DÉSORGANISATION SOCIALE
empereurs, malgré l'avidité insatiable du fisc, se voyaient contraints de remettre à des villes, à des provinces entières une partie de l'impôt, quelquefois pour plusieurs années (indtdgentiœ debitorum) *. Le dépeuplement et la misère, tels étaient les deux grands fléaux intérieurs qui dévoraient l'Empire : le premier résultait en partie du second ; tous deux avaient pour cause principale la désorganisation sociale bien plus encore que l'invasion. La pénurie d'hommes et d'argent amène nécessairement la ruine d'un peuple, car ce senties deux éléments qui renouvellent le corps social et l'alimentent. Aristote, dans son livre de La Politiqice , n'attribue pas la ruine de Sparte à d'autre cause qu'au manque de citoyens iohyavSptùnia.) *.
Cette désorganisation gagna successivement toutes les provinces , même les plus éloignées du centre. Les provinces frontières , plus exposées aux attaques et aux déprédations des Barbares , furent celles où se maintint le plus longtemps l'esprit militaire, qui conservèrent le mieux le précieux dépôt des vertus civiles et guerrières ^. Leur population, moins amollie que celle des autres parties de l'Empire, sans cesse tenue en éveil parle péril des invasions , puisait dans les nécessités mêmes de la situation une certaine énergie , une force de résistance qu'on ne rencontrait plus ailleurs. La Gaule, la Rhétie, le Norique, rniyrie , la Pannonie avaient la réputation de fournir les
nia digna audlsset eum percitum ira jussisse itidexn ternos per ordines urbium interfici plurimarum : « Et quid agetur, ait, si oppidum aliquod Gu- « riales non haberet tantoB ? »
* Salv., De gubematione Det, 1. V. — Amm., 1. XVII, c. m. — Ibid., 1. XVIII, c. I.
« Aristote, PoUtique, 1. II, c. ix. réfove 8è 8ià tôv ëpY»v axtx&s fiîjXov ÔTi çauXcoç aÙToTç elxe fà icepl t9jv to^iv TouTifjv jiiav yàp nh\xh^ oOx Oicriveyxcv ^ iroXiç àXX'&icdaXexo Sià t9jv ôXiyavOpamiav.
3 Sismondi, t. I, p. 51-52.