‹ Essai sur la conservation de la vieChapitre 35 sur 146 · LA FORCE VITALE DOMINE LES FORCES CHIMIQUES · texte numérisé non relu

LA FORCE VITALE DOMINE LES FORCES CHIMIQUES

fruits, matières saccharines, pectine et acides végétaux. Cette masse va, dans votre estomac, se changer en chyme, puis eu cbyle, puis enfin encruor et en sang, dont les globulesmicroscopiques, apporteront, peu à peu, à chaque organe les éléments réparateurs de sa composition matérielle. Essayez, au contraire, de triturer la même masse alimentaire dans un appareil chimique, et vous n'obtiendrez que des fermentations putrides, des gaz méphitiques et des résidus dont aucune partie ne sera semblable ni au sang, ni à la matière organisée des nerfs ou du cerveau (1).

111. — Il est donc permis de soutenir que les lois de la vie animale dominent celles qui régissent les mouvements de la matière brute : nous pourrions ajouter qu'elles sont subordonnées jusqu'à un certain point, et dans certains cas, à des forces d'un ordre plus élevé encore; mais nous aurons à revenir sur ces considérations, quand nous traiterons des forces morales; ici nous ne nous occupons que des phénomènes physiques et organiques, et les faits que nous venons d'établir éclairciront ce qu'il nous reste à dire sur l'action des substances médicamenteuses.

Elles peuvent agir sur le corps humain : chimiquement, par l'assimilation de leurs atomes aux organes ; physiquement, par les réactions qu'elles déterminent ; enfin dynamiquement, par l'action des forces qu'elles dégagent ou qu'elles sollicitent.

Si votre sang appauvri ne contient pas assez de fer, des préparations de ce métal agiront peut-être chimiquement, en fournissant à l'assimilation les atomes ferrugineux qui lui

(1) Ici Ton pourrait peut-être m'objecter l'expérience de Spallanzani, qui est répétée tous les jours par les physiologistes modernes. On peut faire du chyme artificiel, il est vrai; mais comment? En employant du suc gastrique tout âaboré. Avec les éléments qui le composent, on n'obtiendrait rien. Si quelque jour on parvenait à changer du chyme en chyle , ce serait par un procédé analogue ; mais jamais avec de la matière brute, on ne fera ni un nerf, ni un œil, ni même une feuille de chou.

manquent. Ou pourrait aussi, jnsqu^à un certain point, expliquer chimiquenfient Faction bienfaisante de Tacide pbosphoriquesur la carie des os (1). Mais ces exemples sont rares ; et l'effet purement chimique des substances médicamenteuses sera toujours compliqué par des actes physiologiques et des phénomènes vitaux.

Si vous soupçonnez que Tintérieur des intestins n'a pas le degré de chaleur nécessaire pour accomplir le travail de la digestion, vous le faciliterez, en maintenant la région gaslri^ que à une température suffisante; voilà un exemple d'une médication purement physique. 11 en est de même quand vous appliquez de la glace sur la tête. Cependant, dans ces deux cas, il y a eu action ou neutralisation de forces ; et c'est dans ce sens que les i^iédecins rangent le calorique dans la classe des stimulants et considèrent le froid comme sédatif par excellence.

IV. — On le voit, l'action des médicaments esl presque toujours, nous pourrions même dire toujours, dynamique. C'est dans ce sens^ qu'un savant professeur de Montpellier . a désigné les substances médicamenteuses sous l'appellation plus générale et plus exacte d'agents pharmaco-dynamiques (2). Leurs effets sur le corps humain sont donc toujours le résultat d'une force qui, tantôt viendra en aide aux forces vitales, tantôt les contrariera dans leur action.

Voilà ce que Ton peut affirmer, dans l'état actuel de la science ; mais si l'on veut expliquer cette action, en préciser la nature, on est arrêté par mille obscurités. Pour bien comprendre l'action des forces curatives dans l'état de maladie, il faudrait connaître l'essence même de la force qui nous fait

(1) L'acide phosphorique est un des moyens les plus puissants pour dlnû" nuer les suppurations abondantes et pour arrêter la carie des os»

(JVbfe manuscrite du docteur Koreff,)

(3) GoLFiN, Études thérapeutiques sur la pharmacodynamie, Montpellier, 1845, p. 15.

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