ACTION DYNAMIQUE DBS MÉDICAMENTS
femmes le savent, s*il a mangé du persil ; mais les canards de nos volières en avalent tous les jours. Cependant ces deiix oiseaux n'offrent pas de différences notables dans leur construction intérieure, ni dans les phénomènes chimiques de leur vitalité.
Pourquoi enfin le venin des reptiles ophidiens, qui est si meurtrier, quand il est mêlé au sang par inoculation^ est-il sans effet ingéré dans Testomac ? Quelques savants répondront que, dans le premier cas, le venin agit à la manière des ferments et décompose le sang. Explication qui n'explique rien ; car on ne comprend pas pourquoi ce ferment si puissant n'agirait pas de la même manière dans les intestins et ne décomposerait pas d'abord les sucs gastriques, ensuite le chyme et le chyle où le sang vient puiser ses éléments tout formés.
Si l'on veut un phénomène qui aide à comprendre, si ce n'est la cause elle-même, au moins la nature de la cause de l'action des poisons, les annales de la science nous offriront la belle expérience de M. Breschet qui jette une vive lumière sur ces questions difficiles et qui cependant est à moitié oubliée parmi la multitude des expériences. M. Breschet a neutralisé les effets du venin des reptiles ophidiens au moyen d'un courant électrique. Voici comment a procédé M. Breschet. 11 a inoculé le venin à un oiseau qui au bout de quelques minutes est entré en convulsions, puis l'animal tombe sur le dos et expire. Mais d'autres oiseaux qui, après les premiers symptômes, ont été traités par un courant galvanique, ont été tous sauvés. On a mis un des réopbores de la pile en communication avec la petite plaie de l'inoculation^ l'autre avec un autre point du corps de l'animal : alors on voyait tous les accidents morbides disparaître peu à peu ' et l'animal revenir à la vie et à la santé (1).
Nous aurons peut-être à rappeler ailleurs cette expérience,
(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences ^ t. XI, p. 495; Mémoire de M. Breschet.
1Î6 CHAPITRE Vn.
d'on haut intérêt au point de >roe thérapeutique, ici, nous ne la considérons qu'au point de vue théorique, et elle démontre quMI y a eu, dans Faction du venin, une force perturbatrice neutralisée par une autre force. On arrive aussi à cette conclusion par d'autres expériences, dont les médecins n'ont pas voulu retirer d'applications utiles, on ne sait en vérité pourquoi.
Il est reconnu, par de nombreuses observations, que les individus soumis à l'usage de la strychnine acquièrent une extrême sensibilité aux excitations électriques, qui persiste même plusieurs semaines après qu'ils ont cessé de faire usage du médicament. Mais chose bnarre, la morphine, poison dont les effets sont totalement opposés à ceux de la strychnine, produit sur l'organisme humain la même sensibilité aux excitations électriques. Et, à cette occasion, un médecin de l'école de Paris disait, il y a déjà bien des années : « Gerce tains médicament^ pourraient bien posséder ta faculté « d^imprimer le mouvementé l'électricité naturelle du corps, « de la décomposer, de l'accumuler, puis de la distribuer Ci à des points inaccoutumés (1). »
Nous reviendrons ailleurs sur les propriétés électriques des agents pharmaco-dynamiques ; il suffit, ici, de bien con^ stater que les effets des poisons^ comme ceux des substances médicamenteuses, sont le résultat d'une force inhérente à ces substances, force perturbatrice venant contrarier les forces vitales dans le cas des poisons, force réparatrice, quand le médicament est Uen choisi. Nous pourrions entasser les preuves; mais, nous nous bornerons, pour épargner nos lecteurs, à une dernière expérience. C'est le savant historien de la chimie qui nous la fournira. Le 12 octobre 1840, M. Frédéric Hoefer avala 6 grains de perchlorure de platine et éprouva des symptômes analogues à ceux de Tempoison^' nement arsenical : l'expérience avait eu lieu dans l'intérieur
(1) V. Baillt, Mémoires de l'Académie royale de médecine, 1. 1, p. 158.