‹ Essai sur la condition des barbares établis dans l'empire Romain auChapitre 156 sur 162 · LES GALLO-ROMAINS · texte numérisé non relu

LES GALLO-ROMAINS

tements du pouvoir royal , contre les abus de la force , quels qu'ils fussent, et de donner les plus nobles exemples 4e dévouement à la patrie.

La Gaule, détachée de Rome, vaincue par les Barbares, n'en conserva pas moins la tradition romaine. Là^ comme dans les autres provinces de l'Empire , plus que partout ailleurs; la domination des Romains, quatre fois séculaire, avait jeté de profondes racines, laissé des traces ineffaçables. La population gallo-romaine , mélange de la vieille race gauloise et du peuple conquérant, ne s'identifia jamais d'une manière aussi complète avec les nouveaux vainqueurs : elle demeura romaine « par la filiation, par le sang, par les lois, parja langue, par les idées. » C'est le jugement qu'a formulé de nosjoursunde nos plus illustres historiens. M.- Augustin Thierry ^ Les Germains, qui avaient pénétré la société romaine, avant de substituer leur autorité à celle de l'Empire , devaient subir le prestige d'une civilisation qui s'imposait à eux par sa supériorité comme elle s'était imposée au monde ancien , d'une puissance qui , malgré ses faiblesses , $es vices et ses fautes nombreuses, avait lutté victorieusement pendant plusieurs siècles contre tous les éléments de dissolution qu'elle renfermait , en même temps que contre les invasions, faisant face aux ennemis du dedans et du dehors , soutenue jusqu'à la fin par son admirable organisation militaire, dans laquelle les Barbares tenaient eux-mêmes une si grande place ^. Ces derniers n'arrivèrent donc point comme des inconnus, comme des étrangers, comme de sauvages conquérants habitués à ne rien respecter. Ils avaient fait l'apprentissage de la vie policée , s'étaient façonnés au contact

* Récits des temps mérovingiens^ Préface.

2 Guizot, Histoire de la civilisation en Europe^ 2* leçon.

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perpétuel des Romains , soit en les combattant, soit en se mêlant avec les habitants des provinces , dont Tensemble n'était déjà que la réunion des éléments les plus hétérogènes. Les Barbares, comme Ta si bien dit M. de Chateaubriand ^ avaient pris possession de la terre romaine avec répée et la charrue avant de la conquérir.

Il y eut une dernière cause de rapprochement entre les Romains et les Barbares, qui contribua à elle seule autant et plus que toutes les autres à modifier le caractère de la grande invasion ; ce fut la conversion des Barbares au christianisme. Le christianisme remporta successivement deux victoires glorieuses et décisives : la première sur l'Empire, la seconde sur les Germains. Le résultat de sa première victoire a-t-il été, ainsi que l'ont prétendu ses ennemis anciens et modernes , de hâter, de précipiter la décadence et la dissolution de l'Empire ^? Les païens l'en accusaient, lui reprochaient d'avoir sapé le pouvoir par sa base eu l'isolant, en faisant le vide autour de lui, en brisant par la séparation du spirituel et du temporel l'unité des institutions politiques et religieuses qui existait dans la constitution de Rome et faisait sa force principale ^. Cette accusation est injuste; l'histoire la dément. Le christianisme ne sauv^a point l'Empire , parce que l'Empire ne pouvait être sauvé. Les païens eux-mêmes étaient contraints d'avouer qu'il avait été le propre artisan de sa ruine *. Les attaques des chrétiens étaient dirigées contre les vices de la société romaine et de son gouvernement bien plus que contre cette société, que contre ce gouver-

* Études historiques^ premier discours, exposition.

2 Gibb., t. VI, c. xxxvii.

3 Zos., 1. IV, c. LIX.

•* Ibid., 1. I, c. LVii. iloXuëtou ôicwç èKTTQaavTO 'P(i>|jiaîot tViv àpxi^v èv ôXiY<î> SieÇeXOôvTOç, ôicwç èv où itoXXw XP^^^î* f^^aiv àTaaOaXiifjvcv aùxi^v ^icfOetpav, èpxo|J.at XéÇcov.

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