G LES BAGAUDES
esprits. Ces bandes armées de paysans, désignées sous le nom de Bagaudes, c'est-à-dire de rebelles ^ qui rivaient dans les bois et se livraient au brigandage, finirent par devenir une classe séparée de la nation, un élément perpétuel de guerre civile, et populaire ^. On eut beau les traquer comme des bêtes fauves, étouffer leur révolte dans le sang^, ils renaissaient sans cesse de leurs cendres, se grossissaient de mécontents de tous les partis et de tous les rangs de la société. Vers la fin du iv* et le commencement du V® siècle , ils couvraient une partie non-seulement de la Gaule, mais encore de l'Espagne.
Toutefois, cette protestation publique et manifeste contre la domination romaine ne prit un caractère vraiment efficace que le jour où les Barbares eurent occupé une partie du sol de la Gaule et où Rome elle-même , impuissante à maintenir son autorité, se vit obligée de se replier. La Grande-Bretagne, la Gaule furent successivement évacuées' par les légions ; le gouvernement et l'administration se retirèrent après les troupes , abandonnant les anciens sujets de l'Empire à leurs propres ressources *. Profitant de cette désertion, de cette retraite, forcée sans doute, mais anticipée du gouvernement romain, les cités gauloises, les cantons s'organisèrent eux-mêmes , levèrent des milices, créèrent un gouvernement , une administration locale , se détachèrent complètement de la métropole et agirent isolément , chacun pour son propre compte , se préparant à
1 Salv., De guhernatione Bei, 1. V.
2 Sismondi, 1. 1, c. i» p» 31.
3 Paneg, vet.^ Mamertinus Maximiano Auguste, c» iv* « An non illud malum simile monstrorum biformium in hisce terris fuit, quod tua Gsesar, nescio utrum magis fortitudine repressum slt, an clementia mitigatum, cum militares habitus ignari agricolse appetiverunt : cum hostem barbarum suorum cUltorum rusticus vastator imitatus est i »
^ Guizot) Histoire de la civilisation en France^ 2® leçon«