DANS LES ARMÉES ROMAINES
errante pour labourer et fertiliser les champs déserts d'Amiens, de Beauvais, de Troyes et de Langres ^
On ne comptait plus par milliers, mais par centaines de mille, les étrangers ainsi mêlés à la population primitive et indigène des différentes provinces de l'Empire. Seize mille Barbares, choisis parmi l'élite de la jeunesse des populations vaincues, furent incorporés pour la première fois par Probus dans les armées romaines à titre de tirones, et disséminés dans les légions par groupes de cinquante ou soixante, en dehors des nombreuses troupes auxiliaires que fournissaient déjà les Germains ^. Ce grand capitaine, qui venait par ses récentes victoires de relever le prestige de l'Empire un moment ébranlé, de lui rendre tout ce qui avait été perdu sous les règnes précédents, se flattait d'augmenter par là les forces militaires de Rome, sans qu'on pût s'apercevoir de l'introduction d'un élément étranger. Vaine précaution ! Les événements, plus forts que les hommes, déjouèrent les conseils d'une sage prévoyance et précipitèrent l'Empire dans une voie où il fut désormais impossible de l'arrêter. Probus lui-même ne tarda pas à reconnaître combien de tels sujets et de tels auxiliaires étaient dangereux. Une poignée de Francs, établis sur les bords du Pont-Euxin, à plusieurs centaines de lieues de leur patrie, prirent la résolution de briser les liens de leur captivité et de retourner dans le pays qui les avait vus naître. Ils s'emparèrent d'une flotte qui station-
* Ëum., Panégyrique de Constance, c. ix. « Arat ergo nunc mihi Ghamavus, et Frisias^ et iUe vagus, ille prsedator exercitio squalidus operatar, et frecpientat nuadiaas meas pécore veaali, et cultor barbarus laxat annonam. »
* Vop., Vit. Prob.y c. xiv. < Accepit praeterea sedecim millia tironum, quos onmes per diversas provincias sparsit, ita ut numeris, vel limitaneis militibus, quinquagenos et sezagenos intersereret, dlcens sentiendum esse,
Q)i yideodum, cum auxiliaribus Barbaris Romanus Juvatur. »
A2 LES DEDITITII
nait dans le voisinage, traversèrent rHellespont, longèrent les c6tes de l'Asie Mineure et de la Grèce, pillant sur leur passage les villes surprises et sans défense. De là ils firent * voile vers les côtes de l'Afrique, abordèrent sur le territoire de Carthage, qui ne dut son salut qu'à des renforts expédiés en toute hâte. La Sicile n'échappa point à leurs pirateries ; ils saccagèrent Syracuse» puis, revenant par la Méditerranée, franchirent le détroit de Gibraltar, côtoyèrent l'Espagne et la Gaule et parvinrent jusqu'aux rivages des Bataves et des Frisons, au milieu de leurs compatriotes étonnés de les revoira L'audace et le succès de pareilles tentatives semblaient annoncer quels seraient les futurs vainqueurs de Rome.
Avec le iv* siècle commence une nouvelle période. Les changements opérés dans la constitution de l'Empire par Dioclétien et par Constantin, le continuateur de son œuvre, modifièrent peu la politique romaine à l'égard des nations vaincues ou établies dans les provinces, mais ils exercèrent une influence considérable sur le développement de certaines institutions et en particulier du Colonat, appelé à se recruter surtout parmi les Barbares. La question du colonat est une des plus importantes par le rôle qu'il a joué à cette époque. La plupart des Allamans, des Goths, des
* Zos., 1. 1, c. Lxxi. ^pà-pctov... (jLoTpà tiç àTroercaaa, TcXoicov eOicopi^<Ta(Ta, T^iv 'EXXdSa (TuveTâpot^Ev âicadav xai £ix&Xi(f npocr^oOcra xai t^ Xvpaucou<ri(i>v 7rpo(T|iiÇaaa woXuv xaxâ TauTYjv elpydaaTo çovov. "HStj ôèxal Aiêûip wpoffop- {iiaÔEuia, xai ànoxpouddelda, ôuvd{ie(oç ix KapxY)66voc é7cevex0et(n)ç, oiaTe Y6Y0VÔV &7caOT)ç éicaveXÔeîv olxaôe. — Eam., Panégy. de Const., c. xviii. « Kecursabat in animos illa sub Divo Probo et paucorum ex Francis captivorum incredibilis audacia, et indigna félicitas, qui, a Ponto usque correptis navibus Qrœciam, Asiamque populati, nec impune plerisque Libyse littoribus appulsi, ipsas postremo navalibus quondam victoriis nobiles ceperant Syracusas, et immenso itinere pervecti Oceanum, qua terras irrupit, intraverant, atque ita eventu temeritatis ostenderant nihil esse clausum piraticse. desperationi, quo navigiis pateret accessus. »