MÉDICAMENTS PROPHYLACTIQUES
facilement ; le jeune homme est menacé d'une maladie du cœur, la demoiselle deviendra probablement chlorotique. Ici, j'ai pris, pour plus de clarté, deux cas très-simples et sur lesquels aucun médecin un peu expérimenté ne pourrait se tromper; il en est d'autres, j'en conviens, où, souvent, il hésitera. Mais, s'il est réellement habile, il trouvera toujours, dans les antécédents de la famille, dans Pensemble des habitudes et de la constitution, et quelquefois aussi dans Teffet des substances médicamenteuses, des indications suffisantes pour Téclairer sur la nécessité et la nature d'un traitement préventif.
Une autre difficulté, résulte de Tinconvénient incontestable qu'il peut y avoir à troubler l'harmonie générale en surexcitant mal à propos une fonction, ou bien même à accoutumer l'organisme à T usage de tel ou tel médicament qui demeurera sans effet le jour où une maladie éclatera.
Mais ce sont là des questions de détail et d'application^ contre lesquelles les médecins ont à lutter tous les jours, et leur art leur en fournit les moyens. Tous les médecins savent, ou doivent savoir quelles précautions il faut prendre pour surexciter une fonction sans troubler les autres ; tous aussi savent que l'on peut produire les mêmes effets, ou à peu près, par différentes substances, et que l'organisme s'accommode fort bien en général de ces changements^
11 n'y a donc pas là uneobjection sérieuse contre la médication préventive ; il faut seulement en conclure que, pour prévenir, comme pour guérir les maladies, ce n'est pas trop de toute la science du médecin le plus habile.
Arrivons enfin à la véritable difficulté, celle que nous avons indiquée au commencement de ce chapitre.
Existe-t-il, oui ou non, des médicaments véritablement préventifs ; c'est-à-dire des substances dont l'action spécifique préviendra telle ou telle maladie ?
A la question^ ainsi posée, la science ne répond affirmativement que pour une seule maladie, la petite vérole. On a reconnu que la vî^ccine est un spécifique dont l'action, au
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moins pendant de longues années, neutralise le Tirus vartolique et rend les individus vaccinés plus ou moins invulnérables à la terrible contagion.
Il existe cependant quelques substances auxquelles des médecins et des savants ont cru reconnaître une vertu spécifique préventive de certaines maladies; on a, entre autres^ indiqué certains médicaments comme préventifs du croup, cet efiroi desjeunes mères. Mais la science, avec son inflexible positivisme, est venue opposer des doutes aux assertions; elle a critiqué les expériences, elle s'est demandé si Teffet produit sur des organisations délicates, celle des enfants par exemple, en les soumettant à F usage constant d'un médicament énergique, ne serait pas plus funeste encore que rincertaine éventualité du croup ?
Enfin, au milieu de ces perplexités des savants, on peut dire que la médecine moderne, bien pauvre au milieu des richesses de son arsenal thérapeutique, ne possède actuellement qu'une seule médication réellement préventive, la vaccine.
Pour rhonneur de la science, et surtout pour le soulagement de la pauvre humanité, il serait à désirer que cette lacune fût enfin comblée et que Ton pût connaître la substance qui prévient la maladie aussi bien que celle qui doit la guérir^ ou pour se servir d'une expression consacrée par la langue médicale, il faudrait constater les vertus prophylactiques des médicaments en même temps que leur action physiologique ej; leurs effets thérapeutiques.
Il y a là un beau champ d'expériences et de méditations ouvert à l'ambition des jeunes médecins. L'oeuvre est difficile sans doute; mais le but n'est pas impossible à atteindre : c'est ce que nous allons essayer de démontrer ; heureux si nos travaux, dans cette voie à peine tracée^ pouvaient aider des savants plus jeunes et plus habiles à obtenir des rcsuitats plus complets.
La question se présente sous un double point de vue. Ou bien l'homme, chez lequel on veut prévenir la maladie.
est envisagé comme dans un parfait équilibre de santé, et alors, les spécifiques préventifs à découvrir auront pour but de cuirasser en quelque sorte son organisme contre des maladies dont on redoute l'invasion par une cause accidentelle quelconque.
Ou bien on aura reconnu soit dans la famille, soit chez le sujet, des prédispositions à telle ou telle maladie ; alors la médication préventive a pour but de lutter contre ces prédispositions.
La première hypothèse est malheureusement pour l'humanité, une exception fort rare, on peut dire que les prédispositions à telle ou telle maladie, ou tout au moins l'infériorité d'un organe ou d'un système d'organes relativement aux autres, sont la règle à peu près constante : de telle sorte que l'on ne peut, en général, considérer la santé comme en état de parfait équilibre que chez Tadulte et après que les prédispositions maladives auront disparu. L'ordre logique des idées exige donc que nous commencions par traiter la question des spécifiques préventifs au point de vue des prédispositions maladives. Nous renverrons celle des prophylactiques appliqués à l'homme en état de parfaite santé, à un des chapitres suivants, pour n'examiner, dans celui-ci, que la médication préventive appliquée aux prédispositions.
111. — Quel sens doit-on attacher à ce mol de prédisposition à telle ou telle maladie?
Ici, la science, qui a daigné parler français cette fois, rend la définition plus facile. C'est une modification spéciale de l'être vivant, qui ne constitue pas une maladie proprement dite, qui même ne trouble pas habituellement les fonctions, d'une manière absolue, mais en vertu de laquelle on est exposé à contracter certaines maladies plus facilement que d'autres. Les prédispositions sont, en général, caractérisées par une certaine faiblesse d'un organe ou d'un système d'organes, eu égard aux autres organes, faiblesse qui pour le
vitaliste résulte d'un manque d'équilibre dans les fonctions.
Les exemples de ces prédispositions se rencontrent journellement.
Dix chasseurs ont été ensemble poursuivre des bécassines dans un marais ; ils ont subi les mêmes influences de fatigue et de froid bumide; cependant un seul de la troupe se retirera avec une pleurésie ; on dit alors qu'il était prédisposé aux afiections de la plèvre ou du poumon.
Cette aptitude spéciale à contracter une certaine maladie plutôt qu'une autre, ne peut être expliquée que de deux manières : ou bien par un commencement de perturbation de la cause vitale, qui préside plus spécialement à telle ou telle fonction ; ou bien par une faiblesse constitutionnelle de l'organe. L'école scientifique dont nous combattons les systèmes, dira que le dernier cas est la règle générale ; les vitalistes, au contraire^ soutiendront que les prédispositions sont occasionnées par une perturbation de force. Peuimporte,pour la question qui nous occupe : elle peut être résolue théoriquement dans Tune ou l'autre des deux hypothèses. En effet, l'école organicienne reconnaît qu'il existe des substances qui exercent une action spéciale sur tel ou tel organe et conséquemmenl sur Ift fonction qui est remplie par l'organe ; les vitalistes disent que celte action des médicaments s'exerce d'abord sur la fonction elle-même en sollicitant la force qui la régit. Par conséquent, tout médecin, sous quelque drapeau qu*il se range, doit admettre, en principe, la possibilité d'agir thér£qpeutiquement, sur les prédispositions maladives.
De celte possibilité théorique, si l'on veut arriver aux applications pratiques, on rencontrera sans doute des difficultés très-grandes; mais nous ne pensons pas qu'elles soient insurmontables. Il faudrait, avant toul^ que les médecins qui ont à soigner, et le public qui doit être traité, fussent bien convaincus de la possibilité et de l'utilité de la médication préventive opposée aux prédispositions maladives. Ce point obtenu, tout le reste deviendrait plus facile, surtout en France»
OÙ tout est soumis à cet engouement qu'on appelle la mode, même les remèdes et les traitements.
Recherchons donc quels sont les principes qui devraient présider au traitement des prédispositions maladives?
La première des généralités qui se présente à Tesprit quand on se prend à réfléchir sérieusement sur cette question, est d'examiner sMl existe un principe absolu, ou pour mieux dire, une loi de nature qui puisse servir de règle uniforme.
Ce principe, c'est l'équilibre des fonctions que la force conservatrice des êtres vivants cherche toujours à rétablir quand il est troublé.
Or, la médecine nous offre deux sortes de moyens pour rétablir cet équilibre :
Ou bien on opérera, en quelque sorte» par voie de soustraction, en diminuant les forces que l'on considère comme en excès, et en cherchant à soulager l'organe faible par des révulsions, c'est-à-dire des irritations artificielles sur les organes demeurés forts ;
Ou bien^ par voie d'addition, en corroborant l'ensemble du système et rétablissant l'équilibre; soit en fortifiant directement l'organe faible, soit en l'aidant à remplir la fonction troublée.
Dans les maladies aiguës, le médecin est souvent obligé de recourir à la première des deux méthodes ; mais c'est toujours aux dépens de ces forces que Barthez nommait radicales et qui constituent la vie elle-même.
La faiblesse des convalescents en est une preuve ; et Ton pourrait dire, avec quelque raison^ que chaque maladie aiguë coûte, à celui qui en réchappe, bien des années de vie.
Dans les affections chroniques, nous l'avons déjà dit , on -devra presque toujours procéder par voie d'addition de forces ; et, à plus forte raison, lorsqu'il s'agira de combattre àes prédispositions.
Prenons pour exemple un cas qui se présente tous les jours.
Un homme d'un tempérament pléthorique jouit en appa-
rencc d'une santé florissante ; cependant il est sujet aux maladies aiguës; on dit vulgairement que le sang lui fait la guerre ; les médecins trouvent plus scientifique de définir son état une prédisposition aux congestions sanguines. S*il vient à être attaqué d'un accident de ce genre, on le saignerai et l'on fera fort bien ; mais s'il s'agit de combattre sa prédisposition, doit-on lui conseiller l'usage habituel des émissions sanguines? voilà la question nettement posée.
Les bonnes gens qui en sont encore à croire que, dans le cas qui nous occupe, le mal consiste dans un excès de sang, pourront croire aux avantages des saignées de précaution, comme on les appelait autrefois; mais tous les médecins éclairés sont d'accord pour proscrire cette funeste habitude qui modifie quelques accidents sans gravité aux dépens des forces mêmes de la vie. Comment donc ce pléthorique doit-il combattre cette fâcheuse prédisposition ?
Ici l'école des anatomo-palhologiçtes et surtout les travaux de leur illustre chef ont jeté de vives lumières sur la question. M. Andral analysera le sang du malade ; il y trouvera un vice de proportion entre les divers éléments constituants ce liquide composé : par exemple, un excès de fibrine ; et, comme d'un autre côté, la médecine possède des moyens d*augmenter ou de diminuer la formation de la fibrine, on lui prescrira un régime et un traitement approprié.
Peut-être un médecin vitaliste serait-il arrivé à la même conclusion, sans expériences chimiques et par le seul examen des symptômes généraux. Mais c'est là une rivalité d'école ; le point essentiel est d'empêcher notre pléthorique d'avoir, tous les six mois, une maladie inflammatoire.
c< Mais, m'objectera-t-on, le cas hypothétique sur lequel c( vous prétendez appuyer votre théorie, est en contradiction « avec elle ; vous dites que, pour combattre les prédisposi- « lions maladives, il faudra toujours soutenir les forces; et c( voici un pléthorique pour lequel vous nous indiquez, « comme tous les médecins, un régime et un traitement débi-
« litants,des fruits, des acides, des viandes blanches, du petit- « tait» des sucs d'herbes, des laxatifs, etc., etc., etc. »
L'objection est plus spécieuse que solide ; et nous avons parlé de pléthore, afin d'attaquer de front la seule difficulté réelle qui pût se présenter dans l'application de notre théorie.
Il faut (fabord bien s'entendre sur le régime et le traitement rarratchissant, dit le vulgaire, et auquel certains médecins ont donné, assez improprement à notre avis, la qualification de débilitant. En effet si les agents hygiéniques et thérapeutiques de cette catégorie sont appliqués à propos, ils ne diminuent pas les forces, au contraire, ils les relèvent. Les Indous au service de la [compagnie des Indes, sont parfaitement nourris avec du riz arrosé de beurre fondu ; ils conservent toute leur énergie nerveuse et musculaire el résistent aux fatigues de la guerre et aux ardeurs du soleil des tropiques, mieux que les Anglais qui mangent du bœuf, du moulon, du jambon et boivent du vin et du rhum. Mais cet Anglais luimême qui ne saurait se passer en Angleterre de Talimentation corroborante, quand il arrive au Bengale, quand il est accablé par des sueurs énervantes, oppressé par le ciel lourd et embrasé de Bombay et de Calcutta, s'il avale^ avec les précautions convenables, une fraîche limonade, sçnt renaître ses forces et son énergie.
Nous pourrions multiplier ces exemples ; mais ils sont bien connus, et l'on peut établir, sans proférer aucune hérésie médicale, que le régime et les médicaments de la classe des tempérants sont corroborants, dans la véritable acception du mot, c'est-à-dire, relèvent et soutiennent les forces, s'ils sont appliqués dans les conditions convenables. Il n'y a donc là qu'une difficulté d'appréciation pratique, il faut pour la résoudre de la science et du talent : le médecin qui ne réunirait pas ces deux conditions, serait à chaque instant arrêté dans Texereice de son art.
Ainsi donc, pour revenir au pléthorique qui a été l'objet de celte petite digression, on pourra lui conseiller un régime
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tempérant, mais, dans notre opinion, si Ton veut que ce r^ime agisse efGcacement sur sa prédisposition maladiye, on fera bien d'y ajouter des magnétisations fréquentes, par nos procédés et de lui faire respirer d'abondantes quantités d'oxygène. L'électricité sans secousse rétablit peu à peu la circulation normale des fluides, et par cela même, corrige l'excès de plasticité du sang; l'oxygène concourt à aider la force électrique, dans ce travail vitale et en même temps augmente la proportion des globules sanguins.
IV. • — Si, au lieu d'un pléthorique, on avait affaire à une de ces organisations frêles^ prédisposées à la chlorose, ou à l'anémie, ou aux affections des viscères, nos idées sur l'utilité du régime et de la médication corroborante ne trouveraient aucun contradicteur. Tous les médecins seront d'accord à prescrire une alimentation nutritive ainsi que l'usage du fer et du quinquina. Dans beaucoup de cas ce traitement réussira à fortifier la constitution et à prévenir des maladies graves; mais nous pensons qu'il serait encore bien plus efficace , si l'on y ajoutait dans une prudente mesure l'usage de l'or, stomachique nervin par excellence.
L'intention des médecins, en employant la médication corroborante, n'est pas seulement de relever les forces, mais aussi d'arriver à ce but, en aidant les fonctions digestives et assimilàtricesà puiser, dans les aliments, les principes réparateurs de la vie matérielle. L'or, ce précieux médicament, trop rarement usité par l'École de Paris, remplit admirablement cette indication vitale. C'est à tort, nous l'avons déjà dit, que ce métal a été classé parmi les altérants ; c'est en tète des corroborants et des reconstituants qu'il fallait le ranger. Son action est sans doute, spécifique de certaines maladies déclarées, en ce sens que les forces interposées entre les molécules ont une action spécifique sur les forces vitales, mais cette action se manifeste surtout par le rétablissement des fonctions digestives et assimilatrices.