ De cômitibus consistorianis, Paratilon. — Humbold, De Consistorio Principis opusculum, — Hollweg, III, p. 17 ; p. 94 et suiv»

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échapper en se faisant proclamer empereur à Cologne*. Dagalaiphe, d'abord comte des domestiques, cornes do^ mesticorimi , était maître de la cavalerie , magister equitum, à la mort de Jovien, pendant la désastreuse retraite de l'armée romaine engagée au cœur de la Perse. Il eut part comme tous les grands dignitaires civils et militaires de l'Empire à l'élection de Valentinien*, et, quand ce dernier voulut s'adjoindre Valons pour collègue, ce fut ce même Dagalaiphe qui seul osa élever la voix et tenir ce digne langage : « Si tu considères l'intérêt de ta famille, très-excellent empereur, choisis ton frère ; si tu préfères l'intérêt de l'Etat, cherche ailleurs^. » La franchise du Barbare ne diminua point §on crédit à la cour ; ce qui le prouve, c'est que, deux ans plus tard, il partageait les honneurs du consulat avec Gratien, le fils de Valentinien*.

A la mort de Valentinien I", frappé, sur les bords du Danube, d'une attaque d'apoplexie foudroyante, à la suite d'un violent accès de colère ^, ce fut le Franc Merobaudea, dont le talent et l'habileté étaient universellement reconnus^, qui sauva la couronne du jeune Valentinien, âgé de

* Amm., 1. XV, c. v.

* Ibid., 1. XXVI, c. I. *■ Progresse Nicseam versus exercitu^quœ inBjthîiiia mater est urbium, potestatnm civilium militiœque rectores magnitudine curarum adstricti communium, interque eos quidam spe vana sufdati, moderatorem quœritabant diu exploratum et gravem. >

3 Ibid, y l, XXVI, c. IV. « Valentinianus Princeps declaratus... convocatis primoribus, quasi tota consilia quam sibi placentia sequuturus, percunctabatur, quemnam ad imperii consortium oporteret adsumi : silentibusque cunctis, Dagalaiphus tune equestris militise rector respondit fidentiuà : 4K Si tuos, inquit, amas, Imperator optime, habes fratrem ; si rem pu- « blicami quœre quem vestias. »

^ Ibid., 1. XXVI, c. IX. « Translate in Gratianum adhuc privatum et Dagalaiphum amplissimo magistratu... )»

5 Ibid., \, XXX, c. \j, passim,

6 Ibid., L XXX, c. X. — Zos., 1. IV, c. xvii. Mepo6av8Y}v ôè, <rTpattcoTixâv êpyeov èiATteiptav exsiv itapà tovç âXXouc SoxoOvTa, icavtoç toO orpa-

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quatre ans. Ce Barbare sut prévenir tous les complots, se hâta de faire proclamer le jeune prince, résidant alors avec l'impératrice Faustine, sa mère, dans une maison de campagne voisine, fit ratifier l'élection par un conseil rassemblé immédiatement, et conduisit l'héritier de Valentinien dans le camp, où les soldats le saluèrent Auguste, six jours après la mort de son père, avant même que son frère aîné, Gratien, eût été consulté sur le choix d'un nouveau collègue ^ Le consulat, décerné à Merobaudes quelques années après (377)*, et qu'il partagea avec Gratien luimême, fut la récompense de son dévoûment à la famille impériale. Faut-il voir dans ce Flavius Merobaudes, consul Tan 377, le même personnage que celui auquel fut érigée plus tard, sur le forum de Trajan, une. statue d'airain ^, pour récompenser la double gloire qu'il avait acquise dans les armes et dans les lettres? Il est plus vraisemblable de supposer qu'il y eut plusieurs Merobaudes, appartenant à une même famille d'origine franque et dont plusieurs membres s'illustrèrent soit comme guerriers, soit comme ora • leurs ou camme poètes *. Il est certain que les Barbares, mêlés.à la haute société romaine, très-versés dans la langue de Rome, qu'ils avaient souvent apprise dès leur enfance, cultivèrent avec succès la poésie latine et trouvèrent parfois des accents dignes de la muse de Virgile^. Un autre Franc, également Ulusivej Mallobaudes, qu'il

* Amm., 1. XXX, c. x.

* * Ibid., l. XXXI, c. viii. « Hœc Gratiano quater et Merobaude consuli- 1>U3 agebantur... > 3 Orell.-Henz., n° 1183.

* Saint-Martin (édition de l Histoire du Bas- Empire de Lebeau), t. VI, p. 177, note 3. '— Ozanam, Études germaniques^ t. III des œuvres complètes, c. vi, p. 339 et suiv.

s Relliquiœ Merobaudis, edidit Niebuhr. Bonn, 1824. (Voir, au sujet des deux Merobaudes, notes et éclaircissements n° 10.)

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ne faut pas confondre avec Merobaudes, fournit une longue carrière au Service de Rome et occupa successivement différents grades militaires importants. Chef du corps des armatiirœ (tribtiniis armatiirarum)^ en 354, il fut chargé, en compagnie de deux courtisans émérites, le grand chambellan Ëusébius et le secrétaire d'État Pentadius, d*uue mission secrète auprès du César Gallus, gardé à vue dans une ville d'Istrié, à Pola, par ordre de Constance ^. Plus tard nous le retrouvons à la cour, mêlé à cette coterie d'étrangers dont le crédit, supérieur à celui des Romains, s'exerçait sans obstacle et, pour ainsi dire, sans limite ^. Enfin, a l'époque où Valons, menacé par les hordes barbares auxquelles il avait accordé une imprudente hospitalité, appela son neveu Gratien au secours de l'Orient, Mallobaudes était comte des domestiques, cornes domestico- 7ncm, tout en conservant le titre de roi d'une tribu fran- ^que, reœ Francorum ^. On lui conféra, de concert avec le général Nanniénus, la charge de commander les troupes destinées à opérer contre les Lentienses, Mallobaudes avait les qualités de sa race ; c'était un brave et intrépide guerrier. Contrairement à Nanniénus, qui craignait de hasarder les chances d'une bataille, il pressait de marcher à l'ennemi : son ardeur entraîna les autres, et le succès du combatjustifia pleinement ses prévisions : la victoire fut complète, éclatante , malgré la supériorité numérique des Barbares , vaincus cette fois encore par la discipline romaine *.

Il semble qu'à cette époque l'Empire soit condamné à

* Amm., 1. XIV, c. xi.

2 Ibid., 1. XV, c. V.

3 Ibtd., 1. XXXI, c. X. « Nannieno negotium dédit (Gratianus) virtutis sobrise duci : 'eique Mallobaudem junxit pari potestate coUegam, Domesti- Goium CSomitém, regemque Francorum, virum bellicosum et fortem. »

4 Ibid., 1. XXXI, c. X.

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