ANTIQUITÉ DES INVENTIONS MODERNES
terieurement émises ? Ou bien , comme nous Tavons déjà dit , y a-t-il eu une science primitive et révélée, contemporaine des premiers peuples et à laquelle toutes les époques de civilisation doivent revenir, parce que cette science n'était pas autre chose que la connaissance des véritables lois de la nature ? graves questions bien dignes d'occuper les méditations des philosophes. Pour nous, sans prétendre à l'honneur de les résoudre, rentrons dans notre sujet par quelques curieux rapprochemeuts, familiers à tous ceux qui ont parcouru les vieux Uvre§.
Bien ,des bonnes gens croient que les eaux de la Chine et poudres merveilleuses pour teindre les cheveux sont des inventions de la chimie moderne ; si Ton veut feuilleter un bouquin peu connu (1), on trouvera, pour le même objets des poudres et des eaux dont les bases sont des sels de chaux, de plomb et d'ai^ent. De bonne foi, nos habiles et nos charlatans font-ils mieux ?
Le Tyrocinium chimicumj formidable bouquin, nous donne, contre le mal de mer, ne guis in mare evomai, une recette qui n'est ni meilleure, ni plus mauvaise que celles de contemporains, en y comprenant les bonbons de Malte.
Paracelse prétendait guérir la goutte par les a\calisy lapides cancrprum, lynci, lazzuli, etc. , les modernes sont revenus à cette méthode, sans que les goutteux s'en trouvent mieux (2). Les médecins arabes traitaient déjà la goutte et la gravelie par les alcalis, les balsamiques et de légers diurétiques (3).
L'école de Montpellier fait remonter ses doctrines vitalistes à Hippocrate ; nous en avons déjà vu l'idée première dans le Zend'Avesta et elle se retrouve fréquemment chez les an-
(1) ViCKEBOM, De secreiis. Basileœ, 1543.
(2) HuFELAMD, Manuel pratique de m^<fecme; Trousseau et PiDOUx, Thérapeutique, t. I, p. 357. ■
(3) Rasis db Lapide, Manuscrits du Vatican. L'édition imprimée est moins «omplète.
38 CHAPITRE Ul.
ciens Kabbalistes. Citons le résumé de leur savant historien (1) :
a II y a, dans Tftme humaine, trois puissances parfaitement (c distinctes et qui ne demeurent unies que pendant notre vie « terrestre. Au degré le plus élevé, est Tesprit proprement « dit, pure émanation de l'intelligence divine et destinée à « rentrer dans sa source. Au degré le plus bas, immédiatece ment au-dessus de la matière, est le principe dumouve- « ment et de la sensation , Y esprit vital dont la tâche ex- «pire au bord de la tombe. En6n entre ces deuxextrêmes « vient se placer le moi^ le principe libre et responsable, la « personne morale, d
L'idée d'un fluide nerveux n'est pas nouvelle ; elle a été clairement indiquée par plusieurs auteurs du moyen âge, entre autres par Bernard Telesio (2).
Les chimistes modernes ont fait grand bruit des modifications que les divers états des corps apportent à la loi des affinités ; et ils se servent souvent, pour exprimer une idée qui ne leur est pas très-claire, de celte formule : faites réagir à l'état naissant. Nous trouvons la même pensée et le même précepte dans un bouquin alchimiste : Nequemetallay neque lapides recipiunt cœlestes quando sunt in metallorum forma, vel lapidum, sed quando in forma vaporum et donec durescant (3).
La controverse sur la composition de l'air, qui divise encore nos savants, n'est pas nouvelle : elle avait déjà été soulevée dans lé moyen âge. On peut s'en assurer en parcourant un ouvrage curieux d'Augustin iVi/o (4), qui soutient avec vivacité, contre Averroès, que le ciel est un corps simple. Il ne s'^agissait, ni d'oxygène, ni d'azote, mais de savoir si Tatmo-
(1) Adolphe Frank, la Kabbale^ p. 376 et seqq.
(2) B. Telesius, Dererum natura. Neapoli, 1557, fol. 134.
(3) De ligno vitœ, Basilea, 1S61. (Recueil du Grattarolo.)
(4) EoTYCi AuGUSTiNi NiPHi Commentationes in librum Desfructio destntctionum Averroys, ïmpressum Venetiis per Petrum de Querengis, Bergœmen'