L'EMPIRE DES GOTHS
après uue sanglante défaite sur les bords du Don ou Tanaïs accepta les conditions qui lui étaient offertes et suivit les envahisseurs dans leur marche contre l'Occident ; d'autres, jaloux de conserver leur indépendance, se retirèrent dans la Germanie d'où il devaient plus tard passer dans les Gaules ; d'autres enfin se réfugièrent dans les montagnes du Caucase où on les retrouve encore avec leur ancien nom ^ Après les Alains, les Goths, leurs voisins, se virent menacés et attaqués. C'était une époque déjà florissante, de leur histoire^. Ils avaient alors pour roi Hermanrich, le plus illustre des Amales, nous dit Jornandès, qui mérita par ses exploits, par ses victoires et ses conquêtes, d'être comparé, au grand Alexandre^. Parmi les notions soumises à son empire on comptait les Scythes, les Thuidesy les Vasinabronces, les Mérens, les Mordensimnes, les Cares; les Roces, les Tadzans, les AthualSy les iV«veffoSy les Bubegantes, les Coldes, les Érules, les Vénètes, les jEstiens, tous compris dans les vastes plaines qui s'étendent au nord du Danube et de la mer Noire *, et dont la plupart avaient des noms à peine connus des Romains ou défigurés pas leurs historiens.
Les Goths, moins barbares que les autres Germains, cultivaient les arts de la paix, se livraient aux travaux de l'agriculture, avaient su défricher une partie des vastes territoires conquis par eux et autrefois déserts ; leur langage, comme leur esprit, se perfectionnait au contact des Romains et des Grecs avec lesquels ils se trouvaient de-
i Sism., f. I, p. 149.
2 Jorn., De Reb. Get.;c. vu.
3 Ibid. « Krmanaricus nobilissimus Amalorum in legno successit, qui luultas et bellicosissimas arctoas gentes perdomuit, suisque parère legibus fecit. Quera merito nonnulli Alexandre Magno comparavere majores. »
4 Ibid,
30 MORT D'HERMANRICH
puis plus d'un siècle en perpétuelles relations de commerce ; les missionnaires avaient pénétré dans leur pays pour y prêcher l'Evangile et venaient de les convertir au christianisme ; ils avaient même un commencement de littérature nationale qui consistait dans un recueil de vieilles traditions chantées ou écrites en caractères runiques ^ Ce degré de civilisation où ils étaient parvenus, ne les préserva point du fléau destructeur. Ils subirent plusieurs défaites, ' virent incendier leurs riches villages ainsi que leurs moissons ; les hommes, les femmes, les enfants et les vieillards furent massacrés sans pitié ^. L'apparition des Huns sur le Borysthène (Dnieper) et la mort d'Hermanrich provoquèrent un soulèvement général : les nations étrangères, annexées à son empire, profitèrent de l'occasion pour secouer le joug d'une domination imposée par la force ; l'empire des Goths, comme tous les empires barbares, uniquement fondés sur la conquête, formés des éléments les plus hétérogènes, fut aussi prompt à se dissoudre qu'il Tavait été à s'élever^. Les Goths, refoulés par les Huns, durent se
1 Sism., t, I, p. 150-152.
* Amm., 1. XXXI, c. m. « IgiturUuoni pervasis Alanorum regiouibus, quos Greuthungis confines Tanaitas consuetudo nominavit, interliectisque multis et spoliatis, reliquos sibi concordandi fide pacta Junxerunt, eisqiie adjunctis confidentius Krmenrichi late patentes et nberes pagos repenti no impetû perruperunt, bellicosissimi régis, et per multa variaque fortiter lacta vicinis nationibus formidati. »
3 Amm., 1. XXXI, c. in. « Qui (Ermenrichus) vi subitœ procellse perculsus, quamvis manere lundatus et stabilis diu conatus est, impendentium tamen diritatem augente vulgatius fama, magnorum discriminum metum vo luntaria morte sedavit... Fama serpente per Gothornm reliquas gentes quod inusitatum antehac hominum genus, modo ruens ut turbo montibus celsis es abdito si nu coortum adposita quseque convellit et corrumpit, » — Ibid.^ 1. XXXI, c. IV. « Dum aguntur hsec in externis novos majoresque solitis casus versare gentes arctoas rumores terribiles diffuderunt ; per omne, quidquid ad Pontum a Marcomannis prsetenditur, et Quadis, multitudinem barbaram abditarum nationum vi subita sedibus pulsam, circa flumen Histrum vagari... »