SA PUISSANCE ET SA MORT
délivré des Barbares ; ce fut une explosion de joie, ua concert universel de louanges dont le poète Claudîen se fit l'interprète dans ses vers ^ Le faiWe, le lâche Honorius, enfermé dans son palais de Ravenne, où il se trouvait plus en sûreté qu'à Rome, ne voulut point écouter les conseils de son ministre, profiter de la paix conclue avec Alaric pour s emparer de Tlllyrie et assurer sa prépondérance en Orient de manière à concerter une action commune des deux empires contre les Barbares. Il aima mieux prêter l'oreille aux accusations de ses courtisans qui, jaloux de.Stilicon, cherchaient à le perdre dans l'esprit du maître en le représentant comme un ambitieux dont le but unique, après avoir rempli le palais et les armées de ses créatures, marié ses deux fiUes à l'empereur ^, était de se faire couronner et de supplanter Honorius. Stilicon succomba f car il ne sut pas ou ne voulut pas déjouer les complots de ses ennemis ; sa mort fut une perte irréparable dans les circonstances où était placé l'Empire. L'historien Zosime loue sa modération, sa probité, et, dans son admiration pour ce grand homme, il ne néglige point de nous indiquer la date précise de sa mort qui eut lieu en 408, le 10 des kalendes de septembre (23 août), sous le consulat de Bassus et de Philippe ^.
Le patriciat^ nouvelle dignité créée par Constantin, supérieure même à la préfecture du prétoire, devint égale*ment, dès cette époque, l'objet de l'ambition des Barbares^. Les patrices, pères de l'empereur et delà patrie, ne cédaient le pas qu'aux consuls^; nommés à vie, ils siégeaient de
1 Glaudien, De laudibus Stilichonis.
2 Zos., 1. V, c. XXVIII.
3 Ibid.j c. XXXIV.
^ Ibid., 1. Il, c. XL.
5 Gassiod., Var., VI 2.
ROIS BARBARES PATRICKS 191
droit dans le consistornum et presaient rang immédiatement après le souverain. Aucune fonction particulière Quêtait attachée à ce titre honorifique et personnel ; mais ceux qui en étaient revêtus occupaient déjà les premiers emplois et présidaient le conseil des ministres en l'absence de l'empereur ou du consul. C'était la plus haute récompense qui pût être décernée par le prince. Durant tout le v* siècle, nous la trouvons conférée soit à des Romains, soit à des Barbares. Le Suève Ricimer, gendre d'Anthémius, qui exerça jusqu'à sa mort une véritable tutelle sur les empereurs d'Occident, les faisant et les défaisant à son gré, était patrice. Les rois barbares euxmêmes ne dédaignèrent point de briguer le patriciat dont ils se faisaient gloire bien plus que de leur propre royauté*. Comme maîtres de la milice et comme patrices, ils étaient reconnus partout pour les lieutenants de l'empereur ; leur autorité dans tous les pays qu'ils avaient occupés ou conquis devenait incontestable et légitime aux yeux de la population romaine*. Gundéric, Gondebaud, Chilpéric, Sigismond, Childéric, Clovis, presque tous les rois bourguignons ou francs, furent maîtres de la milice ou patrices. Cette tradition de respect pour les dignités romaines se perpétua jusque dans le moyen âge, et, quand Gharlemagne, l'an 800,. fut couronné à Rome par le pape Adrien î*', il s'intitula le restaurateur de l'empire d'Occident.
1 L'abbé Dubos, 1 III, c. iv.
2 Ibid.y 1. lî, c. IV.