MÉDICAMENTS PROPHYLACTIQUES
monde et modifier leurs habitudes. Il faudrait, pour inspirer confiance, pour parler avec autorité, que le médecin lui-même eût une conviction : malheureusement, la science^ dont il est le ministre, ne lui a enseigné, en fait de médecine préyentive, que des incertitudes ou des banalités.
IL — On ne sait pas^ au juste^ s'il existe ou s'il n'existe pas des médicaments véritablement prophylactiques, c'est-à-dire préventifs de telle ou telle affection. Le plus grand nombre des auteurs modernes semblent même disposés à se ranger du cAté des incrédules. Aussi, dans les livres de médecine moderne, quand il est question, ce qui est assez rare, du traitement prophylactique de telle ou telle maladie dont on peut craindre l'hérédité, se borne-t-on à indiquer un régime et des précautions hygiéniques.
Il y a ici une grave erreur vers laquelle la science se laisse tout doucement pousser par ses tendances organiciennes. Sans doute, pour ceux qui cherchent, avant tout, le siège du mal, qui ne reconnaissent d'autres maladies que des lésions d'organes, il faut attendre que l'organe soit bien réellement attaqué; sans cela, on ne saurait à quelle affection l'on a affaire et l'on ne pourrait la combattre méthodiquement. Mais, pour le médecin vitaliste, qui sait que la maladie a préexisté au désordre organique, au moins dans la plupart des cas, cette théorie est barbare : toutes les fois donc qu'il apercevra des symptômes indicateurs d'une prédisposition maladive et qu'il sera appelé dans la période d'incubation , il se hâtera d'employer la médication préventive : Prindpiis obsta. Les organiciens enx-mémes, s'ils voulaient élre strictement logiques, devraient reconnaître que leur théorie prise à son point de vue le plus général, conduit invinciblement à la médication préventive.
Essayons de raisonner , c'est-à-dire de rapprocher des faits.
Les médecins de toutes les écoles ne sont-ils pas d'accord pour reconnaître qu'il existe des prédispositions à telle ou telle maladie, des diathèses [cancéreuses, goutteuses, tubercu-
326 CHAPITRE XYI.
leuses, etc. ; que ces prédispositions et ces diathëses proviennent) tantôt d*un vice héréditaire, tantôt d'ane cause individuelle (idiopathique) dil-on en langue médicale) ; n'est-on pas aussi d'accord à reconnaître que les individus sous Tempire de ces diatbèses et de ces prédispositions, sont plus sujets que d'autres à certains troubles de certaines fonctions ou de certains organes ; enfin n'est-on pas d'accord à reconnaître qu'il existe des médicaments dont l'effet bien constaté est d'agir sur tel ou tel organe, d'activer ou de modérer telle ou telle fonction?
L'argument est établi d'après toutes les règles de l'école ; le moindre bachelier peut en tirer la conséquence.
Sans nous appesantir sur des arguties, il nous semble donc possible d'affirmer théoriquement la possibilité et l'utilité d'une médication préventive. Les médecins organiciens qui bornent leur thérapeutique prophylactique à prescrire un régime alimentaire et des précautions hygiéniques, sont dans le faux j ils vont contre leur propre système et ils exagèrent les théories des vitalistes, en supposant que la force médicatrice naturelle, aidée d'une bonne alimentation, suffira toujours pour rétablir l'équilibre. Nous pensons, au contraire, que, dans la plupart des cas, cette force a besoin d'un peu d'aide et qu'elle la trouvera dans l'assimilation des forces de même nature interposées entre les molécules des substances médicamenteuses.
Ceci semble incontestable dans un sens général ; mais les applications pratiques sont difficiles , il faut en convenir.
D'abord, il n'est pas toujours aisé d'établir avec certitude le pronostic d'une maladie qui n'existe encore qu'en germe ou en prédisposition : les mêmes symptômes, les mêmes troubles dans les fonctions peuvent être les avant-coureurs d'affections fort différentes qui se déclareront un peu plus tard, ou qui peut-être n'éclateront jamais. Par exemple, un jeune homme fort et pléthorique, une jeune fille pâle et délicate peuvent, l'un et Tautre, être sujets à des palpitations et à s'essouffler