‹ Essai sur la condition des barbares établis dans l'empire Romain auChapitre 147 sur 162 · LES EXACTIONS DU FISC · texte numérisé non relu

LES EXACTIONS DU FISC

mant dans le privilège qui embrassait alors une portioli notable de la population, des catégories entières de citoyens. Les riches, seuls admis, selon le langage éloquent et pathéthique de Salvien S à voter l'impôt , ne le payaient point ou ne le payaient qu'à demi, pressurant à leur tour le pauvre, l'exploitant comme TEtat exploitait les contribuables. La misère dans de telles conditions sociales prenait des proportions effroyables, accumulait les haines et les désertions. Tous les moyens semblaient bons pour y échapper ; on sacrifiait tout à cette dure et implacable nécessité , sa condition, son honneur, sa liberté, son pays natal. L'isolement produit le découragement , et le découragepaeiit la stérilité. L'État, n'agissant que par lui-même ou par ses agents, concentrait dans ses mains toute l'activité qui est le priaeipe de vie des sociétés ; il absorbait peu à peu les forces individuelles ,• paralysait l'initiative privée, détruisait le ressort moral des populations : incapable de tout faire seul, il se privait de ses meilleurs appuis et recueillait les tristes fruits d'une politique déplorable.

C'est un spectacle digne de remarque et plein d'enseignement que celui de la séparation profonde qui existe à cette époque entre le gouvernement et les gouvernés. L'état des personnes est en général le signe caractéristique de la prospérité ou de la misère d'un pays. Dans la société romaine du iv*" siècle, les différentes classes d'habitants pouvaient se réduire à trois principales,. sans compter les esclaves ^. La première classe était ceUe des privilégiés et constituait une véritable aristocratie ; la seconde -était celle des curiales ou magistrats des cités, et enfin la troisième contenait le menu peuple, c'est-à-dire les habitants

* Salvien, De guhernatione Dei^ 1. V, passim. ' Ouizot, Essais sur Vhistoire de France^ p. 25.

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des campagnes et des villes, les cultivateurs, soit complètement libres, soit engagés dans les liens du colonat, et les artisans. La grande masse du peuple, véritable élément de force et de défense nationale , se composait alors presque exclusivement des paysans. Sismondi calcule que la classe des paysans, qui formait au commencement de notre siècle les quatre cinquièmes de la population totale dans la plupart des Etats de l'Europe , était encore bien plus nombreuse dans l'Empire romain, où les ouvriers et les artisans étaient loin d'atteindre le chiffre auquel ils sont arrivés de nos jours ^ Cette classe, si importante par le nombre et par son travail, qui nourrissait le reste de la nation et fournissait les meilleures recrues aux armées, n'avait aucune part dans le gouvernetaent, demeurait complètement étrangère aux affaires publiques ; on ne songeait à elle que pour l'accabler de redevances et lui arracher de l'argent ; aussi allait-elle toujours en déclinant. Il en était de même des curialeSj classe moyenne et intelligente , qui correspondait un peu à notre bourgeoisie moderne. Les curiales, rivés à leurs chaînes comme les colons, traités de déserteurs lorsqu'ils abandonnaient le poste que leur assignait leur naissance, avaient non-seulement la charge de l'administration des villes , mais la responsabilité du recouvrement de l'impôt et devaient subvenir à toutes les dépenses de la cité, soit avec les deniers publics, soit par eux-mêmes. La plupart se trouvaient ainsi condamnés à une ruine inévitable et s'efforçaient d'échapper aii périlleux honneur qui leur incombait. Leur nombre diminuait sans cesse comme celui des cultivateurs libres. Ammien nous fait cette terrible révélation que dans certaines villes on n'aurait pu trouver, sous le règne de Valentinien, trois curiales^. Les

1 Sismondi^ t. I, p. 31 et suiv.

* Amm., 1. XXVII, c. vu. « Prsefectus Florentius, cum,m re quadam ve-

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