LES PROVINCES FRONTIÈRES
meilleurs soldats , les hommes les pins robustes, les plus courageux, les mieux trempés. Ces provinces , plus, sou* cieuses que les autres de leur indépendance constamihent menacée , pillées par les hordes germaniques, prei^surées par les agents du fisc comme étant les plus riches et les plus productives, songèrent à se défendre elles-mêmes quand elles virent Tincurie du gouvernement romain, impuissant à les protéger d'une manière efficace ; elles réagirent contre cette domination dont le joug leur était plus odieux que celui des Barbares, tendirent à s'en séparer de plus en plus et finirent par briser les derniers liens qui les rattachaient a Home.
La Gaule fournit un remarquable exemple de cette résurrection de l'esprit national étouffé par la conquête romaine. C'est surtout dans son histoire qu'il faut étudier le mouvement de réaction contre l'autorité impériale et en suivre les progrès ^ Soumis par César, façonnés par Auguste aux mœurs, aux lois , aux institutions de Rome, les Gaulois ne cessèrent jamais de conserver un certain esprit d'indépendance, un caractère indomptable ^. La facilité avec laquelle ils adoptèrent la civilisation romaine et se l'approprièrent a pu faire illusion à certains historiens. Les villes, dont la prédominance sur les campagnes est un fait constant , avéré dans l'Empiré^, se modelèrent bien, vite sur la métropole; leurs palais, leurs écoles, leur administration, leur organisation , les embellissements dont elles se parèrent, rappelaient en tout le luxe et 1 éclat de la capitale, mais le fond même de la population n'est point devenu aussi romain qu'on a voulu le dire. Le vieil élément celtique se
1 Amédée Thierry, Histoire des GaïUes sous Vadtninistration romaine.
* Lehuër., Instit. mérov., 1. 1, c. ix.
3 Guizot, Histoire de la civilisation en Europe^ 2* leçon.