‹ Essai sur la condition des barbares établis dans l'empire Romain auChapitre 136 sur 162 · LES BARBARES A LA COUR DES EMPEREURS · texte numérisé non relu

LES BARBARES A LA COUR DES EMPEREURS

chercher ses meilleurs *et ses plus fidèles appuis parmi les étrangers, signe d'une profonde et irrémédiable décadence. Cette terre d'Italie , autrefois si féconde en grands hommes, magna parens vimim S suivant la belle expression du poète, et qui avait donné au monde entier des capitaines , des législateurs , des maîtres , ne se suffisait plus à elle-même; après avoir absorbé dans son sein les éléments de vie et de richesse des peuples soumis à sa domination , elle se voyait réduite à tirer du dehors ses propres généraux, ses magistrats, ses chefs, comme elle en tirait sa subsistance ; or, il n'y avait alors dans le monde que Rome et les Barbares ; c'était donc aux Barbares qu'elle combattait tous les jours et qui la menaçaient dans son existence qu'elle était. obligée de recourir pour sa défense et son gbuvernemont. Il fallait le prestige de sa civilisation , de ses honneurs , de ses dignités, de son nom, potir faire ainsi de ses ennemis de la veille les amis du lendemain.

Les Barbares n'étaient point insensibles à cette grandeur qui avait survécu à tous les désastres de l'Empire; ils se sentaient attirés par l'éclat incomparable d'une <50ur dont les splendeurs dépassaient tout ce que leur imagination avait pu rêver, et par la supériorité intellectuelle d'une société plus corrompue peut-être, mais plus policée que la leur. Les chefs surtout , élevés la plupart à Rome ou d'après les leçons de Rome, adoptaient volontiers une nouvelle patrie, mieux faite pour eux que les déserts de la Germanie. On est frappé des qualités remarquables- qu'ils déployèrent, soit à la tête des armées romaines, soit dans les conseils publics. Habitués dès l'enfance à la guerre.

1 Virg., Géorg., il, v. 173-174.

Salve, magna parens frugum Saturnia tellus, Magna yirum...

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