CONTRE LA GERMANIE
se tenir sur la défensive ; il ne s'agit plus pour elle d'ajouter de nouvelles provinces à son empire, mais de défendre son propre territoire menacé par les envahisseurs. Les Germains ne ressemblaient à aucune des nations qu'elle avait vaincues auparavant ; c'étaient des peuplades, des tribus innombrables qui venaient les unes après les autres se précipiter sur ses frontières et dont les attaques incessantes ne lui laissaient point de repos. Les légions, mieux armées, mieux disciplinées que les Barbares, parvenaient facilement à en triompher, mais ces victoires partielles n'aboutissaient à aucun résultat définitif; elles ne faisaient que conjurer le danger présent sans assurer l'avenir; les provinces demeuraient toujours exposées aux coups de l'invasion ; la Germanie, véritable pépinière d'hommes, semblait inépuisable.
La situation mtérieure de la Germanie a exercé une influence considérable et décisive sur la marche des invasions ; il faut en tenir grand compte pour bien comprendre les événements. Les Germains étaient plutôt campés qu'établis dans des demeures fixes ; ils n'avaient pas de villes, mais desimpies bourgades*. Ils vivaient à la manière des peuples pasteurs et nomades ; leur principale richesse consistait dans les troupeaux; accoutumés à se nourrir du produit de leur chasse et du butin pris sur l'ennemi 2, ils changeaient continuellement de résidence, se contentaient de semer le blé qu'ils pouvaient récolter quelques mois après et se souciaient peu de féconder de leurs sueurs une terre dont la possession ne leur était point assurée, car les groupes seuls (civitates) et non les individus jouissaient du droit de propriété'. Il était rare qu'une tribu séjournât
* Tac, De Moribus Germanorumy passim.
* Ibid.yC, V.
3 Ibib*y c, XVI» — César, De Béllo GaUicOy 1. IV, c. i. « Privati ac se-