MAGNÉTISME ANIMAL
d'une personne* ou même une mèche de ses cheveux, apprécier avec exactitude l'état de ses organes, lire dans sa pensée et faire, en quelque sorte, l'histoire de sa vie.
A des faits si curieux et qu'il serait si intéressant d'approfondir, pour le progrès de la science de l'homme, les Académies ont d'abord répondu par l'incrédulité et, plus tard, par des refus formels de s'occuper des phénomènes qui touchent au somnambulisme magnétique.
Les magnétiseurs, de leur côté, en ont appelé au public et les arguments ne leur ont pas manqué. Us disent : « Les « académiciens ont quelquefois inventé, les académies jaa mais : ces corps ont été institués pour examiner les faits a nouveaux et, quand ils refusent de les apprécier conscienacieusement^ ils manquent à leur mission, ils commettent a un déni de justice. » On ajoute : « Repousser, par des déa négations absolues, des faits attestés par des témoins noma breux et dignes de foi, est un système de discussion trèsce commode et qui abrégerait beaucoup le travail de la « critique. Si on l'appliquait, par exemple, à l'histoire, il a n'y aurait qu'à dire que l'on ne croit pas qu'il ait jamais « existe ni royaume de Macédoine, ni empire des Perses, et a qu'Alexandre le Grand est un mythe : alors messieurs de « l'Académie des inscriptions et belles-lettres eu auront bience tôt fini avec le passage duGranique et la bataille d'Arec belles. » On demande enfin, a s'il est possible d'admettre (( que, depuis soixante ans, des centaines et des milliers de (( témoins aient pu s'accorder, sur tous les points de l'Eua rope, à voir des faits, là où il n'aurait existé que des illu* « sions ? »
Nous ne prétendons point nous ériger en arbitre entre les académies et les magnétiseurs : nous nous bornerons à apporter au débat quelques observations dans l'intérêt de la vérité. Est-il exact de dire que les phénomènes du magnétisme animal sont absurdes, incroyables, et méconnait-on tous les principes de la science, en admettant leur existence ?
Peut-être ici suffirait-il* de répondre, que les faits, quelquefois brutaux à l'égard des systèmes, ne peuvent jamais être absurdes. Mais la question doit èïre ivdiiée à priori.
Il n'y a rien d'absurde à soutenir qu^un somnambule peut voir par le creux de l'estomac ou pair le bout des doigts, que son cerveau peut recevoir des sensations autrement que par les yeux ou les oreilles. Les livres de médecine offrent des cas nombreux dans lesquels les organes percepteurs des sensations ont été modifiés par la maladie. Le plexus gastrique, entre autres, est sujet, dans les affections hystériques, à acquérir une sensibilité qui va jusques à égdler celle des organes de la vue et de l'odorat. Les annales de la science ont conservé le souvenir de cet officier de TEmpire qui, opéré par Larrey, à la suite d'une blessure reçue à Wagram, entendait par la cicatrice de sa plaie (1).
Mais, dit-on, cette puissance de fascination exercée par le regard et la volonté du magnétiseur sur la volonté du somnambule ?
Là, non plus, aucune impossibilité.
La puissance de fascination, attestée par tous les auteurs anciens et par la tradition des siècles, a été niée par quelques savants modernes; on pourrait leur opposer le témoignage de tous ceux qui ont assez vécu dans l'isolement de la solitude pour observer lés habitudes des reptiles ; mais ils ne sauraient récuser celui de M. de Castelnau, ce voyageur dont la véracité ne peut pas plus être mise en doute que le talent d'observation. Empruntons-lui un petit drame de fascination. La scène se passe dans les forêts vierges de l'Amérique.
(( Un écureuil, perché sur une branche à environ vingt « pieds de terre, semblait immobile, tenant la queue re- <( dressée au-dessus de sa tête. Bientôt je le vis sauter ou plu- « tôt se laisser tomber sur une branche inférieure, un autre
(1) Comptes rendus de J' Académie des. sciences ^ année 1838; Mémoire du baron Larrey, p. 24.