PROLONGATION DES DIVERS AGES DE LA VIE
il semble que si, dès la plus tendre enfance, on avait choisi an jeune couple dans de bonnes conditions d'organisation et de santé héréditaire ; qu'on l'eût élevé avec tous les soins indiqués par la science pour le développement des forces, à peu près comme les Anglais élèvent leurs chevaux de course, et qu'ensuite, en unissant ces jeunes gens à Tâge convenable, les enfants qui résulteraient d'un tel mariage réuniraient toutes les conditions de longévité ; et l'on pourrait ainsi revenir peu à peu aux conditions de la vie patriarcale.
Cette utopie d'un romancier (1) est plus séduisante que possible. D'abord, parce qu'il ne serait ni moral, ni légalement facile de traiter des hommes comme des chevaux ; et aussi parce que Ton rencontrerait, dans la pratique, d'immenses difficultés d'application. Pour les comprendre , il suffit de jeter un coup d'œil sur les phénomènes de la vie humaine pendant ses divers âges.
Chez l'enfant, les forces qui président aux fonctions sont bien loin d'être en excès ; elles sont encore partiellement à l'état latent, attendant, pour se développer, l'impulsion que leur donnera l'assimilation des forces homogènes, comme aussi le complet développement des organes qui doivent servir d'instruments aux fonctions. La vie est frêle, plus encore que la machine qui trouve quelque résistance dans son élasticité et dans la mollesse des tissus.
Cette fragilité de la vie puérile est démontrée par la physiologie et aussi par la statistique, dont les tableaux nous présentent le plus grand nombre de décès pendant les premières années de l'être humain. On peut donc l'admettre en fait et en déduire quelques conséquences.
La première est que Vidée de médecine préventive par le développement artificiel des forces, idée développée dans ce chapitre et dans les précédents, est peu applicable, en général, à l'enfance. Il est rarement nécessaire, à cet âge, de stimuler les fonctions qui s'accomplissent vite.
(1) M. Alexandre Dumas, si je ne me trompe.
Souvent aussi il serait dangereux de trop brusquer Fassimilation des forces d'emprunt qui pourraient réveiller celles qui existent à Tétat latent et occasionner des congestioDS ou d'autres crises dangereuses pour des organisations encore incomplètes.
Il est tout aussi mauvais, au point de vue de la conservation de Tenfant, de Texposer à une dépense exagérée de forces, surtout par l'exercice prématuré des fonctions intellectuelles. Tout le monde sait ce qu'il advient des petits pro* diges ; et quels tristes hommes sont fournis à nos sociétés par les fruits secs du baccalauréat et des écoles. Nous ne saurions rien ajouter aux éloquentes réclamations qui se sont élevéesdans ces derniers temps, contre cette tendance de notre époque à vouloir transformer les enfants en petits savants dissertant sur toutes les branches des connaissances humaines. On s'est aperçu du danger, on a vu qu'en développant i'intdligence avant l'époque fixée par la divine sagesse, on bâtait aussi le développement des mauvaises passions, pour n'arriver qu'à flétrir la vie.
Tout le secret de longévité, pour le premier âge, consiste à prolonger l'enfance autant que possible et à thésauriser les forces, jusqu'au moment où le complet développ^uent des organes permet l'entier exercice des fonctions.
Ce précepte doit être entendu dans un sens général et raisonnable, comme l'avaient compris Fénelon et Rollin, ces deux grands maîtres en fait d'éducation : nous n'avons point Tabsurdeidée de ressusciter Y Emile de J.-J. Rousseau, utopie im^ praticable. Nous ne prétendons pas, non plus, que dans certains cas, on ne doive pas chez l'enfant oomme chez radulte ou le vieillard, relever les forces ; mais. ce sont des cas de maladies dont nous avons parlé ailleurs, ki, au point de vue de Tenfant en santé^ nous ne pouvons que répéter que, pour assurer à l'homme une longue vie, il faut d'abord prolonger lenfance.
Mais l'adulte est enfin arrivé au complet développement