TRAITEMENT MÉDICAL DE LA VIEILLESSE
I. — La médecine sénile^ telle qire nous la comprenons, peut être considérée à un double point de Yue, ou plutôt^ elle offre deux grandes divisions bien tranchées.
La connaissance et le traitement des maladies de la vieillesse.
L'hygiène des vieillards, c'est-à-dire Tart de prévenir les infirmités, de ralentir la décadence des forces et de conserver l'intégralité relative des fonctions; jusques au moment où la vie s'éteindra sans douleur et par impuissance de vivre.
IL — En ce qui touche les maladies des vieillards et leur traitement, nous aurons peu à dire : ces questions ont été traitées, au point de vue pratique, par d'excellents auteurs ; il existe même des livres spéciaux sur ce sujet : entre autres, un très-savant traité de M. Durand-Fardel, qui a résumé tous les travaux de la science sur cette question. Pour éviter les plagiats ou les redites oiseuses, nous nous bornerons donc ici à quelques généralités.
Les vieillards sont plus sujets que les adultes à certaines affections liées à la décadence des forces radicales et aux modifications anatomiques des organes. Ces maladies sont^ en général, des affections catarrhales, fluxionnaires, rhumatis* maies, goutteuses ; souvent aussi des paralysies plus ou moins
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étendues; enfin, toutes les affections des vieillards sont compliquées, si même elles ne sont pas occasionnées par Tinsuffisance des sécrétions. Mais le Créateur a voulu que, sur cette terre, le mal fût toujours mêlé de bien : en même temps que sa justice nous a infligé la souffrance et la maladie, sa bonté a mesuré la douleur à la capacité de nos forces. Aussi, à côté des affections de la décrépitude sénile, trouyons-nous une compensation. Les vieillards sont exempts d'un grand nombre des plus redoutables maladies qui affligent Tâge adulte; entre autres les affections du cœur et la plupart des inflammations franches; on a aussi remarqué, qu'en général, chez eux, les douleurs sont moins aiguës : phénomène qui peut s'expliquer par Tinduration du système nerveux et les modifications anatomiques de Tencépiiale.
De ces observations générales, résultent quelques règles à observer dans le traitement des maladies de la vieillesse. On sera sobre d'émissions sanguines ; on préférera aux boissons acides qui opèrent par soustraction de forces, les mucilagineux et les diurétiques, qui sollicitent les sécrétions, enfin, on cherchera à soutenir les forces , en rétablissant les fonctions.
Mais ces préceptes généraux, nous l'avons déjà fait observer, sont admis par la science : la lacune à remplir, c'est l'étude de la vieillesse considérée en elle-même, comme une maladie; d'où résultera le traitement hygiénique et médical qu'il serait possible de lui opposer, non pas, nous le répétons, pour la guérir; mais pour en diminuer les ravages et en ralentir les progrès.
Avant d'exposer nos propres idées sur cette question neuve encore, quoiqu'elle ait été bien souvent traitée, il convient de résumer, à grands traits, les modifications produites, chez l'homme, par la vieillesse et de les apprécier au double point de vue de l'anatomie et de la physiologie. Il résultera de cet examen, la réfutation de quelques erreurs vulgaires, trop sou* vent répétées, même dans les livres.
111. — Un mot^ en commençant, sur la plus lourde de ees erreurs.
Tout le inonde a tu dans la loge de sa portière, ou dans quelque cabaret de campagne» une image grossièrement enluminée qui représente la double échelle de la vie humaine, au premier degré Tenfant soutenu par sa mère ; au dernier, le ifieillard appuyé sur son bâton. C'est la représentation graphique et nsûve d'une assimilation que Ton établit assez généralement entre Tenfance et la vieillesse. Certains auteurs pensent à cet égard, comme les bonnes femmes, «c Le vieil- « lard retombe dansTenfancel... Les maladies des vieillards « sont les mémesqne celles des enfants... » «cil faut nour- « rir les vieillards de bouillie, tout comme les petits en*- « fants... » Voilà ce que Ton a lu partout; et ce n'en est pas plus fondé ; au contraire, il existe entre l'enfance et la vieillesse des différences essentielles.
L'enfant est tout gélatineux ; les parties molles et albumineuses dominent les parties dures; ou, pour mieux dire, les organes durs — encore imparfaitement incrustés, sont flexibles comme des tendons; c'est pour cela que le bras de la mère est nécessaire au soutien des premiers-pas.
Chez le vieillard, au contraire, tout tend à s'ossifier ; les os eux-mêmes, imparfaitement lubrifiés, sont secs et cassants ; Télément terreux domine ; les canaux médullaires sont vides et la synovie est remplacée par une matière solide qui encroûte les articulations. Voilà pourquoi il faut un bâton pour aider la marche du vieillard et aussi parce que l'ouverture du bassin^ au lieu d*être, comme chez l'adulte, à peu près parallèle au sol^ s'en rapproche par un angle plus ou moins obtus. Chez les enfants, il est vrai, il n'y a pas non plus parallélisme entre le sol et l'ouverture du bassin ; mais cela tient au manque de consistsuice des os et surtout de la colonne vertébrale. Chez le vieillard, cet affaissement est occasionné par une contraction imparfaite de l'appareil musculaire qui soutient la colonne vertébrale. La preuve en est souvent offerte dans ces
affections de caducité anticipée des hommes qui ont trop abusé de la vie ; ils sont couri3és vers la terre parce que les muscles extenseurs ne soutiennent plus la colonne vertébrale ; ils ne marchent qu'à Taide d'un bâton. Mais si on les soumet à un traiterpent approprié, si Ton use à propos des frictions toniques, tout se redresse et le malade jette sa béquille. Cependant tous les vieillards ne sont pas inclinés vers la terre et nous espérons démontrer un peu plus loin, la possibilité de conserver, chez le plus grand nombre, la faculté de marcher et de se tenir debout ; chez Tenfant, au contraire, il faut attendre que l'assimilation ait solidifié ses organes.
Au point de vue des forces, les différences sont tout aussi tranchées.
Chez les enfants, l'instinct est plus développé que la raison, la vie végétative et instinctive domine la vie intellectuelle ; le vieillard, au contraire, n'est homme que par la portion d'intelligence qui a survécu à la décadence des fonctions animales; cette intelligence s'exerce différemment de celle de Tadulte, mais elle est encore la raison humaine, tandis que les instincts sont émoussés, tandis que les besoins ne sont plus que des habitudes.
Ce rapprochement différentiel entre les deux extrémités de la vie, jette déjà quelque lumière sur la question posée au début de ce chapitre ; pour achever de l'éclaircir, il faut résumer les traits les plus saillants de Tanatomie et de la physiologie de la vieillesse.
Commençons par la charpente osseuse.
Nous venons de voir que le caractère distinctif de la caducité est une tendance à l'incrustation des organes durs, une sorte de pétrification, minéralisation^ a dit un auteur contemporain (1).
L'excès de phosphate calcaire qui, peu à peu, remplace la gélatine et la solidification des cellules osseuses, rendent les
(1) Comptes rendus de VÂcadémie des sciences^ t. XXXVI, p. 146; Mémoire de M. E. Robin.
OS des vieillards plus susceptibles de se fracturer. Ceci est in-* contestable ; mais ce qui est au moins douteux, c^est ce qui a été souTcnt affirmé de la pesanteur des os eux-mêmes, que Ton suppose, en général, plus considérable chez le vieillard que chez l'adulte. L'expérience ne confirme pas cette opinion, qui, du reste, n'est pas appuyée sur la théorie, car si les os du vieillard contiennent plus de phosphate de chaux, cette cause d'augmentation de pesanteur est compensée par le vide qui se fait dans les cavités. De sorte que, s'il y a augmentation dans le poids total du corps d'un vieillard comparé à celui du même individu à Tàge adulte^ fait qui n'est pas rigoureusement établi, cette augmentation ne provient pas du poids des os eux-mêmes, mais de l'incrustation des organes^ cartilages, tendons, tuniques des veines et des artères, etc., etc., etc.
Cette augmentation de pesanteur n'a en elle-même aucun inconvénient pour les fonctions de la vie; l'incrustation des ligaments est fâcheuse, parce que le jeu des articulations est plus lent; c'est une infirmité inévitable à laquelle les vieillards doivent se résigner ; mais chez celui dont les forces vitales sont intactes, la marche, pour être un peu moins rapide, n'en est pas moins possible et salutaire.
On croit assez généralement que les dents tombent par l'effet de la vieillesse ; c'est une erreur qui a été réfutée par un anatomiste de notre siècle (!)• La seule modification anatomique produite, par les progrès de Tâge, dans la constitution des dents, est l'empâtement du bulbe dentaire et Toblitération des vaisseaux et des nerfs qui y aboutissent. Il y a là, pour les vieillards, quelques maux de dents de moins, mais non pas une cause nécessaire de leur chute. Aussi observe-t-on que ceux qui parviennent à un âge avancé sans avoir commis la faute de les faire arracher, conservent jusques à leur dernière heure des dents saines et solides.
La carie peut attaquer les dents des vieillards, tout comme
(1] Broc, Anatomie^ t. H, p. 213.
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celles des adultes; mais on peut aussi traiter et guâir, k ioui âge, la carie dentaire, par un traitement intérieur oooibiné ayec des topiques locaux.
Les altérations produites par la Tieîllesse sur les tissus de la peau, sont plus fâcheuses, parce qu'elles sont un obstade a la sécrétion cutanée déjà ralentie par la décadence des f<Nrces radicales. L'excès des principes terreux puisés dans les aliments par les yaisseaux absorbants, n'étant plus rejeté au dehors par les sécrétions,' yient former ces incrustations, qui, elles-mêmes, gênent toutes les foncti<»is. CTest un cercle yicieux inévitable, dans lequel Phomme a été renfermé parla Tolonté toute-puissante ; on ne peut en sortir ; mais on peut en retarder et en adoucir les conséquences, en usant, dans une sage mesure, des moyens qui sont à la disposition de notre intelligence pour faciliter les sécrétions.
On obsenre, chez quelques vieillards, une disposition spéciale à FaggraTation des blessures et aussi à se blesser facilement, prédisposition qui est considérée, en médecine, comme faculté inhérente à l'individu et qui a reçu le nom de vtilné' rabilité. Mais quelques adultes aussi y sont sujets ; par conséquent ce n'est point une affection propre à la vieillesse et nous n'avons point à nous en occuper.
En fête des altérations propres à la vieillesse, il faut faire figurer l'incrustation des veines et des artères. Cette modification improprement qualifiée A' ossification par quelques auteurs, présente à la loupe de l'anatomiste un excès de phosphate et de carbonate calcaire interposé entre les tuniques externes et internes qui constituent les vaisseaux sanguins, plutôt qu'entre les mailles mêmes du tissu. Mais peu importe, après tout, où vient se loger cette incrustation, la triste vérité, c'est son existence ; et il parait résulter des nécropsies, que bien peu de vieillards en sont exempts. Quand cette maladie se déclare chez l'adulte, ce qui est rare, mais non pas sans exemple, les médecins la considèrent comme extrêmement dangereuse ) les progrès sont plus lents et moins graves chez le
Tieillard, mais ils ralentissent d'une manière bien fâcheuse la circulation du sang; — ralentissement qui est aggravé par d'autres causes. Les veines et les artères des membres, au lieu de suivre en lignes flexibles et allongées, la direction des os, sont sujettes à serpenter, ce qui augmente la longueur du trajet à parcourir par les liquides. Enfin, la crosse de l'aorte, au lieu de s'élever perpendiculairement au-dessus du cœur, s'incline fréquemment dans la direction du sternum, en même temps que les tissus qui la forment se dilatent et augmentent en volume par suite d'un développement exagéré du sinus de Valva. Ces désordres apportés dans l'économie par les progrès de l'âge, ont été, à tort, confondus avec un anévrisme qui n'existait pas ; mais ils apportent incontestablement une perturbation dans la circulation du sang (().
L'examen des viscères va nous révéler des désordres d'une nature tout opposée , mais qui concourent aussi à troubler le libre développement des fonctions vitales et à ralentir la circulation sanguine.
Parmi les organes génito-urinaires, la prostate conserve seule chez les vieillards son volume ordinaire et sans doute aussi ses fonctions : ce qui ne nous apprend pas grand'chose, vu que la science ignore totalement l'usage de la prostate dans les mouvements de la vie; Tout le resle est, en général, flétri et atrophié-, surtout les capsules-susrénales, qui, quelquefois, ont complètement disparu.
Le foie est communément atrophié, à moins qu'il ne soit le siège d'alltérations morbides. La rate aussi diminue de volume, et même, chez quelques vieillards, est complètement atrophiée. Quelle est l'influence de ces altérations sur la santé des vieillards? Encore ici, nous rencontrons un problème dont la science ne peut donner la solution, puisqu'elle ne sait
(1) Cette observation est empruntée aux leçons orales de mon excellent maître et ami le professeur Dubreuil, qui a laissé dans l'école de Montpellier les souvenirs les plus honorables, et des regrets bien vifs chez tous ceux qui IWt connu.
pas au juste Fusage de ces organes. Tout ce que Ton peut présumer^ c'est qu'il se fait une modification dans les conditions de la vie sénile, qui n'est plus la même que la vie adulte; mais il n'en résulte pas que le yieillard doive souffrir ou mourir, parce que son foie et sa rate sont diminués en volume. Par cela même que des centenaires ont vécu dans ces conditions, tous les vieillards peuvent s'en accommoder.
L'estomac est plus dilaté que chez l'adulte ; les parois sont amincies et moins résistantes. 11 résulte de cette modifica* tion, que le régime alimentaire du vieillard ne doit pas être absolument le même que celui de l'adulte; ce que l'expérience de chaque jour nous apprend tout aussi bien ; mais il n'y a là ni cause de mort, ni cause de souffrances.
Le poumon ne diminue pas de volume, mais il se ramollit par une lente déperdition de sa substance propre, et par l'augmentation des vides cellulaires, qui tendent à donner à cet organe une sorte de ressemblance à une mousse savonneuse. Cette altération sénile contribue probablement à troubler Tacte de la reconstitution du sang artériel dont le renouvellement de chaque instant est une des conditions de la vie ; elle est aussi la cause de certaines affections chroniques fréquentes chez les vieillards. Mais Fart médical possède des moyens, si ce n'est de guérir, au moins de beaucoup atténuer cette fâcheuse disposition. En parlant des altérations produites par l'âge sur le parenchyme pulmonaire, nous devions peut-être dire quelques mots d'un fait assez curieux : On a observé que, dans les pneumonies des vieillards, c'est le sommet du poumon qui est le plus souvent envahi par l'inflammation fluxionnaire, tandis que chez l'enfant et l'adulte^ c'est la base de l'organe qui est en général le siège de la maladie. Mais cette différence dans la localisation du mal, n'entraînant aucune modification dans le traitement; et la cause, quand même elle viendrait à être connue, n'étant pas de nature à modifier l'hygiène de la vieillesse, nos lecteurs nous permettront de passer outre.
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Les autopsies cadavériques ont révélé, sur le cerveau des vieillards, une altération anatomique toute contraire, mais plus féconde en conséquences pratiques. L'ensemble de la substance cérébrale, a, comme le parenchyme pulmonaire, une tendance au ramollissement, mais, à Topposé de ce qui se passe dans le poumon , les circonvolutions cérébrales de la région occipitale, c'est-à-dire des lobes postérieurs^ sont les premières à se flétrir et à s'effacer, tandis que les lobes antérieurs situés au sommet de l'encéphale^ conservent leurs circonvolutions et plus de fermeté dans leur substance.
Ce fait remarquable ne doit pas être interprété dans le sens de ces anatomistes qui considèrent le cerveau comme secrétant la pensée; nous avons, ailleurs, démontré l'erreur de ces systèmes matérialistes, mais il vient à l'appui de l'opinion aujourd'hui généralement adoptée par les savants, que les fonctions de la vie instinctive et animale sont sous l'empire des lobes inférieurs de l'encéphale d'où partent les mouvements, tandis que la région antérieure ou frontale sert d'instrument à la pensée. Ce n'est point parce que les lobes inférieurs du cerveau sont flétris, que les fonctions animales et instinctives s'accomplissent imparfaitement ; mais cet organe s'altère, parce qu'il y a diminution ou décadence des forces qui régissent ces fonctions, parce qu'il ne fonctionne plus avec la même énergie que dans Tâge adulte; enfin, parce que cette atonie des fonctions est un obstacle à la nutrition de l'organe par les sucs réparateurs, qui, imparfaitement ou différemment élaborés, viennent^ sans profit pour la vie, incruster d'autres organes.
Quoi qu'il en soit de cette manière d'envisager les causes, les faits n'en demeurent pas moins incontestables : et, comme nous l'avons déjà dit, dans Fâge avancé, l'intelligence^ ou du moins certaines facultés de l'intelligence, survivent à la décadence de la vie instinctive. Ce qui démontre, soit dit en passant, l'ignorance des législateurs modernes, qui ont exclu
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les septuagénaires des fonctions publiques et surtout des cours de justice.
Ce D*est pas une amélioration, un progrès, comme disent nos publicistes révolutionnaires, mais un retour Ters la barbarie. Les tribus sauvages qui promènent leur abrutissement et leur misère dans les solitudes glacées de l'Amérique polaire, font mieux encore ; elles enterrent dans la neige les vieillards qui ne peuvent plus suivre la trace de l'ours et du bison, ou aller chercher le veau marin endormi sur un glaçon flottant. Au contraire, chez tous les peuples qui ont laissé une trace dans l'histoire^ on voit la civilisation commencer par un conseil de vieillards et un sénat. C'est qu'en effet, à la jeunesse et à lage adulte, appartiennent l'action et Factivité, aux vieillards les délibérations et le conseil. Dans une cour de justice, par exemple, s*il est utile que quelques magistrats soient encore dans la force de l'âge, pour les rudes labeurs de l'examen des affaires et pour imposer aux criminels par leur énergie, il faut aussi quelques vieillards qui conservent les traditions et qui apprécient le bien et le mal, sans se laisser influencer par les passions (1).
Cette observation nous ramène à notre sujet.
La décadence des fonctions instinctives amortit, chez le vieillard, la plupart des passions qui troublent la vie de l'adulte et qui sont, nous l'avons dit ailleurs, d'origine instinctive. Il arrive, peu à peu, à ce calme des facultés mentales qu'on appelle la sagesse ; il conserve les plus nobles attributs de Tintelligence pure, la faculté d'aimer et celle du raisonnement : sa vie végétative est, pour ainsi dire, toute d'habitudes et de souvenirs, elle est plutôt dominée par la volonté de
(1) L'histoire contemporaine offire des exemples nombreux de vieUIards qui ont continué à remplir des hautes fonctions dans un âge très-avancé.
Le vénérable Barbé-Marbois était, à 95 ans, un des pairs de France les plus assidus.
M. Ghesneau, conseiller au parlement de Bretagne, dégeait encore à la cour royale de Rennes à l'âge de 99 ans. Il ne lui a manqué que trois mois, pour offrir l'exemple d'un centenaire rendant des arrêts.
yivre^ que par les forces propres qui président, dans Tâge adulte, aux fonctions de la vie animale ; c'est peut-être ce qui explique pourquoi Ton tient davantage à la vie, à mesure que Ton avance en âge, et que les conditions de l'existence deviennent de plus en plus fragiles.
Cette décadence des forces instinctives n'est cependant ni ' totale, ni tout à fait irrémédiable. Nous avons dit ailleurs que ces forces ont une intime connexité avec les forces physiques et chimiques qui président à toutes les combinaisons, à tous les mouvements de la matière terrestre ; par conséquent, il n'est pas impossible de les appliquer, dans une certaine me«sure, à suppléer à Ténergie qui manque aux propres forces instinctives du vieillard. Mais avant dédire toute notre pensée sur cette intéressante question, il convient de jeter un coup d'œil sur l'affaiblissement sénile de l'intelligence, fait qui semble contradictoire à tout ce que nous venons d'avancer; mais qui, si on l'approfondit, en est la confirmation.
On dit communément : ce vieillard radote, il est retombé en enfance : expressions impropres et qui ne peignent pas exactement un état que la médecine, plus précise dans son langage, a caractérisé du nom de démence sénile. En effet, il n'y a pas là un état propre à la vieillesse, parce qu'un trèsgrand nombre de vieillards conservent, jusqu'au dernier mo« ment, toute leur intelligence ; mais une véritable maladie, qui résulte de deux causes, l'affaiblissement de la mémoire, faculté plutôt instinctive que purement intellectuelle ; et l'imperfection des sensations, conséquence de l'altération des organes.
L'enfant est sujet à mal raisonner : il ne compare pas les faitS) ou bien il ks compare mal et il en déduit des conséquences fausses. Au contraire, le vieillard atteint de démence sénile confond ses souvenirs et perçoit des sensations fausses ; d'où il résulte que ses discours pèchent par renonciation des faits^ presque jamais par le raisonnement. Cette maladie est déplorable sans doute, parce qu'elle prive les vieillards qui en sont atteints de quelques-unes des plus nobles facultés de l'es-
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pèce humaine, mais elle n'est pas une cause de mort. Bien loin de là, on a souvent observé, chez des vieillards atteints d'inGrrailés graves, que leur santé s'améliorait quand leur intelligence venait à s'obscurcir et qu'ils étaient atteints de démence sénile. Nouvelle preuve, soit dit en passant, de l'exacti- * tude des théories que nous nous efforçons d'établir. Quand les fonctions de l'intelligence sont entières chez le vieillard, le faisceau des forces vitales n'étant plus assez complet et assez énergique pour suffire à tout, les fonctions animales ne s'accomplissent plus, bu s'accomplissent mal; mais quand celte décadence des forces s'est étendue jusques à celles qui président aux fonctions de l'intellect, l'équilibre s'est rétabli et les fonctions instinctives et animales se font bien, parce qu'elles sont devenues la seule manifestation de la vie.
Cette observation nous ramène aux questions posées un peu plus haut.
La vieillesse est un état de décadence des forces caractérisé par certaines modifications anatomiques qui en sont la conséquence : est-il possible de ralentir les progrès de cette xlécadence des forces et de prolonger ainsi la vie, en atténuant les infirmités de la vieillesse ?
Les principes que nous nous sommes efforcé d'établir nous permettent de résoudre affirmativement ce problème.
lY. — Si la décadence sénile se fait principalement sentir par l'affaiblissement des fonctions instinctives et animales ; si, d'un autre côté, les forces qui président à ces fonctions sont liées par une intime connexité aux forces physiques et chimiques dont l'intelligence humaine peut disposer dans une certaine mesure, il est possible d'appliquer ces forces à la prolongation des jours du vieillard, en suppléant, jusques à un certain point, au manque d'énergie des forces vitales.
Voilà pour la théorie ; les applications pratiques viendront l'élucider et la confirmer.
Tout le monde connaît l'effet salutaire de la chaleur et sur-