‹ Essai sur la condition des barbares établis dans l'empire Romain auChapitre 86 sur 162 · SON VERITABLE SENS · texte numérisé non relu

SON VERITABLE SENS

remarqué que tous les établissements des Lœti mentionnés danis IdiNotitia se trouvent sur le territoire des Celtes. En somme, il peut y avoir du vrai dans les deux opinions * ; l'histoire fournit de nombreux exemples de ces emprunts faitâ* par les vainqueurs aux peuples vaincus, à leurs usages, à leurs institutions, voire même à leur langue. Les Celtes dans leurs migrations à travers l'Europe ont suivi le cours du Danube, et M. de Ring a pu remarquer que souvent les forts, les camps romains avaient été établis sur l'emplacement d'anciennes fortifications celtiques ^.

Ce qui semble bien démontré, c'est que la ressemblance du mot Lœti avec l'allemand leute (gens de guerre, hommes d'armes) n'est qu'une ressemblance fortuite et qu'il faut renoncer à l'étymofcgie adoptée pas Rambach ^, ainsi que par M. Ozanam * et la plupart de ros historiens modernes. M. Guérard, dans son remarquable travail sur le polyptyque d'Irminon ^, véritable chef-d'œuvre du genre, consacre un chapitre aux Lœti et attribue à ce mot la signification A'auxilia (troupes auxiliaires), s'appuyant sur le sens général de la racine lid, led, àdixa^ la langue des peuples de la Germanie, comme dans les plus anciens monuments dés langues du Nord. Nous nous rattachons à

* Lafen*., Droit civil, t. II, p. 347.

* De Ring, op, cit., passim.

3 Rambach, Dissertatio juris puUici Romani de Lœtis, Halse, 1T72, p. 17. « Mea quidem sententia Lœti nomen traxerunt ab antiquissima voce germanica X««^ » .

^ Ozanam, Les Germains, t. III des œuv. compL, c. vi.

^> Guérard, Pciyptyqv^e d'Irminon, 2 vol. in-8, 1. 1, p. 254. « Je ne doute pas que le nom de Lœti n'eût la signification d'aua;t2ta'dans la langue des peuples de la Germanie. Le mot de lid ou led Ta conservée dans les plus anciens monuments des langues du Nord. » — Moët de la Forte-Maison, Ijes Francs, leur origine et leur histoire, Paris, Franck, 1868, 2 vol. in-8. (L. III, c. IV, t. I.)

ORIGINE DES LJETl 107

cette dernière étymologie qui n'est pas celle de Bôcking *, mais qui nous semblé s'accorder parfaitement avec le rôle que les Lœti ont été appelés à jouer dans l'Empire.

L'origine des Lœti est plus facile à déterminer que le véritable sens du mot par lequel ils sont désignés. Zosime que nous avons déjà cité en fait un peuple de la Gaule, êOvoç roAoTtîcov ^. On ne peut s'arrêter à cette hypothèse contredite par des textes formels. Les Lœti n'étaient ni des Romains, ni des Gaulois, mais des Barbares, c'est-à-dire des étrangers, peregrinty admis dans l'Empire. Ammien Marcellin nous le dit expressément dans plusieurs passages ; tantôt ce sont les Lœti, Barbares habiles à la rapine, qui se glissent secrètement entre le camp romain et celui des Allamans pour fondre sur Lyon à l'improviste et brûler cette grande cité ^;' tantôt c'est Julien qui, proclamé Auguste par son armée, écrit de Paris à l'empereur Constance et promet de lui envoyer un corps de Lœti, descendants des Barbares établis sur la rive gauche du Rhin ^. Zosime, lui-même, par une sorte de contradiction, peutêtre plus apparente que réelle, nous parlant de l'usurpateur Magnence, qui appartenait à la colonie des Lœti, a soin de nous apprendre que. Gaulois de naissance, jprovincialiSy il était d'origine barbare ^. Les historiens qui se

1 Bôcking rattache ce mot d'après Grimm à la racine laz {lats en gothique) exprimant l'idée de lenteur, d'inaction, de paresse, d'infériorité (segnis, ignavus, piger, tardus, deses, hebes).

* Zos., 1. II, c. LIV.

3 Amm., 1. XVI, c. xi. « Dum hœc tamen rite disposita ceier&niuT, Lœti barbari ad tempestiva furta sollertes, inter utriusque exercitus castra occulte transgressi, invasere Lugdunum incautam. >

-* Ibid., 1. XX, c. vm. «... adulescentes Letos quosdam, cis Rhenum editam barbarorum progéniem. »

5 Zos., loc: cit. MayvévTtoç févoç (lèv sXxcov àirô papêàpwv, (ieTOtx^<Ta; 8è eu AeToùç, l6voç FaXaTixôv «aiÔeiaçTe tîJç Aaxivtov (ieTa(ixt<*v.

sont appuyés sur le texte de Zosime pour soutenir que les Lœii étaient des Gaulois, l'ont mal interprété. Sans doute les cantonnements qui leur sont assignés dans la Notitia Dignitatum se trouvent exclusivement dans les Gaules et nous voyons associés à leurs noms des noms de peuples gaulois, tels que les Lingonenses (habitants de Langres), les JEdtd (Éduens), les Nervii (Ner viens), les Nemelacenses (habitants d'Arras), les Contraginenses (habitants de Noyon) S mais tous ces noms marquent les lieux où ils avaient résidé dans leur nouvelle patrie adoptive et n'ont rien de commun avec leur origine primitive : on les distinguait ainsi les uns des autres par les villes sur le territoire desquelles ils tenaient garnison et par les provinces qui leur avaient été assignées. On en trouve dans les Lyonnaises, dans les deux Belgiques, dans la première Aquitaine et dans la deuxième Germanie *. La grande majorité était dans la deuxième Belgique, c'est-à-dire dans une des provinces de la Gaule les plus rapprochées du Rhin.SybeP et les auteurs qui ont adopté l'étymologie celtique * pensent que, si les premiers Lœii ont été des Barbares, plus tard cette condition spéciale a dû être commune aux Gaulois et aux Romains réduits à une sorte de colonat, comme les Romains du v* siècle dont nous parle Salvien ^. Cette hypo-

* Not. Dignit., Bock., II, p. 119-122.

2 Voir le tableau défi Préfectures desLœti, notefi et éclaircissements, n*5.

3 Sybel., IHe deutschen UntertTianen, p. 40. < ... Nirgendliegt bestimmte Aussage vor, dass man immer nur Barbaren f\ir dièse Zwecke benutzt habe, so siehe es aus Ammian undder 1. 10. Th. G. XIII. 11 feststehet, dass das Institut von solchen ausgegangen und der Regel nach durch solche erweitert worden ist. Zu deutschen Lazisen wâren freilich die Bewohner von Langres und Luaige nicht zu machen gewesen aber celtische Ansiedler konnten aus ihnen ebensowohl wie aus den deutschen Nachbarstâmmen ausgehoben werden, »

4 Raepsaet, Anal. hist. et critiq. des Belges. Gand, 1824, t. I, p. 75.

5 Salvien, De gubernat. Dei^ 1. V.

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