‹ Essai sur la conservation de la vieChapitre 39 sur 146 · ACTION DYNAMIQUE DES MÉDICAMENTS · texte numérisé non relu

ACTION DYNAMIQUE DES MÉDICAMENTS

cantbaridine qui a été absorbée par les tubes capillaires de la peau est entraînée dans le torrent de la circulation ^ et cette énergique substance agit sur l'ensemble de l'organisme par sa force propre et produit des pbénomènes qui {auvent être funestes, tout aussi bien que favorables. Enfin, un peu plus tard, l'ampoule est formée, le sang blanc s'y accumule, on l'en extrait, et la nature est forcée à un travail pour le remplacer. Tout cela sont des complications dont le médecin a rarement prévu toutes les conséquences. Si, au lieu d'un vésicaloire, le médecin a ordonné 18 grains dUpécacuanha, les choses se passeront à peu près d« même. Il y aura excitation d'abord vomitive,* puis drastique du tube intestinal, et, à cette secousse, succédera l'action de l'émétine sur la vitalité elle-même, action qui est sédative.

On pourrait tirer de ces observations bien des conséijuences : nous nous bornerons à celles qui nous ramèneront au but de cet ouvrage.

On peut d'abord avancer, avec quelque confiance, que les praticiens feraient bien d'être un peu plus sobres de ces révulsifs dont la méthode physiologique se montre trop prodigue.

On peut aussi conclure, que, si les traitements révulsifs peuvent être quelquefois utiles dans les maladies aiguës, il faudra presque toujours les proscrire dans les affections chroniques. Ici, nous laisserons parler un grand médecin. « 11 faut « le plus souvent des remèdes qui aident à vivre, qui donnent « des forces, qui remuent les passions nécessaires dans les (( divers états oii les hommes se trouvent. C'est à la médecine « à trouver ces remèdes... La thériaque et ses diminutifs, le « vin et ses diverses combinaisons réveillent l'activité et sou- (( tiennent la vie au lieu de l'affaiblir. Il est pourtant vrai « qu'il y a quelques occasions où les véritables cordiaux sont « des aqueux ou des relâchantss telles sont, par exemple, les (( maladies aiguës (1). »

(1) BoRDEU, OEuvres médicales, t. H, p. 564.

Voilà, clairement indiquée, la différence profonde entre le traitement des maladies aiguës et celui des affections chroniques, en même temps que la nature de ce traitement. L'illustre Barthez a été plus précis encore quand il a dit : <& Tout a le traitement de ces maladies consiste dans des alternatives « assidues d^excitations et de relâchement (1). »

On ne guérit donc les affections chroniques au moyen des médicaments, que parce que ces médicaments ont aidé la vitalité. Mais la vitalité est une force ; donc le médicament a agi en développant une force dont il apportait le principe. Mais nous avons vu que cette force médicamenteuse n'est pas inhérente aux atomes chimiques qui composent la substance : il faut bien cependant qu'elle soit quelque part. D'où il résulte nécessairement qu'elle ne peut se trouver qu'entre les molécules. Cette conclusion pourrait au besoin érte appuyée sur la belle application de M. Biot à l'analyse moléculaire par les appareils de polarisation. Ce savant a presque tranché la question quand il a dit... a Des substances c< absolument identiques dans la nature et les proportions de <c leurs éléments chimiques peuvent avoir des constitutions « moléculaires très-différentes. (2) »

C'est donc de la constitution moléculaire d'un médicament que dépend son action thérapeutique et, par conséquent, les médecins alchimistes avaient raison de chercher des forces dans les médicaments composés, car ces combinaisons de substances amènent de nouvelles combinaisons de forces faciles à décomposer et à mettre eu rapport avec les forces vitales.

Sous quelque point de vue que Ton envisage la question, on revient toujoursàcetteconclusion, que la médecine a fait fausse route, quand elle a proscrit d'une manière trop absolue l'emploi des médicaments composés et qu'il est temps d'y revenir, surtout lorsqu'il s'agira de traiter les maladies chroniques.

Mais il ne faut pas, de cette conclusion logique, passer à

(1) BAkiTHEJE, Consultations de médecine, t. II, p. 87.

(2) Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences, t. XI, p. 323.

Page 1