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I. Médecine conservatrice. — II. Théorie de la longévité

!I1. Prolongation des divers âges de la vie. — IV. Rajeunissement.

I. — Existe-t-il, peut-il exister dans le sens le plus général, une médecine préventive des maladies et conservatrice des forces vitales? Est-il possible de suppléer à l'insuffisance du principe de vie, en nous assimilant ceux qui sont répandus dans la nature enlière? L'homme peut-il espérer de prolonger son existence terrestre, en portant au plus haut degré d'intensité, compatible avec son être, les facultés physiques, instinctives et intellectuelles dont il a été doué par son Créateur ?

Tels sont les problèmes qui nous restent à examiner : bien des gens et bien des livres les considèrent comme insolubles : cette opinion est même si généralement répandue, qu^aux yeux du plus grand nombre, il suffit de poser ainsi la question pour évoquer l'idée d'une impossibilité.

Cependant les lecteurs qui auront eu assez de patience ou de curiosité pour arriver jusqu'à ce dernier chapitre, pourraient bien douter un peu de ces impossibilités prétendues et, s'ils veulent les approfondir, ils ne trouveront que des questions à peine effleurées par la science, des opinions qui ne reposent sur aucune bonne théorie physiologique, sur aucune suite d'expériences contradictoires. De sorte qu'à l'assertion sans preuves de l'impossibilité, on pourrait opposer l'asserlion contraire, sans avoir avancé d'un seul pas vers une certitude.

Si Ton veut sortir de ce cercle vicieux, il faut d'abord tâcher

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de simplifier ces questions de médecine préventiTe et de prolongation de la vie. C'est parce qu'elles sont compliquées qu'elles paraissent difficiles. Tantôt on a raisonné au point de vue de Tespèce humaine, tantôt à celui des individualités, puis on a confondu Tétat de santé avec la maladie ou les prédispositions maladives ; de ces confusions ont découlé les difficultés.

Tout s'éclaircira, si nous établissons des distinctions bien précises.

Il y a d'abord à examiner la question théorique pour en venir ensuite aux applications pratiques.il faudra aussi s'occuper de l'individu plutôt que de l'espèce, parce que la médecine soigne des malades et non pas des nations.

Au point de vue de l'individu, il faut distinguer :

Celui qui serait malade ;

Celui qui serait atteint de prédisposition maladive ;

L'homme supposé en parfaite santé;

Enfin, les divers âges de la vie.

Après avoir examiné la question à ces divers points de vue, il nous sera possible de généraliser quelques conséquences applicables à l'espèce.

Tel est le cadre que nous traçons à ce chapitre : il semble plus vaste qu'il ne le sera réellement; les faits et les arguments rassemblés dans les pages qui précèdent, nous permettent maintenant la concision.

II. — Si l'on commence par examiner la question dans un sens abstrait et général, que trouve-t-on?

Un être formé des mêmes éléments matériels qui composent le globe terrestre sur lequel il a été placé par son Créateur; mais, animé du soufûe de vie par la volonté toute-puissante.

Par conséquent, si l'homme n'était qu un composé d'atomes chimiques organisé en automate, il conserverait sa forme aussi longtemps que les forces de cohésion et d'affinité qui maintiennent l'assemblage de ses molécules, ne seraient pas sollicitées par des forces contraires : il durerait ce que

dure le marbre qui conserve sa forme et ses propriétés jusqu'à ce que les intempéries atmosphériques, ou le feu d'une fournaise» ou Tacide d'un laboratoire, Paient réduit en poussière ou changé en chaux et en plâtre : il végéterait, comme le chêne ou le cèdre, aussi longtemps qu'il trouverait à s'assimiler, dans le sol ou dans l'atmosphère, les principes nécessaires à son existence.

Mais cet homme chimique est une hypothèse qui n'a pas même une complète réalité dans la conservation des cadavres : rhomme terrestre n'est ce qu'il est que parce qu'il vit et qu'il pense. Sa pensée» pour se manifester, a besoin d'organes, ces organes ne sont maintenus, dans leur substance et leur action, que par des actes volontaires ou involontaires que l'on appelle fonctions; et ces fonctions sont régies par certaines forces dont le faisceau constitue le principe même de la vie. Par conséquent, ces forces peuvent être troublées, ce qui amènera des maladies; elles peuvent être dominées par des forces supérieures ou même cesser d'animer la machine, ce qui sera la mort ; mais aussi longtemps qu'elles agissent sur la machine, la vie peut être maintenue ; sans quoi il faudrait admettre que ces forces ne sont pas des forces et que la vie n'est pas la vie.

Ces déductions, tirées de la nature même de l'être humain, nous conduisent à une conséquence pratique vérifiée, tous les jours, par l'expérience la plus vulgaire. L'homme peut être malade; il peut mourir d'accident ou de maladie; ou bien, enfin, il peut atteindre un âge très-avancé sans autres infirmités que les progrès nécessaires de la décrépitude sénile. Toute la question consiste donc à savoir comment faire entrer le plus grand nombre possible d'individus dans cette dernière catégorie, qui n'est considérée, par les opinions généralement admises, que comme une exception rare.

Ainsi réduit à sa plus simple expression, le problème devient plus facile : il ne s'agit que d'étudier les conditions dans lesquelles ont vécu ces vieillards exceptionnels : ici encore,

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l'expérience et la théorie sont d'accord dans leur réponse.

L'expérience nous montre des hommes dont la constitution organique est en rapport avec l'énergie des facultés vitales et intelligentes, qui ont usé plutôt qu'abusé de ces facultés, qui sont arrivés à la vieillesse sans infirmités, parce qu'ils ont traversé la jeunesse et l'âge adulte sans maladies.

La théorie, de son côté, nous dit que les infirmités de la vieillesse, comme les maladies de tous les âges, sont des troubles de fonctions plus ou moins compliqués par des lésions d'organes; mais les fonctions vitales s'opèrent sous l'empire de certaines causes ou forces ; par conséquent» les infirmités de la vieillesse, comme les maladies des autres âges, sont des phénomènes de perturbations de forces, et le centenaire qui s'éteint^ après une longue vie, sans maladies, sans infirmités, cesse de vivre par défaut de ces forces vitales.

Ceci bien établi, il est évident que celui qui aura conservé l'équilibre de ses fonctions et thésaurisé ses forces, rentrera dans l'exception qui nous occupe; et comme enfin, nous avons ailleurs suffisamment démontré que ces forces sont homogènes aux forces analogues répandues dans le monde qui nous entoure et que nous pouvons nous les assimiler dans une certaine mesure, il n'y a impossibilité pour aucun être humain » à opérer cette assimilation dans le sens de la conservation et de la réparation des forces vitales.

Voilà donc, au point de vue abstrait et général, cette terrible question de la conservation de la santé et de la prolongation de la vie réduite à sa plus simple expression : possibilité pour tous, dans une certaine mesure ; mais pour chacun isolément, difficultés sérieuses dans les moyens à employer, incertitude du résultat j car cette vie, souffle puissant qui anime une frêle machine, peut à chaque instant l'abandonner. Comme l'épée de Damoclès, la mort est toujours suspendue sur nos têtes, à tous les âges, au milieu de la santé la plus florissante.

11 faut donc mettre une incertitude à la place d'une impos-

sibilité : c^est avoir fait bien peu de chemin sans doute^ cependant c^est avoir gagné du terrain : chacun peut espérer d'atteindre le but, puisquMl n'y a d'impossibilité pour personne.

Ceci paraîtra plus évident encore si nous examinons la question au point de vue des diverses catégories établies au commencement de ce chapitre.

L'homme malade peut-il espérer de revenir à la santé et de conserver une longue vie? oui, sans doute, puisque toutes les maladies peuvent guérir, soit par le seul effort des forces naturelles, soit avec l'aide de celles dont dispose l'art médical. Après sa guérison, il sera dans la même situation que s il n'eût pas été malade, sauf peut-être une certaine diminution dans le faisceau de ses forces radicales. Tout le monde sait ce que c'est qu'une convalescence ; dans cet état qui n'est plus la maladie^ qui n'est pas encore la santé, c'est la vie elle-même qui est insuffisante, tandis que les organes ont retrouvé leurs conditions normales. D'où il résulte, que si l'homme est malade, il faut d'abord le guérir, ensuite s'attacher à rétablir l'intégralité de ses forces. Mais ce double but du traitement de tous les malades, demande, nous l'avons déjà fait observer, des méthodes un peu différentes, suivant que la maladie est aiguë ou bien chronique.

Sans revenir sur les considérations présentées un peu plus haut, à propos de ces deux grandes divisions de la médecine curative, nous nous bornerons, ici, à faire observer que, dans le traitement des maladies aiguës, les médecins ne se sont peut-être pas assez préoccupés de la conservation des forces. Empressés de guérir, quelques-uns jugulent la maladie, l'arrêtent dans sa marche régulière, et, satisfaits d'avoir éliminé des symptômes morbides, qui souvent n'étaient que le résultat du travail intérieur de la force curatrice, ils laissent le malade épuisé languir dans une interminable convalescence. La médecine expectante de l'ancienne école était plus prudente; et, sous ce rapport, Thomceopathie peut lui être comparée. Les médecins qui ont accepté cette méthode de traite-

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ment ont, comme les autres, leurs listes de pleurésies ou de pneumonies guéries par des globules ; mais ils offrent surtout h leurs malades Tavantage de les laisser, après ces guérisons, avec des forces intactes. Ceci soit dit en passant et sans prétendre décider de la supériorité de ThorncBopathie sur les autres méthodes thérapeutiques. Cette doctrine est soumise, depuis plus d'un quart de siècle, au jugement delà critique et de Texpérience ; la génération qui nous suit saura à quoi s'en tenir sur sa valeur réelle.

Mais, pour revenir à la question qui nous occupe, les maladies aiguës n'étant qu'un incident pendant la durée d'une existence humaine, il est essentiel de les traiter par des métiiodes qui n'aient pas Tinconvénient de transformer la maladie aiguë en affection chronique. C'est ce qui arrive, par exemple, dans les fièvres où l'on fera abus des sels de quinine qui, souvent, occasionnent des affections graves de la rate ou du foie, dans les pleurésies et pneumonies, où, par l'abus des émissions sanguines, la convalescence dégénère en pneumonie chronique, quelquefois en phthisie.

On ne saurait trop le répéter, c'est Taffection chronique qui est le plus grand obstacle aux longues et vertes vieillesses, le fléau le plus redoutable de la vie humaine, surtout dans cet état social, appelé civilisation, où les passions de l'âme, comme les appétits instinctifs, sont continuellement surexcités par des désirs et des habitudes qui deviennent à leur tour des besoins impérieux. Ces besoins artificiels, cette surexcitation constante, sont une cause d'accroissement des affections chroniques et malheureusement la'tendance des systèmes médicaux professés dans la plupart des écoles modernes, a conduit a négliger le traitement de ces maladies, dans le désespoir de les guérir. Il y aurait donc un véritable progrès pour la science, à revenir aux vieilles doctrines, si ce n'est des panacées universelles, au moins des traitements spécifiques. Mais, nous pensons l'avoir démontré, ce progrès n'est pas possible pour ceux qui ne voient dans l'homme qu'une machine, dans

la maladie, qu^ine altération organique. Il faut pour appliquer les traitements spécifiques déjà connus, pour en décou* Trir de nouveaux, entrer franchement dans les larges théories de la médecine hippocratique et, comme moyen d'application, revenir à Tétude trop négligée de la matière médicale et des ressources qu'elle peut offrir à la thérapeutique.

En attendant que savants et médecins aient repris cette heureuse direction, nous espérons avoir déjà fait un grand pas en démontrant, comme nous pensons l'avoir fait dans cet ouvrage, la possibilité théorique de guérir toutes les maladies chroniques. Entre cette possibilité théorique et l'application pratique, il y a sans doute encore une lacune à combler, mais elle sera plus facilement remplie, quand on aura écarté la désespérante hypothèse de Tincurabilité des maladies. Les esprits d'élite ne se découragent pas devant la difficulté, quelques-uns même la recherchent ; mais personne n'aime à passer pour insensé, en courant après l'impossible. Pour nous résumer : de la possibilité de guérir toutes les maladies, résulte la généralité des conditions de longévité, car le malade guéri est, à cet égard, dans la même position que celui qui n'aurait jamais été malade.

Quant à l'homme qui, sans être tout à fait malade, est atteint de prédispositions maladives, il est évident que tous les raisonnements que nous venons de faire lui sont doublement applicables ; il est plus aisé de détruire une prédisposition maladive, que de guérir la maladie déclarée.

Il est, en effet, bien évident que si un certain traitement, ou un certain médicament peuvent guérir telle ou telle maladie, les mêmes moyens employés avec discernement à des doses plus faibles, mais souvent répétées, seront spécifiques de la prédisposition à la même maladie. L'homme le plus robuste, en arrivant dans les pays de mauvais air, se sent attaqué d'un malaise général, d'une agitation fébrile qui constitue la prédisposition aux fièvres d'accès ou même aux fièvres pernicieuses. Il suffit, le plus souvent, pour combattre

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cette prédisposition, d'un bon système hygiénique et d'an ou deux centigrammes de sulfate de quinine administrés tous les matins dans une tasse de café. Souvent aussi Fâge seal fait disparaître les prédispositions à certaines maladies. Une jeune femme sera prédisposée à certains troubles dans la circulation du sang et les fonctions du système nerveux, troubles dont résultent des accidents plus effrayants qu'ils ne sont dangereux en réalité : mais si, sous l'empire d'un bon traitement anti-hystérique et corroborant, elle arrive à la cinquantaine, sa santé se raffermit et rien ne Tempêchera de fournir une longue carrière.

Après avoir ainsi éliminé de la question que nous cherchons à simplifier toutes ces complications de maladies, arrivons enfin à nous occuper seulement de l'homme en parfaite santé. C'est une exception assez rare, mais nous espérons avoir démontré la possibilité d'augmenter beaucoup le nombre de ces cas exceptionnels : chacun peut donc se flatter d'arriver à cette catégorie qui fait rentrer Thomme sous l'empire de la loi de durée de la vie post-diluvienne, durée que nous avons évaluée ailleurs de 150 à 200 ans. Cette loi cesse d'avoir son effet sur les valétudinaires et les malades, parce que dans ces cas qui devraient être l'exception et qui, à la honte de Tart médical, sont devenus la règle générale, la force conservatrice de la vie ne se trouve plus dans les conditions nécessaires pour exercer son action. Mais cette force retrouve toute sa puissance, quand elle n'est plus gênée par des troubles fonctionnels ou des altérations organiques et obligée d'agir comme principe curatif, natura morborum curatrix ; c'est aloi*s seulement que ce souffle divin rentre dans toute sa liberté d'action comme principe conservateur et amène, à travers mille dangers, jusqu'au terme de sa carrière terrestre cette frêle machine dont la volonté toute-puissante lui a confié la préservation.

Mais comment s'accomplit ce merveilleux phénomène qui devrait exalter nos âmes par des transports d'admiration

et de reconnaissance et qui, chaque jour, passe inaperçu?

Ici la physiol<^e répond avec toute Texactitude exigée de la science moderne.

La vie animale s'entretient par une suite de mouvements inaperçus destinés à réparer continuellement les organes nécessaires à l'exercice des fonctions. Aussitôt qu'une molécule de ces oi^anes cesse d'être animée du principe de vie, elle doit être repoussée au dehors sous forme de sécrétions ; c'est une loi, que les anciens dans leur langage pittoresque, auraient ainsi formulée : Le vif repousse le mort. Une autre loi, tout aussi impérieuse, veut qu*à chaque instant, la perte soit réparée par TassimUation d'une nouvelle molécule empruntée à ralimentation et qui s'imprègne de notre vie en traversant le torrent de la circulation, loi que l'on peut énoncer : La vie s'assimuetodt ce qui est préparé pour la vie. Cette loi, nous ne saurions trop souvent le répéter, est générale et, par conséquent, elle ne s'exerce pas seulement sur la matière qui vient s'incorporer à nos muscles ou à nos nerfs, mais aussi sur la force homogène aux forces vitales qui est interposée entre les molécules des substances en rapport avec notre organisme, soit qu'elles nous arrivent sous forme d'air atmosphérique, d'aliments ou de boissons.

Tel est l'admirable mécanisme de l'être humain, s'épurant par les sécrétions, se renouvelant par l'assimilation, aussi longtemps que le faisceau des forces vitales conserve son intégralité ; mais détourné, dans son action, par la maladie et ralenti par la décadence sénile ou accidentelle de ces forces.

En cas de maladie, fauMl aider la force vitale devenue force curatrice ? Ici, tout le monde est d'accord à répondre affirmativement; mais il n'y a plus la même unanimité, quand il s'agit de venir en aide à la force conservatrice : les uns, découragés par une prétendue impossibilité, se croisent les bras, hochent la tête et disent : Il n'y a rien à faire ; les autres se bornent à conseiller l'exercice, le grand air et une bonne nourriture.

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Moyens excellents poar conserrer h santé de Thomme qai peot les employer dans la plénitude de ses forces et Fintégra- Hté de ses fonctions, maisqoi peorent être nuisibles à celui qui en userait dans d^autres conditions. Le grand air occasionnera on catarrhe ou une pneumonie, si les fonctions du poumon et de la peau ne sont pas à Tétat normal ; Texercioe entraîne une déperdition de force musculaire et nenrense qui ne trouve sa réparation que dans Talimentation , et les meilleurs aliments peuvent occa^onner des désordres si les fonctions assimUatrices sont dérangées.

Par conséquent, ces moyens réparateurs sont impuissants ou nuisibles^ alors même qu'ils seraient le plus nécessaires, c'est-à-dire quand il y a décadence des forces ; maïs comment s'y prend la médecine pour remédier à cette décadence chez Tadulte en état de convalescence ou après de grandes fatigues? Elle vient en aide à la digestion et à Tassimilation par des amers, elle administre des corroborants, du fer, de l'or, du quinquina^ des vins généreax. Pourquoi ne pas user des mêmes moyens dans la décadence sénile des forces ? Parce que Ton craint des dangers de la nature de ceux que nous venons d'énumércr. Fort bien ; mais cette difficulté pratique se rencontre à chaque instant dans Fapplication de l'art médical ; elle n'empêche pas de traiter les convalescences, de rétablir les forces des adultes affaiblis, pourquoi empêcheraii-elle le traitement méthodique de la décadence sénile ?

Ainsi posée, la question sera résolue affirmativement par tous les médecins ; mais si l'on vient à l'examiner un peu plus profondément encore, on trouve de nouveaux motifs de conviction. Quels sont, en effet, les signes caractéristiques de la décadence sénile? Nous l'avons dit plusieurs fois ; ils se résument en deux troubles principaux, à la fois causes et effets et qui nuisent à toutes les fonctions : sécrétions imparfaites, assimilation insuffisante. La science médicale possède-t-elle des moyens d'aider les sécrétions, de faciliter la digestion et l'assimilation? Oui, sans doute ! II n'y a donc plus qu'à les appli-

quer avec les précautions indiquées par Fart ; el la décadence sénile des forces trouvera des agents réparateurs.

C'est en se plaçant à ce point de vue, que Ton comprend la pensée des médecins alchimistes qui avaient prétendu concentrer dans un seul éiixir tous les principes de vie répandus dans la nature entière. Si Ton examine attentivement la composition de ces panacées des manuscrits et des bouquins, on y trouve des substances propres à aider les sécrétions, des amers qui activent la digestion, des phosphates, le fer el l'or qui, assimilés, agissent comme corroborants.

Il n*y a donc rien de contraire à la logique médicale, ni à la saine physiologie, dans l'idée thérapeutique qui poussait les médecins alchimistes à chercher des élixirs de longue vie. Ont-ils complètement résolu le problème? Non sans doute ; car s'il Feût été, Helvétîus, le médecin de nos grands-pères, vi« vrait encore aujourd'hui ; sa teinture d'or (1) aurait converti les plus incrédules, et l'auteur de ces pages n'aurait pas eu l'idée d'ajouter un volume à cette masse de livres qui encombre nos bibliothèques. Mais de ce que le problème n*a pas été résolu, il n'en résulte nullement qu'il soit insoluble; la seule conséquence logique, c'est que les adeptes ont manqué ou d'habileté ou de bonheur. La science moderne leur reproche trop de complications dans leurs formules. Mais ce n'est pas la cause de leur insuccès; la thériaque est composée de 1 72 substances,ce qui n'empêche pas ce médicament de guérir tous les jours des flèvres rebelles au quinquina. On serait plus fondé à accuser les alchim'stes d'imprudence et d'erreur quand ils ont dirigé leurs recherches vers la découverte d'une

(1) La teinture d'Helvétius est un camphorate d'or en dissolution dans des essences, et elle ne convient que dans des cas où il s'agit de stimuler exclusivement le système nerveux; mais, dans ces cas, je la crois plus puissante qu'aucun des médicaments usités aujourd'hui. L'or potable de Cagliostro est un médicament beaucoup plu3 généralement applicable. C'est un éiixir corroborant qui facilite en même temps l'assimilation et toutes les sécrétions, d'où résulte la régularisation de la circulation sanguine ,et des mouvements Berveux.

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panacée universelle qui serait applicable à toug les âges, à toutes les organisations, qui serait également efficace à Calcutta ou à Saint-Pétersbourg, à Londres ou à Rio4aneiro. Il est évident que dans cette voie on ne pouvait aboutir qu'à des déceptions, parce que l'on méconnaissait les lois mêmes de la vie. Mais on serait arrivé à un tout autre résultat, si Ton ne se fût pas écarté des principes immuables de la science médicale et si Ton eût seulement cherché une méthode de traitement réparatrice et conservatrice des forces vitales ; méthode que chaque médecin aurait appliquée aux cas individuels d'après les règles de l'art.

C'est dans ce sens seulement, que nous comprenons la solution complète de la question qui nous occupe ; et le jour où quelques médecins vitalistes seront entrés résolument dans cet ordre d'idées, la médecine conservatrice des forces et préservative de la santé sera fondée, bien des préjugés disparaîtront, bien des difficultés seront écartées, et Ton pourra traiter les cas de décadence sénile ou accidentelle des forces, tout aussi méthodiquement que Ton traite aujourd'hui un catarrhe ou une pneumonie.

Que l'on ne s'étonne pas de nous entendre toujours renvoyer à la médecine et aux médecins tontes ces questions de longévité et de conservation de la santé. Au risque de nous répéter et de fatiguer nos lecteurs , il nous faut présenter notre pensée sous plusieurs formes, parce qu'elle heurte des idées assez généralement établies et qui sont, pour ainsi dire, passés en axiome : « Chacun est le meilleur jitge de sa propre santé : il ne faut appeler le médecin que lorsque Von est malade. »

C'est le contraire de ces deux assertions qui est la vérité. Plus on possède d'intelligence et même de connaissances médicales, plus on est sujet à se tromper quand il s'agit de se soigner soi-même : le vieux dicton : medice^ cura teipsum^ est un non-sens ; et les médecins éclairés confient toujours à un confrère le soin de leur santé. A plus forte raison, celui qui

n*a pas étudié et pratiqué la médecine, est-il incapable d*ap* précier si des souffrances, si un dérangement, ou même un ralentissement dans certaines fonctions, proviennent d'une maladie ou bien d'une décadence de forces, s'il faut avoir re^ cours à l'hygiène ou à la pharmacie. — C'est alors qu'il faut appeler un médecin bien plutôt que lorsque l'on est alité par une rougeole ou une fièvre catarrhale, maladies qui guérissent presque toujours avec du repos et de l'eau sucrée.

Mais, me dira-t-on, vous nous renvoyez aux médecins pour des cas où ils nous écoutent à peine et nous répondent par des banalités.

Il n'est que trop vrai ; la plus importante des applications de la science médicale, celle qui aide à vivre, est encore à l'état de lacune. Le but de ce livre est d'appeler les méditations des médecins vraiment dignes de ce nom sur l'urgence et la possibilité de combler cette lacune. Reprenons donc le fil de nos raisonnements.

Nous venons d'exposer les principes de physiologie et de thérapeutique sur lesquels il faudra s'appuyer pour aider l'imperfection des fonctions ; quand on sera parvenu à les rétablir, on aura facilité Tassimilation des substances alimentaires, qui, à leur tour, fourniront, aux forces vitales, des éléments réparateurs. Mais ce ne sont pas les seuls dont dispose la science de la vie. Le calorique lumineux, l'oxygène atmosphérique, les appareils électro-magnétiques , dégagent aussi des forces susceptibles d'être assimilées par celle qui nous anime : c'est donc encore à la science médicale qu'il appartient de diriger l'emploi de ces moyens, dans le but de conservation de là santé et, par conséquent, de prolongation de la vie. — Enfin, il est bien évident , pour tous ceux qui ont réfléchi sur la véritable nature de Têtre humain, que de pareils traitements seraient incomplets, s'ils ne tenaient pas compte de l'état des fonctions intellectuelles. ^

Il existe une hygiène et une thérapeutique des facultés intelligentes qui jouent un grand rôle dans le traitement de

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presque toutes les maladies ; ceci est d'application vulgaire. Mais les savants disciples de Pinel et d'Esquirol ont fait faire des progrès immenses à cette médecine de l'âme dans son application au traitement des maladies mentales. Il reste à créer des méthodes analogues pour compléter le traitement rationnel de la décadence des forces soit accidentelle , soit sénile.

L'homme qui demande à son intelligence un travail trop constant et trop ardu n'obtient les créations de son esprit, qu'aux dépens de ses fonctions animales et en usant sa vie.

Celui qui ne lit, ni ne pense, qui n'existe que pour la satisfaction des besoins de la béte, est exposé aux congestions viscérales ; s'il y échappe, c'est pour tomber, de bonne heure, dans cet état voisin de Tidiotie que les médecins appellent la démence sénile.

Au contraire, l'homme raisonnable, qui s'eflTorce de modérer ses passions , qui s'étudie à exercer tour à tour ses facultés physiques et intelligentes, est dans les meilleures conditions de conservation de santé.

Voilà trois faits incontestables et généralement admis, qui peuvent servir de base à la thérapeutique mentale. Leur application pratique est une question de détail qui variera suivant les individualités et la sagacité du médecin consultant : nous n'avons point à nous en occuper.

Terminons donc ici ces réflexions sur la décadence des forces ; nous pensons avoir démontré la possibilité d'y obvier dans une certaine mesure ; nous avons indiqué la théorie des moyens à employer pour atteindre ce but : aller plus loin, nous exposerait à sortir du cadre de cet ouvrage et à fatiguer nos lecteurs.

IIL — Il nous reste à examiner ces questions de longévité au point de vue des divers âges de la vie humaine. On serait presque tenté de croire, avant d'y avoir réfléchi^ que la solution du problème qui nous occupe doit se trouver là. En effet.

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