‹ Essai sur la condition des barbares établis dans l'empire Romain auChapitre 28 sur 162 · LES HUNS · texte numérisé non relu

LES HUNS

ment détruites. Ce premier désastre était le signal deç nouveaux maux qui allaient fondre sur l'Empire.

La seconde moitié du iv« siècle vit se produire dans la Germanie un de ces immenses bouleversements qui ne manquaient jamais d'avoir leur contre-coup sur le monde romain. La nation des Huns^ dont la sauvage férocité est devenue proverbiale, fit alors sa première apparition en Europe. Elle n'appartenait plus aux races germaniques, mais à la grande famille des Tartares destinée à couvrir nonseulement toute l'Asie et l'Orient, mais une partie du monde européen ^ Leurs migrations, selon la remarque de Gibbon ^, se trouvent liées à l'histoire des révolutions mêmes de la Chine dont les annales peuvent aider à découvrir les causes secrètes et éloignées qui entraînèrent la chute de l'Empire romain. Les Huns n'étaient pas les premiers Tartares qui eussent franchi la limite de l'Europe et de l'Asie, ils avaient été précédés par les AlainSy peuples de même race, bien que d'une civilisation plus avancée^. Nous trouvons dès le ii* siècle les Alains établis sur les bords du Palus-Méotide et du Bosphore Cimmérien ; ils s'étaient répandus en peu de temps dans les provinces du Pont, de la Cappadoce, de la Cilicie et de la Galatie. Arrien, gouverneur de la Bithynie, auteur d'une histoire de l'expédition d'Alexandre le Grand et d'un périple de la mer Noire, avait déjà combattu les Alains et composé contre eux un livre de stratégie intitulé : zà TaxTtxà. Ils ne cessèrent dès lors d'occuper les pays voisins du Caucase, et

^ Amm., 1. XXXI, c. ii. « Hunnorum gens monumentis veteribus leviter nota, ultra paludes Mseoticas glacialem Oceanum accolens, omnem modiun leritatis excedit. *

8 Gibb., t. V, c. XXX.

3 Amm., l.XXXI, c. ii. « Alani... Hunnis per omnia suppares, verum victu mitiores et cultu, latrocinando et venandô adusque MseOtica stagna et Gimmerium Bosporon, itidemque Annenios discurrentes et Mediam. »

LEUR originh: légendaire n

pénétrèrent jusqu'aux confins de l'Arménie et de la Mendie ' . Les Alains étaient, comme les Huns, des peuples essentiellement nomades. Leur principale force consistait dans la cavalerie ; ils passaient leur vie à cheval, faisant, ainsi que les Arabes, de leur coursier le compagnon inséparable de leur existence et leur meilleur ami. Ce caractère du reste est commun à tous les Tartares, et le nom générique des langues tartares ou touraniennes^ est emprunté au mot toura qui signifie la queue du cheval. Ammien Marcellin ^, Jomandès ^, Zosime ^, tous les historiens gréco-romains du Bas-Empire nous ont laissé un portrait de ces nouveaux Barbares dont les mœurs, les usages, le type même de figure n'avaient rien d'humain et à qui la ^tradition attribuait une origine légendaire. L'impression produite autrefois sur les Romains par les féroces habitants de la Germanie se trouva dépassée; l'imagination populaire, prompte à se frapper, ne manquait pas de grossir encore la réalité ; la superstition s'empara de ces terribles images, de ces récits fantastiques, pour semer l'efi'roi. Les bruits les plus sinistres circulèrent ; le vague pressentiment d'un grand désastre, d'une ruine prochaine, se répandit dans l'Orient; les vieilles prophéties, annonçant que l'empire du monde devait passer à d'autres nations, furent considérées comme à la veille d'avoir leur accomplissement ^. Le trente et unième livre d'Ammien Marcellin s'ouvre par rénumération des funestes présages qui accompagnè-

A Amm., loc. lav,d. supra.

2 Ibid.

3 Jorn., De Reb. Cret., c. viii.

4 Zos., L IV, c. XX.

5 Amm., L XXXI, c. i. «Intereaet Fortunœ volucris rota, adversaprosperis sempei* alteinans, Bellouam furiis in societatem adscitis armabat, mœstosque transtulit ad Orientem eventus, quos adventare prœsagiorum fides clara monebat et portentorum, »

28 LKS PROPHETIES

rent l'arrivée des Huns. En démolissant les vieux murs de Ghalcédoine pour les- employer comme matériaux à la construction des nouvelles thermes de Constantinople, on trouva dans ces fondations une pierre carrée sur laquelle étaient gravés huit vers grecs. L'inscription prédisait l'usage qu'on ferait un jour du rempart et la coïncidence de cet usage avec la venue de hordes guerrières innombrables qui franchiraient le Danube, ravageraient la Scythie, la Mésie, et se rueraient jusque sur la Pannonie ^

Les Huns, en effet, brisèrent toutes les résistances qu'ils purent rencontrer, broyèrent sur leur pstssage peuples, nations et empires. Les Alains, qui eux-mêmes s'étaient adjoint par la conquête depuis leur établissement en Europe une partie des nations voisines, les Neuves, les BudinSj les Gelons^ les Agathyrses, les Mélanchlènes^ les Anthropophages^ aussi sauvages que leurs vainqueurs, furent les premiers à subir le choc^; leur communauté d'origine et de race avec les Huns rendit leur soumission plus prompte ef plus facile; la majeure partie d'entre eux,

^ Amm., 1. XXX(, c. i. « Denique cum Ghalcedonos subverterentur yeteres mûri, ut apud Constant! nopolim aedificaretur lavacrum, ordine resoluto saxorum, in quadrato lapide, qui structura latebat in média, hi Grseci vetsus incisi reperti sunt, futura plene pandent3S :

'A).X' ÔTCOTav vuiiçai Spoaep^ xaxà oloxm X^psi^ TepTToixevai aTp£<];a)VTai eOareçéaç xaT^àyucàç Kal xei^oc XouTpoio 7co).u(rrovov êo-aeTai â).xap, A^j TOTe (lupîa çOXpi TroXuoTcepÉcov àvOpediccov *'I<rTpou xaXXipoo'.o itopov TtepàovTa crùv oxfjfyy Kal (jxu8ixi?iv ôXéffst x^P''^^ "^^^ (luaiôa yaîav, Ilaioviiq; ô'èTTiêàvxa aùv èXiriffi {ji,aivo[iévi;}(riv AOtoO xai ptoToio téXo; xai ôyjpi; èçs'Çei.

* Amm., 1. XXXI, c. ii. « Hoc (Tanai) transite, in immensum extentas Scythise solitudines Alani inhabitant... paulatimque nationes conterminas crebritate victoriarum attritas ad gentilitatem sui vocabuli traxerunt... Inter hos Neuri... post quos Budini sunt et Geloni perquam feri... Gelonis Agathyrsi coUimitant... Post hos Melanchkenas et Authropophagos palari accepimus per diversa, humanis corporibus victitantes. »

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