‹ Essai sur la condition des barbares établis dans l'empire Romain auChapitre 137 sur 162 · LEURS TALENTS MILITAIRES ET POLITIQUES · texte numérisé non relu

LEURS TALENTS MILITAIRES ET POLITIQUES

car les Germains étaient tous soldats, à une vie sobre et austère, aux fatigues, aux privations de tous genres , ils étaient admirablement préparés à devenir d'excellents généraux ; accoutumés aussi , en raison de la constitution même de leurs tribus , à prendre une part active à toutes les affaires publiques, à toutes les délibérations de la commune , où chacun exprimait et discutait librement son opinion S ils acquéraient un certain sens politique, une fermeté de langage qui contrastait singulièrement avec les déclamations et les flatteries des rhéteurs romains. Quelle fierté, quelle force de caractère, quelle indomptable énergie dans ces rois et ces princes de la Germanie! Les portraits que nous en ont laissés les historiens, les écrivains sacrés, les chroniqueurs, bien qu'idéalisés parfois, attestent de riches et puissantes natures dont les défauts se trouvaient rachetés par d'éminentes vertus. Le Franc Arbogaste, qui a joué un rôle si considérable sous les règnes de Gratien et de Valentinien II, nous est représenté par Zosime* comme dévoué aux Romains , plein de désintéressement, incorruptible et très-versé dans l'art militaire*. Les mêmes éloges sont accordés à un autre général barbare, le fameux BautOy qui appartenait également à la nation franque, qui avait mis son épée ainsi que ces talents au service de Rome et dont la fille Eudoxie devait plus tard, en épousant l'empereur Arcadius, monter sur le trône de Gonstantinople ^. De tels hommes étaient appréciés et méritaient de l'être. Mais, quel que fut leur dévouement à l'Empire, ils ne

* Opitz, p. 38.

2 Zos., 1. IV, c. xxxKi. *0 6è patTiXeù; Tpaviavè;... dTpaTiàv àpxoûtrav è^ém\v^e.y Bau§<ovi tû ffrpaxirjYÛ tauT^Jv icapaôov;- w xal 'ApSoyàoTTiv auv- ' £itsii.4^ev £{i.9(d 8è vjdav «^pdyxoi tô y^voç sîvoitê dçoôpa *Pw|i.aioiç xai XP^- ' (jLcxTtdv b>; {làXidra àScdpotaTOi xai Tcepl ta icoXé{ita çpovTJoet xal àXx^ 8iaçÉpovTe;.

3 Ibid.

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pouvaient oublier complètement leur première origine. Leurs exigences croissaient avec Télévation de leur rang. Du moment où ils se sentaient indispensables, où ils disposaient de l'armée, seule et principale force de FEtat, il leur était permis de tout oser impunément et de braver une autorité dont ils connaissaient mieux que personne la faiblesse et l'impuissance. Les Barbares ne résistaient guère à cette tentation; une fois parvenus aux dignités romaines, leur ambition n'avait plus de bornes. Arbogaste lui-même en fournit un éclatant exemple. Non content du poste qu'il occupait à la mort de Gratien , il profita de son crédit à la cour et sur les soldats, ainsi que de la jeunesse de Valentiûien, pour prendre de son chef le commandement de toutes les troupes et le titre de niaître de la milice. Son ascendant sur le jeune prince qui le craignait et n'osait lui résister n'empêcha point Valentinien de ressentir l'humiliation d'un pareil affront ;' il le dévora d'abord en silence, mais finit par vouloir faire acte d'autorité. Un jour qu'il était assis sur son trône, il vit Arbogaste venir à lui, lui lança un regard courroucé et lui tendit un papier où était écrite sa révocation. Le fier Barbare, après l'avoir lu, se contenta de répondre à son maître : < Ce n'est pas de vous que je tiens mon pouvoir ; vous n'avez pas le droit de me* l'enlever; » puis il déchira le papier, le jeta et sortit ^ Cette

* Zos., 1. IV, c. Lin. *Ap6oYot(rr>f|ç ,èx toO 4»pàYxa)v op(Ji(0(ievo; EOvouç, BauScovi ôè OitoaTpaTT^yeiv \mb TpaTiavoù paaiXevovTOç TeTay^tévoç, èxeCvou TeXeuTTJtTavTOÇf tû ôpo(<rrT)p{(i> TeOa^^T|xà>;, ttJv (jTpaTia)Tixif)v àpx^v etç éaufàv icepté<mrieTe, paaiXecoç oy deSwxoxoc, xaTaXXYjXoç ôè toÏç (j'TCOTeTaYjjLevoiç v^ctxiiinaiç ôçôelç, SiaTe àvSpeiav %a\ noXefJiixYjv èici9Tif)(&Y)v, xaî XF^\^'^^'* vntepo<|;iav, èitl jjiya icpo^XOe dvvà{ieu>ç, xat toioutoç ^v, wcrce xai Tcpè; tèv ^adiXéa 7Ta^^)i(7iàÇs<rôat, xa) ôtra (iVj xaXôç aOxM (JiYiSà icpo<rir}x6vTt(); Sxôtv èSoxei x<oXueiv* itpoç tauta ôu<Tava<JX6Twv 6 OùaXeVTiviavèç, àvgteive jièv itoXXàxiç, irivue ôè oOôèy, (o^upcoTO yàp ô 'ApêGyàcmi; t^ tôv orpaTMOTÛv àicàv- T«v cOvoCof ôwoTetàxOai ôè toutcû itepaiTépw |j.9j çgpwv, èweiô:?! xaOT^pLevoç èîcl Tou ^oiXsiou Opovou TÔv *ApêoYfl«rcifjv èOedto-aTo icpoçiovta, ôptjiutepov

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