CESSIONS DE PROVINCES
situation respective des Romains et des Barbares. 11 ne s'agissait plus, comme par le passé, d'une simple autorisation accordée à quelque tribu ou peuplade de la Germanie de résider dans telle ou telle partie d'une province généralement voisine de la frontière, où elle n'était jamais que campée et enrégimentée sous les ordres des généraux de l'Empire ; c'étaient des provinces entières qu'on abandouait en toute propriété à un roi ou à une nation barbare par une délégation spéciale de Tempereur, qui transmettait ses droits, ne se réservant, à l'exception des Villes ^ que la souveraineté nominale du pays. Les principautés danubiennes et l'Egypte offrent de nos jours un exemple analogue ; elles ont leur administration à part, sont gouvernées par des princes qui exercent le pouvoir royal, mais ne sont point détachées pour cela de l'eûipire turc dont elles relèvent comme le vassal relève de son suzerain. Ce n'est pas du reste le seul point de ressemblance entre les Ottomans, héritiers par la conquête des Césars de Byzance, et les Romains du Bas-Empire.
La plupart des provinces ainsi cédées étaient déjà perdues pour Rome. Le seul moyen qu'elle eût de les faire rentrer même indirectement sous sa domination, tandis qu'elle se trouvait impuissante à les reconquérir ellemême, était de charger de ce soin les Barbares, alliés de l'Empire, en leur promettant la possession du pays, une sorte d'investiture romaine pour leurs chefs. Honorius faisait aux Goths une donation formelle des Gaules et de
^ Les Romains dans ces cessions de provinces faites aux Barbares avaient l'habitude d'excepter les grandes villes, ainsi que le remarque judicieusement l'abbè Dubos, (1. III, c. vu). C'était là que se maintenait l'administratioa romaine avec les fonctionnaires de TKmpire, tandis que les campagnes se trouvaient abandonnées aux étrangers. — Cf. Gibb., t. V, c. xxvi.