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THÉORIES KABBALISTIQUES

La première est un système philosophique qui est présenté par ses adeptes comme remontant aux origines mêmes de la civilisation. Le savant historien moderne de la kabbale, M. Adolphe Frank, ne veut pas lui permettre de partir d-aussi haut ; diaprés hii , cette doctrine philosophique aurait pri» naissance entre le siècle qui a précédé et celui qui a suivi Tavéneraent du Sauveur. Il semble en effet résulter des doctes récherches de M. Frank que les deux codes de ]a doctrine kabbalistique, le Sépher Jetzirah et le Zohar ont dû être compilés à peu près à cette époque. Mais ces livres portent à chaque page le cachet de traditions bien plus reculées et que quelques-uns font remonter jusques aux dogmes de ces mages dont les Hél)reux ont eu connaissance pendant la captivité de Babylone. Le livre de Daniel est un curieux monument de ces rapports ; et M. Frank lui-même admet que les matériaux de la kabbale ont été puisés dans les livres des anciens Parses. Mais le plus grand nombre des kabbahsieâ s'accordent à faire remonter leurs doctrines jusques à la science primitive des patriarches et de Moïse qui, conversant face à face avec le Seigneur et ses envoyés, en avaient obtenu la connaissance des lois de la nature (1). M. Frank reconnaît l'antiquité de cette tradition (2) ; et on ne voit réellement pas pourquoi on la repousserait, quand elle n'a rien de contraire à l'histoire écrite; pourquoi on prétendrait mieux connaître la kabbale que les kabbalistes eux-mêmes. Cette opinion sur l'antiquité de la kabbale est admise par un de ses plus célèbres contradicteurs, le rabbin Maimonides, qui voit, dans quelques-uns de ses arcanes, des secrets révélés aux patriarches et à Moïse et tombés, plus tard, dans l'oubli (3). Reuchlin soutient le même système, en disabt que toute la philosophie des Grecs remonte à Pythagore et que Pythagore avait appris des Égyptiens et des mages la

(I) WoLFFii BUAiotheca kebratca, vol. I, fol. 1205. (3) La K(d>bale, par Ad. Frank. Paris, 1843, p. 84 et 85. (3) Maimonides apud Wolffium, t. U,fol. 12^0.

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connaissance des secrets de la nature, quHls tenaient des Hébreux, de sorte que c'est à ceux-ci qu'il faut faire rennooter toute philosophie... uNihil esse m philosophia, quod non a ante Judœorum fuerit » (1 ]. Mais quelle que soit Forigine de cette doctrine, on ne peut lui refuser un caractère religieux et élevé dans sa mysticité. Voici les titres de quelques-uns des chapitres de Tun des plus curieux bouquins kabbalistiques de la bibliothèque du Vatican (2). Les Trente-deux semences de la sagesse, les Cinquante portes de la prudence, l'Or Haënsoph, les Dix séphiroth, figurés par neuf cercles tracés autour d'un seul centre ou trois trinités émanant d'une source commune (3) ; les Manifestations de Dieu dans le règne de la nature : les Emanations de Tessence divine dans les choses; la Providence de Dieu et l'esprit universel du monde; enfin la Trinité humaine. De tribus hominis partibus. Quand les kabbalistes arrivent à s'occuper de l'homme, ils montrent sur l'organisme et ses fonctions, des connaissances qui sont à peine dépassées par nos modernes physiologistes. Mais aussi, quand on arrive aux applications de ces doctrines, c'est-à-dire à la kabbale pratique, on jette les bouquins avec mépris, parce que l'on trouve des amulettes, des sortilèges, une puissance superstitieuse attachée à la valeur de certains mots. — Cependant, il faut reconnaître qu'il y avait, dans ces sciences occultes, quelque chose de positif^ de réel ; d'abord la connexité entre les forces delà nature : le Zohar dit formellement : oc Toutes les forces de la nature sont conoen- « trées en une seule, la voix qui sort de l'esprit. » Us étaient aussi fondés à admettre la volonté humaine comme une force agissante; nous établirons ailleurs que cette opinion n'a rien de contraire à la science de nos jours. Enfin si les kabbalistes ont exagéré la puissance des mots, ils étaient fondés, nous le

(1) J. Redchun, De arte kabbalistica, fol. 22 et 26.

(2) Sysiema theologiœ kabbalisticœ,

(3) Hhenferdius apud Wolffium, t. IV, fol. 736; Dorn, Clavis chimistica Lugdani, 1567.

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démontrerons aussi un peu plus lard^ à admettre des connexités entre le rhy thme de la parole humaine et les mouvements yitaux.

Il ne faut donc aujourd'hui considérer la kabbale que comme une théorie; Talchimie, comme Tapplicatiou de cette doctrine aux sciences naturelles; la magie enfin comme un essai téméraire de la généralisation d'une idée yraie, la supériorité de l'esprit sur la matière.

Ceci nous conduirait à approfondir cette branche des sciences occultes ; mais la magie est en dehors du cercle que nous nous sommes tracé; bornons-nous donc à une idée jetée en passant.

XIV. — Le monde, ainsi que l'homme qui en est la miniature, ne subsiste que par l'équilibre et l'action réciproque de deux éléments primitifs: l'intelligence, émanation de Dieu ; la matière, création de sa volonté. Cet équilibre et cette action sont maintenus par des forces, telles que l'électricité, le calorique, la gravitation, les affinités atomiques et moléculaires. D'où il résulte, que toutes les fois que l'intelligence exercera son action, c'est-à-dire sa volonté, dans les limites de ces lois immuables, elle pourra agir sur les combinaisons de la matière.

On conçoit donc que des hommes aient pu, sans témérité, se flatter d'arriver à des résultats surnaturels pour le vulgaire. On conçoit aussi quMls aient échoué dans leurs tentatives ; que certains, une fois entrés dans cette voie dangereuse, se soient laissé égarer par les hallucinations de leur esprit, et aient posé des synthèses insolubles I qui les ont conduits à un mysticisme extravagant; que d'autres, matérialistes absolus, abusant de la connaissance exclusive de certains phénomènes, se soient posés en jongleurs. On conçoit enfin toutes les aberrations des passions humâmes. Mais il n'en demeure pas moins positif, que les anciens étaient arrivés, par l'étude ou le hasard, à la connaissance de certaines lois de la nature. Les modernes^

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de leur côté, ont recueilli une plus grande masse d'obserrations et de faits , qui ont amené , peu à peu, à des résultats qui auraient paru miraculeux avant qu'on n'en connût les causes. De même, chaque nouvelle page qui sera déchiffrée par Thomme dans le grand livre de la création, armera son bras d'un nouveau levier pour remuer la matièrCa Par exemple, la science a reconnu l'existence d'une loi des affinités chimiques ; mais que sait-on des affinités soit entre les intelligences, soit entre la matière et l'intelligence ?

C'est là cependant qu'est le secret de la véritable magie ; et c'est dans cet ordre d'idées, que l'on peut dire : le savoir et

LA VOLONTÉ, c'eST LA PUISSANCE.

Les bons esprits, qui, dans le moyen âge, s'étaient occupés de magie et de kabbale, ne considéraient pas autrement ce qu'on appelait alors les sciences occultes.

Cornélius Agrippa, qui a résumé les travaux de l'évêque Albert, de Raymond Lulle, d'Arnaud de Villeneuve et de Roger Bacon, définit la magie, « les sciences naturelles portées à leur plus haute puissance. « Naturalium scientiarum a summa potestas. » 11 reconnaît que son but est de rechercher les forces occultes de la nature et les sympathies des choses pour arriver à produire des miracles surprenants ; et « ces prodiges, dit-il, ne seront pas une création de l'art, ils « seront produits par la nature toujours prêle à se révéler aux m investigations de l'homme (1). »

Nous aurons occasion de résumer les opinions de la science moderne sur ces connexités des forces naturelles ; mais il nous faut d'abord achever ce qui nous reste à dire sur l'étude

(1) Comelii Àgrippœ Opéra, Lugdnni, 1510. Pars I, fol. 505; Pars II, fol. 71.

Voici le passage : < Magia est qas rerum omnium naturalium atque cœ- « lestium vires contemplata, earumdemque sympathiam curiosa indagine « scrutata , reconditas ac latentes in natura potestates, lia in apertum pro- « duxit', ut exinde sœpe consurgant miracula. Neu tam ârte« quàm natura, « cui se ars ista ministram exhibet hsec operanti. •

LE GRAND ŒUYR£. 4j9

da grand œuvre et sur les difficultés dont nos pères semblaient s'être plu à l'entourer.

XV. — L'alchimie est pleine de mystères, dit un de ses adeptes : ars mysteriorum plena : « Quand les philosophes, a dit ua autre, parlant de terre^ ils entendent le sel des mé- « taux q^i, est !la jpierre des philosophes. Philosophi per ik terram intelligunt salem^ sfllqtie metallorum lapis est « philffsophpriim (i).' )> Un troisième va plus loin ; « Quaud « je jure de dire la vérité, crois que le sens littéral de mes (k paroles est mensonge ; et, si je te parle de choux, cherche du (( plomb (2). » Quando tibi dico cardes, intelUgasplumbumé

S'ils donnent des préceptes, c'est toujours dans leur langage allégorique* toc Le philosophe doit prendre à la pipée « l'oiseau d'Héros qui vole nuit et jour (3). Les deux dra* <K gons OQ, Si^rpents métalliques sont engendrés dans les ena trailles.des ppérations des quatre éléments ; ce sont l'hu « mide radical du soufre et argent-vif, non les vulgaires qui « se Tendent chez les marchands ou apothicaires, mais les fi( philosophiques (4). Prenez un morceau de soleil, ajoutez « immédiatement un fragment de lune, divisez l'œuf philoso- « phique en quatre parties égales, élevez votre mélange jusce qu^au ciel des philosophes (5). »

Telles sont leis curieuses formules que nous offrent les livres des adeptes. On y trouve souvent aussi des plaintes contre les faux frères qui abusaient de la crédulité du public et, suivant l'expression d'un auteur du temps, lui donnaient les coquilles au lieu de la noix. Insignk&n medicmanmi nemina cian* fftmty mipsisincognitisi etcorticesdanturpro nu€leis{Q).

. Ces formes luzarres, cette obscurité étudiée dont s'entou-

(1) Comniéntatio de Pharmaco cafkolico, Lugdani BataTonim, 1696. (7) ^BSEtd WKtDENFELD, De iecretts adeptùrum, Hamburg, I5&6.

(3) Hanaaciit de Rennes,, déjà cité.

(4) Arnauld, sieur de la Ghevallerie, Poictevin.

(5) Bibîiotheca chimica (J. Mangeti), vol. I.

(6) Segeri Weidenfeld, Deseeretisadeptorum liber. Hanriiurg, t55&.

reot lesadeptesy offrent sans doute quelques difficultés à ceux qui, après des siècles d'oubli, essayent de souleyer le Toile qu'on a laissé peser sur cette science; mais avec un peu d'étude, on arrive à la comprendre ; et Ton trouve alors cette philosophie généreuse et élevée.

On croit assez généralement que les alchimistes travaillaient à faire de l'or ; c'est ainsi qu'on entend aujourd'hui ces mots recherche du grand œuvre y pierre philosophais On pense qu'il s'agissait d'un secret pour transformer en orales métaux inférieurs.

C'est une erreur.

Il est vrai que les adeptes proclamaient hautement ce but, afin d^obtenir l'appui des puissants de la terre toujours avides d'or ; il est vrai aussi, qu'ils considéraient la transmutation des métaux conmie une conséquence nécessaire de l'accomplissement du grand œuvre ; mais le véritable objet de leurs travaux, était la découverte d'une médecine universelle, d'un breuvage de vie.

9nttï^ Httiiet aurlj Ijetlrn allt Ctual, Bitê Ut ^a• éeljrime )rr 3lfl)lmr^.

« Guérir par la science tous les maux, tel est le secret de « l'alchimie, » a dit un adepte du seizième siècle.

Le traducteur français de Nicolas Flamel spiritualisait cette pensée des alchimistes. « La pierre, la voye linéaire del'œu- « vre étant parfaite par quelqu'un, le change de mauvais en K bon, luy oste la racine de tout péché (qui est l'avarice), le a faisant libéral, doux et pie, craignant Dieu, quelque mau- <c vais qu'il fust auparavant, car d'oresnavant, il demeure « toujours ravy de la grande grâce qu'il a obtenue de Dieu et

« de la prefondité de ses œuvres divines et admirables

a Bienheureux ceux qui savent les recueillir ! Car d'iceux, « puis après, ils en font une thériaque qui a une puissance c( suc toute douleur, tristesse, maladie, infirmité et débilité,

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