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THÉRIAQUE

nuisible. Voilà toute la question ; si Ton s'en écarte, on tombe dans des discussions théoriques sans application. Cette question, du reste, a été ainsi posée, il y a près de quatre siècles, dans un curieux traité de Laurent Majoli (1) auquel je renverrai les amateurs de bouquins ; mais il me sera permis de faire observer que Topinion du médecin génois se rapproche assez de celle des savants les plus modernes qui admettent que les propriétés des corps résultent de Farrangement de leurs molécules^ et non pas de leur composition atomique (2). Nous reviendrons ailleurs sur cette question de la cause première de l'effet des médicaments ; en attendant, terminons ces ob* servations sur la polypharmacie, par quelques mots à propos du bizarre médicament inventé par le médecin de Néron.

IX. — Nos pères avaient une entière confiance dans la thériaque ; on lui attribuait des vertus presque miraculeuses et sa préparation était entourée d'une solennité officielle. A Venise, les chefs de la république y assistaient. Les médecins modernes ont cessé de l'ordonner, mais leurs malades ne s'en sont pas mieux portés. On a dit que ce mélange de plus de 140 substances, chacune de propriétés ou identiques ou opposées, était absurde, et peu s'en est fallu que la thériaque ne disparût tout à fait de nos pharmacopées. On ne lui a fait grftce que comme à une vieille ruine, et à condition qu'elle se moderniserait. En vertu de cette transaction, la thériaque a été réduite, d'abord à trente substances, un peu plus tard, je crois, à soixante ; peu importe.

Qu'est-il arrivé ? Que la thériaque moderne, au dire des vieux praticiens, n'a plus les mêmes effets qu'autrefois. Je puis, en ce qui me concerne , affirmer que des personnes mordues par des vipères ont été, sous mes yeux, guéries en peu de jours au moyen de la thériaque par des médecins de

(1) De gradibus medicinarum. Neapoli, 1491.

(2) Comptes rendus de V Académie des sciences ^ t. XVII I, p. 275 ; ibid.^ t. n, p. 828.

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TtUage. Il est yrai que c'était dans ma jeunesse et ayant la réforme de notre pharmacopée. Enfin les praticien^ de Sicile et de Calabre continuent à employer la tfaériaque dans les fièvres rebelles aux sels de quinine.

Il est à regretter, que Ton n'ait pas encore publié dans les traités modernes de thérapeutique et de matière médicale, une analyse exacte de la véritable et vieille thériaque de Venise. La formule chimique des éléments de ce composé, eàt seule pu résoudre une question , qui peut-être a été tranchée un peu trop légèrement par nos praticiens français. — Puisque l'on parle tant de médecine rationnelle, définition qui, soit dit en passant, est fort sujette à contestation, on aurait dû, sans se préoccuper du mode de préparation de la thériaque, analyser ce composé. On aurait obtenu une formule analogue à celle des alcaloïdes avec l'addition de quelques atomes minéraux ; mais les potions ou pilules, ordonnés par les médecins les plus rationnels, ne sont pas autre chose au point de vue de la chimie.

Pour en finir avec la thériaque , rappelons une curieuse anecdote citée par Bordeu : « J'ai vu, pendant plusieurs an- « nées, donner chaque soir un bol de thériaque à tous les « malades de l'hôpital de Montpellier, tandis que les écoles « de celte métropole de la médecine retentissaient d'invectives « contre cette composition (1). »

X. — On le voit, dans la pratique comme dans la théorie, en médecine comme dans les sciences et les beaux-arts, l'esprit humain a une tendance à revenir au passé ; et ces axiomes vulgaires, la sagesse des ancêtres ; rien de nouveau som le soleil j sont des vérités profondes. Serait-ce que , dans sa faiblesse terrestre, l'intelligence de l'homme n'est susceptible de produire qu'un nombre limité de combinaisons d'idées, et que lorsqu'il l'a atteint, il lui faut forcément revenir à des idées an- Ci) Bordeu, Œuvres médicales ^ t. II.

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