‹ Essai sur la conservation de la vieChapitre 114 sur 146 · CHIMIE ET THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

CHIMIE ET THÉRAPEUTIQUE

avoir chassé Tennemi de toutes ses positions^ nous demeurerons maîtres du champ de bataille.

. Fort bien; mais qui vous dit que le champ de bataille, c'est-àdire le malade, ne disparaîtra pas pendant vos évolutions stratégiques? D'ailleurs^ en admettant que vous aurez tout le temps nécessaire^ pouvez- vous affirmer que chacun des éléments morbides^ dont se compose la maladie, offre une unité distincte? êtes-vous bien certains, dans ces cas de complications graves, de Taction spécifique de chacune des drogues simples que vous em« ployez isolément? L'hypothèse des éléments morbides, fort utile en philosophie médicale, pour aider à comprendre la nature des maladies, n'est qu'un moyen d'analyse clinique ; mais on tombe dans des erreurs graves, si l'on veut considérer ces éléments comme des unités distinctes. La loi pathologique a été exprimée par Bordeu, quand il s'est écrié : a II y a autant de maladies qu'il existe de malades. » Chaque maladie, en effet, est un ensemble de troubles fonctionnels spéciaux, caractérisés par un ensemble de symptômes. Enfin , en ce qui touche l'action isolée des drogues simples, nous nous bornerons à rappeler un fait consigné dans les annales delà science. M. Poggiale a appliqué, à diverses maladies , des associations de médicaments qui lui ont toujours mieux réussi que les médicaments simples; il traite la sciatique par un topique composé de

Extrait de belladone.

Extrait d'opium.

Onguent populeum.

Extrait de datura strammonium.

Essence de lavande.

Ce topique a eu, sur les malades, une action très-efficace ; on a essayé les mêmes substances isolément et successivement, sans obtenir aucun résultat (1 ) .

Nous ne pousserons pas plus loin les controverses ; et nous terminerons cette défense de la polypharmacie, en examinant la question d'un point de vue plus élevé.

Si l'on cherche à se rendre compte des causes qui ont amené,

(1) Comptes rendus de i* Académie des sciences, t. XXX Y et XXXVI.

au conomencement de ce siècle^ la plupart des médecii» à repousser les médicaments composés vantés par leurs prédéces^ seurs, on- trouvera d'abord les tendances philosophiques^ qui ont révolutionné la science^ avant de bouleverser tes sociétés; ces tendances ont aussi réagi sur la médecine; et quand la pathologie s'est trouvée envahie par une foule de systèmes qui ne s'accor* daient que sur un point, expliquer la vie par des combinaisons de matière, la thérapeutique aussi a dû subir une réforme ; et cette réforme a trouvé un prétexte dans une erreur de Tancienne médecine.

Souvent, en voulant expliquer Teffet des médicaments composés, les médecins polypharmaques se préoccupaient beaucoup trop de Faction isolée de chacune des substances associées pour former le composé ; c'est-à-dire que Ton envisageait la mixture ou l'apozème à peu près comme le facteur de la petite poste considère son sac rempli de lettres, qui iront chacune à leur adresse. Cette explication était très-mauvaise ; elle n'a résisté ni à l'expérience, ni au raisonnement. Mais de ce que certains médecins de la vieille école ne savaient pas se rendre compte de l'action des médicaments composés, il n'en résultait pas que cette médication fôt mauvaise en elle-même. La médecine n'offre qu'un seul moyen de constater l'efficacité des médicaments, ic'est l'expé*rience clinique. Ceci bien établi, il en résulte que lorsque les modernes en sont venus à douter de l'utilité de certains médicaments composés, la thériaque, par exemple, et ont cessé d'ajouter foi aux observations de Sydenham, de Baglivi, de Sauvage et de Bordeu, ils auraient dû expérimenter la thériaque à nouveau, mais non la condamner à priori; c'est cependant ce qui a eu lieu.

Mais de ce que l'expérience clinique est la seule démonstratioa bien positive de l'effet des médicameqts, il n'en résulte pas que l'on doive renoncer à chercher des explication^ raisonnables ^e. ces .effets et de leurs rapports avec les phénqipènes de la vie. istipédecipe. Dieu merci, n'est pas l'empirisme grossier des peuples barbares.

. Notre théorie sur les forces et la matière peut servir à j^ter quelque lumière sur Taction des médicaments composés. Cette action est une, parce qu'elle est la résultante des diverses forces

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