LEUR TRANSPLANTATION
éviter surtout de les cantonner dans de riches provinces, capables d'exciter leurs convoitises. Ravenne faillit être prise et saccagée par les Marcomans, auxquels Marc-Aurèle avait assigné comme résidence cette partie de ritaUe. On finit même, pour s'assurer de leur fidélité et se prémunir contre les tentatives de rébellion ou de désertion, par les transplanter dans des régions lointaines, à une autre extrémité de l'Empire, où ils devaient oublier plus facilement leur patrie, se façonner plus vite aux lois, à la langue et aux institutions de Rome, Dans les traités conclus avec les différents peuples de la Germanie, les empereurs, en dictant les conditions de la paix, avaient soin de limiter les rapports qui pouvaient exister entre les Romains et les Barbares. Ces rapports s'exerçaient sous la surveillance et avec l'autorisation des préfets impériaux, dans des lieux déterminés, à certaines époques de Tannée ^ .
Pendant tout le cours du m* siècle, il n'y eut presque aucune nation qui ne fournît ainsi à l'Empire son contingent d'hommes pour défricher les terres incultes et combler les vides des armées, car c'était là le double but qu'on se proposait en introduisant les Barbares au sein de la do- . mination romaine. La dépopulation des campagnes datait de l'époque des Gracques et des guerres civiles ; elle n'avait fait que s'accélérer pas suite de la concentration de la propriété dans un petit nombre de mains et de la disparition presque complète des cultivateurs libres remplacés par les esclaves. Pline signalait déjà les latifundia comme une des plaies de l'Empire ^. Cette plaie qui devaitètre incurable grandit dans d'effrayantes proportions ;
* Dion, 1. LXXI, c. xix.
* Pline, Hist* nat. 1. XVIII, c. vu. « Verum confîtentibus latifundia perdidere Italiam : jam vero et provincias. »