‹ Essai sur la condition des barbares établis dans l'empire Romain auChapitre 138 sur 162 · ARBOGASTE ET VALENTINIEN II · texte numérisé non relu

ARBOGASTE ET VALENTINIEN II

scène jette un jour singulier sur les rapports qui pouvaient exister entre les empereurs et les Barbares dont ils étaient entourés. Arbogaste n'attendit pas que Théodose, appelé parle jeune Valentinien, vînt punir sa rébellion. Il résolut de se débarrasser de Valentinien, choisit le moment où le prince s'exerçait avec quelques soldats' sous les murs de Vienne dans les Gaule», fondit sur lui à l'improviste et le frappa mortellement ; puis, dédaignant de se faire proclamer lui-même empereur, il revêtit de la pourpre le rhéteur Eugène, une de ses créatures ^ Mais il avait compté sans Théodose qui ne voulut point reconnaître le nouvel empereur, se déclara le vengeur de son parent et remporta dans les passages des Alpes une victoire décisive à la suite de laquelle Eugène eut la tête tranchée et Arbogaste se donna la mort pour ne pas tomber vivant entre les mains du vainqueur^. Un Barbare avait été le principal auteur du couronnement.de Valentinien; un autre Barbare fut l'auteur de sa chute. Dan» cette même bataille où Théodose triompha du rhéteur Eugène ainsi que d' Arbogaste, les Barbares fédérés, désignés par Zosime sous le nom de légions barbares, comme pour mieux marquer qu'il n'existait plus aucune différence entre les soldats romains et les soldats étrangers, étaient commandés par Gainas, tandis que les troupes romaines proprement» dites avaient à leur tête un autre Barbare, le Vandale Stilicon, allié à la famille impériale, par son mariage avec Séréna, la nièce de Théodosè^.

« oOxe 6éô(ox«; (loi, 9T]j{, xt)v àpxY)v, ouxe àfeXéaÔai ôvvTi(Ti|]' » xai xaûxa £i7Cù>v, liappTiloLçzt xô Ypa(i4J.dixetov xal in\ y^; à<^elç, àfcibiv (o^exo. *■ Zos., 1. IV, C. LIV.

2 Ibid., 1. IV. c. Lviii.

3 Ibid., 1. IV, c. Lvii.

LES MODKS BARBARES 187

 partir de cette époque rélément barbare devient le véritable élément dominateur; l'équilibre se trouve rompu. Ce ne sont plus les Barbares qui cherchent à imiter les Romains ; ce sont au contraire les Romains qui prennent modèle sur les Barbares. On adopte leurs usages, leurs costumes, leurs armes, leurs chants de guerre ; il y a une sorte d'engouement général pour eux ; les modes de Constantinople se règlent sur la Germanie ^ On veut avoir comme eux de longues et belles chevelures blondes, porter comme eux des hautes chausses (zayichœ), des pantalons (hraccœ) ; le barrittcs est enseigné et répandu dans toutes les armées romaines comme Taccent le plus mâle et le plus digne de préluder aux combats. La cour de Gratien avait déjà donné ce funeste exemple. Le jeune empereur, plein d'ardeur, passionné pour la chasse comme pour la guerre, se sentait attiré vers les Barbares dont les goûts étaient plus conformes aux siens que ceux des Romains ^. On le voyait souvent vêtu à la manière des Barbares, abandonnant la toge ou le paludamentum pour les fourrures et les peaux de bêtes dont s'affublaient les Germains ^. Ceux des Romains qui conservaient le culte des traditions nationales voyaient dans cette transformation des usages de la vie matérielle un signe précurseur de la chute de l'Empire * ; ils s'en alarmaient et reprochaient à Gratien son penchant pour les Barbares, comme on TaYait déjà reproché à Constantin ; mais leur voix n'était plus écoutée. Le rhéteur

1 Opitz, p. 38-39.

2 Amm., 1. XXXI, c. x. « Gratianus... praeclarse indolis adulescens... ballicosus... vergens in ludibriosos actus naturse... .mtra septa, quœ adpellaot vivaria, sagittarum pulsibus crebris dentatas conficiens bestias. >

3 Aurel. Victor, 'Epitome, c. xlvii. « Dum ex«rcitum negligeret Gratiaims et paucos in Alanis quos ingenti auro ad se transtulerat anteferret veteri ac Romano mîliti adeoque Barbarorum comitatu et prope amieitia capitnr, ut nonntDiqttam eodem habitu iter (aceret. »

4 Cod, Théod., XIV, tit. 10, Paratitlon.

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