JOS., XIV
(2) Psalm. Lxxxix.
(3) Eccles., XYiii, 8.
(4) Job, XIV.
78 CBAPITRE ÏV.
Ces trois faits sont incontestables pour tous ceux qui reconnaissent la vérité des livres saints ; et même en ne considérant la question que sous un point de vue purement scientifique, il est difficile de nier que la vie humaine a dû être plus longue dans les temps primitifs qu'elle ne Test actuellement.
Si l'on ne veut pas admettre la Bible comme un Myreinspiréj on ne peut du moins lui refuser le caractère d'une haute antiquité. Son témoignage est dans ce cas un commencement de preuve; et il s'élève à la certitude historique, quand il est corroboré par la tradition de toutes les nations. Or^ sur ce point, elles semblent unanimes.
Les Chinois nousdonnent la chronologie de leurs anciens rois, et les premiers règnes sont de cent quarante, cent quinze, quatre-vingts, soixante-dix-huit, et enfin cinquante ans, ce qui établit une durée moyenne de vie de plus de cent cinquante ans ; car ces premiers rois n'offrent pas, comme postérieurement et à par* tir de la famille des Hia^ une dynastie héréditaire ; ils étaient élus pour leurs vertus ou leurs talents; ce qui fait supposer qu'aucun n'a du arriver au trône dans la première jeunesse*
Tous les livres qui traitent des* origines des peuples sont d'accord sur ce point. On pourrait citer de nombreuses autorités et enfler les notes des noms de Bérose, Manéihon, Ëphore, Hésiode, Xénophon, Pline, Plutarque, Josèphe, etc., etc. ; mais cet étalage d'érudition n'apprendrait qu'une seule chose, l'uniformité de la tradition. Je renvoie donc les curieux à la dissertation de dom Calmet (1) ; et me borne à conclure, qu'il esthistoriquement prouvéque l'homme dans les temps primitifs, a joui d'une vie plus longue que celle qui lui a été assignée après un cataclysme ancien dont tous les peuples ont conservé une tradition quelconque.
VI. —Dom Calmet pense que Dieuavaitaccordé une plus longue vie aux premiers hommes, pour favoriser raccroissement de
(1) Commentaires sur la Bihle^ p. 54 et 55, et aussi Diss&rtatims sur les géants et la langue primitive, . • . .
CONDITIONS DE LA Ylfi PRIMITIVE. 79
population. Getteopinion aété approuvée par unede nos Académies qui Fa consignée dans ses mémoires, en ajoutant, que c( la « fécondité de la terre et la bonté des aliments contribuaient à ce cette longue vie, laquelle a diminué parmi les hommes à me- « sure que cette fécondité a cessé » (1). Nos savants de Técole sceptique ne sont pas de cet avis, ou, pour mieux dire, remplacent les systèmes par des doutes. A eux à s'arranger avec MM. Geoffroi Saint-Hilaire, Marcel de Serres et d'autres savants qui ne trouvent aucune difficulté à appliquer à la philosophie zoologique l'ordrede création indiqué dans le récit de Moïse (2), et qui ont une certaine tendance à revenir aux traditions de l'antiquité sur les formes colossales de première création. Ce n'est pas seulement sur les ossements fossiles qu'ils s'appuient, mais aussi sur les modifications des milieux ambiants , sur une chaleur terrestre et atmosphérique plu^ intense, sur une plus forte proportion d oxygène^ enfin sur les différences dans la nature de Taliiùentation qui était, à cette époque primitive, puisée presque uniquement dans les plantes monocotylédones. Peut-être cette dernière considération est-elle susceptible d'être sérieusement controversée au point de vue scientifique : mais il est impossible de ne pas admettre des conditions de vitalité dififérentes des nôtres, pendant les époques géologiques qui ont précédé la création de l'homme. Quelques savants prétendent qu'alors les espèces colossales n'étaient pas les seules et que les Mammouths et les Dinothériums étaient, commeaujourd'hui l'éléphant et la baleine, contemporains d'une multitude d'espèces animales de toutes grandeurs. C'est fort probable. Mais, au moins, il est incontestable qu'à cette époque, lesformes gigantesques ont été plus communes, la température plus élevée, et, suivant toute probabilité, l'atmosphère autrement composée.
La géologie nous apprend que la Sibérie, le nord de TAmérique, l'Angleterre, l'Allemagne et la France ont été
(t) Histoire de l'Académie des médailles et belles-lettres, 1. 1.
(2) Comptes rendus de VÂcadétnie des sciences, t. XV, p. 58-80, etci., etc.
80 CHAPITRE lY.
habités, avant les temps historiques, par des espèces que Ton ne retrouve maintenant qu'aux environs de Téquateur. 11 y avait donc sur notre planète, avant l'arrivée de l'homme, des conditions de vitalité différentes.
Mais qui nous dit que ces conditions, ou bien d'autres conditions, différentes aussi de celles qui existent aujourd'hui, ne dispensaient pas auxhommesanté-diluviens l'air, la lumière et la chaleur, ces grands éléments de la vie matérielle, autrement qu'ils ne lui sont arrivés à des époques postérieures : ce qui expliquerait d'autres formes organiques et d'autres phénomènes de vitalité. Il faudrait, sans doute, pour décider la question avec une certitude absolue^ que l'on eût trouvé, ce qui n'a été rencontré nulle part, les ossements fossiles des hommes anté-diluviens. En attendant qu'un futur géologue de l'Asie centrale vienne exhumer les os de Seth ou de Jared, roulés dans le limon diluvien à côté de ceux de quelque monstrueux mastodonte, il faut se borner aux souvenirs historiques et au récit de la Genèse qui est parfaitement logique dans sa concision. Il suppose des conditions de vitalité diQérentes et il a soin d'indiquer l'âge de chaque patriarche quand il engendre son premier-né. Pour aucun il n'est moindre de 70 ans ; ce qui indique qu'alors la durée de la croissance humaine était aussi plus longue. Il n'y a donc rien d'absurde à supposer avec la tradition qu'Adam avait trente coudées de haut, ni àcroireque Mathusalem, qui a eu son premier fils à 187 ans, ait vécu neuf siècles.
Enfin est venu le cataclysme : qu'il ait été produit par un dérangement dans l'inclinaison de Taxe de la terre, ou par tout autre phénomène astronomique, il est bien difficile de ne pas admettre qu'un tel dérangement n'ait pas eu un effet sur les phénomènes physiques qui influent sur la vie de l'homme.
De là aussi comme conséquence nécessaire, changements dans les fonctions vitales et, par la suite des générations, modifications dans les organes.
VU. — D'où il résulte, que depuis le déluge, l'homme est
rédoit à ne pouvoir dépasser cent cinquante à deux cents ans d'existence et que si, en général, il n'atteint pas ce terme, c'est à des causes purement matérielles qu'il faut l'attribuer.
Or tout ce qui est matière est dans notre domaine ; nous pouvons en varier à l'infini les combinaisons, pourquoi n'aurions-nous pas une action sur celles qui conservent notre vie ?
La digression nous a ramené à notre point de départ.
VIL — Nous pouvons maintenant affirmer avec une quasicertitude, que l'homme n'atteint pas, en général, le terme de sa vie naturelle.
Serait-il possible de l'y ramener î
La solution de ce problème est d'autant plus intéressante pour l'humanité, qu'on ne peut le résoudre sans retarder en même temps la caducité, prévenir les maladies et atténuer les infirmités de la vieillesse.
Nous ne prétendons pas revenir encore sur la vieille controverse du vitalisme et de l'organicisme ; mais il nous sera permis d'établir que les maladies et souvent les remèdes sont la cause immédiate et apparente des infirmités de la vieillesse, qui, toutes, se déclarent à la suite d'un désordre plus ou moins ancien dans un ou plusieurs organes.
Ceci posé, on m'accordera facilement, et sans fatiguer le lecteur par de nouvelles dissertations, que le vieillard chez lequel tous les organes remplissent leurs fonctions, pourra arriver au terme de sa vie, libre d'infirmités; et l'on me permettra de tirer de cette hypothèse souvent réalisée, une conclusion rigoureuse et fort importante ; c'est que le moyen de prévenir les maladies, est aussi l'art de conserver aux organes vitaux leur jeu et leur énergie.
D'où résultent encore d'autres conséquences :
Que l'hygiène et la médecine préventive ne sont qu'une seule et même science ;
82 CHAPITRE lY.
Que celte sdeace doit être complexe, car elle agit sur une machine très-compliquée ;
Que sa théorie doit découler de la connaissance des lois de la vie ; c'est-à-dire, qu'il faut étudier les effets, pour remonter aux causes.
Mais avant d'aborder ces grands problèmes, il convient de jeter un coup d'œil sur Thygiène privée, telle qu'elle a été jusqu'ici enseignée dans les livres. On croit assez généralement que le régime et l'exercice offrent seuls des moyens de conserver la vie ; il est donc nécessaire d* apprécier l'influence de ces causes sur l'oi^anisme humain. Nous allons examiner, dans le chapitre suivant, comment s'y prend l'hygiène, pour résoudre un des plus importants problèmes que présente la science de la vie.
I. Tempérance etsobmété. — IL Système Côbnaro. — III. Alimentatiow
RATIONNELLE. — IV. GhIMIE ALIMENTAIRB.