‹ Essai sur la condition des barbares établis dans l'empire Romain auChapitre 47 sur 162 · LE SERVICE MILITAIRE · texte numérisé non relu

LE SERVICE MILITAIRE

légions, dans le chiffre de leur effectif, ne portèrent point atteinte au principe fondamental sur lequel elle reposait ^ . Ce fut plus tard seulement, sous TËmpire et en pleine décadence, que le relâchement des mœurs amena le relâ* chement de la discipline. On vit alors toutes les classes de la société déserter les légions. Dans les classes supérieures, les sénateurs, les grands propriétaires, les premiers citoyens, n'étant plus rattachés à l'Etat par les mêmes liens, cherchèrent les moyei^s de se soustraire à une obligation qu'on regardait autrefois comme un honneur, mais qui était tombée dans une sorte de mépris. Les armes pesantes du légionnaire, les exercices, les travaux, les rudes fatigues auxquelles il était soumis, répugnaient à leur mollesse ; ils préféraient entrer dans les corps auxiliaires où la discipline était moins sévère, le service moins pénible ^. Dans les classes inférieures, plusieurs allaient jusqu'à se mutiler volontairement en se coupant les pouces afin de se rendre impropres au maniement des armes et d'échapper ainsi à la loi de la conscription : on les désignait par répithète flétrissante de murci ^. Ce fut une première cause d'infériorité pour les légions dont le recrutement devint très-difficile et qui durent ouvrir leurs rangs presque uniquement aux prolétaires ou aux étrangers. L'introduction de l'élément étranger et barbare dans une proportion d'abord minime, mais toujours croissante, marque un pas décisif dans cette voie de transformation.

^ Beck. et Marq., III, 2. (Das Militârwesen.)

2 Vég., De Re militari, 1. II, c. m. « Magnus in legionibus labor est militandi, graviora arma, sera munera, severior disciplina. Quod vitantes plerique, in auxiliis festinant militlse sacramenta percipere, ubi et minor sudor et maturiora sunt prsemia. >» «

3 Amm., I. XV, c. xii. « Nec eorum (Gallornm) aliq[uando quisquam ut in Italia, munus Martium pertimescens, pollicem sibi prœcidit, cfuos localiter murcos appellant. » (Voir le commentaire de Wagner sur ce passage, t. II, p. 170.)

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