MÉDICATION PROPHYLACTIQUE
une autre qui ne le serait plus et nier Tcxistence des médicaments spécifiques, en même temps que celle des affections essentielles. A côté de chaque maladie, la divine Providence a permis quMI se trouvât un remède : c^est à Tintelligence qu*il appartient de le distinguer, h la main de le recueillir. On peut 4ire, dans un sens général, qu'il n'existe pas des maladies incurables, mais des maladies dont la médecine ne connaît pas le spécifique. C'est, pour la science, un vaste champ de recherches, où elle est souvent aidée paV le hasard, il s'agit seulement de ne passe laisser étourdir parla multiplicité des faits et de les classer dans un ordre logique qui permette à la mémoire de recourir, à chaque occasion, au médicament ou à Tassociation de médicaments qui lui est propre.
Le docteur Cartwright, le célèbre inventeur de la machine à carder, avait observé que lorsque, chez les bras^urs, on suspendait une pièce de viande qui commençait à se décomposer aa-dessus d'une tonne de bière en fermentation, la putridité s'arrêtait et la chair reprenait Taspect qu'elle offrait en sortant de Tétai du boucher. Frappé de ce phénomène, son esprit ingénieux conçut l'idée d'appliquer la levure de bière au traitement des affections putrides, et il obtint Jes plus heureux résultats. Pourquoi ce médicament a-t-il cessé d'être employé? comment n'a-t-il pas pris sa place parmi les spécifiques? voilà des questions qui^ aujourd'hui, n'aboutiraient qu'à des controverses : il suffît de les poser ; c'est au temps à les résoudre.
V. — Reprenons le fîl de nos raisonnements. , Les affections chroniques peuvent être combaltues par des médications spécifiques. Mais ces maladies, qui se manifestent par une perturbation dans telle ou telle fonction organique, ont toujours, pour cause première, une perturbation des/orces vitales, par conséquent le traitement qui les aura guéries est venu en aide à ces forces ; par conséquent aussi des moyens analogues peuvent agir jusques à un certain point sur les mêmes forces, quandelles seront troublées par les infirmités
de l*âge et raffaiblissenient de la vieillesse. Ceci est d'une logique rigoureuse.
11 est impossible de nier la connexité qui existe entre les infirmités des vieillards et certaines affections chroniques de l'âge mûr, entre la décadence des forces dans la décrépitude, et la vieillesse anticipée de ces jeunes hommes qui ont épuisé leur vie dans Texcès des jouissances. Or, si dans ce cas, comme dans celui des affections chroniques, il est possible, ainsi que nous venons de rétablir, d'opposer des traitements spécifiques qui agiront sur les forces et rétabliront jusqu'à un certain point l'équilibre des fonctions, ilesl bien évident qu'il est possible aussi, par des traitements de même nature, de modifier les infirmités des vieillards et de conserver intacte, jusqu'au dernier moment l'intégralité des forces dont la volonté toute-puissante a animé la machine humaine.
Mais, dira-t-on, si les forces médicamenteuses peuvent agir sur les forces vitales dans un sens de conservation, pourquoi ne les conservent-elles pas indéfiniment ? Si elles ne le peuvent, on niera l'action conservatrice.
L'objection est plus spécieuse que solide. Les agents immatériels, que la science moderne a nommés des forces, ne gouvernent les mouvements des choses, que dans le cercle des lois générales de la nature ; et quand les lois de la vie amènent cette modification que nous appelons la mort, rien ne peut arrêter leur effet, si ce n'est une intervention plus haute encore de la volonté divine, c'est-à-<lire un miracle. Mais aussi longtemps que la force vitale demeure unie au corps, elle agit dans le cercle qui lui a été tracé, c'est-à-dire la conservation de l'être humain, et, dans ces limites, il est loisible à l'homme d'aider son action, tout aussi bien que de la contrarier.
Passons à une autre objection qui soulève des difficultés plus graves.
Nos arguments principaux reposent sur la possibilité de
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modifier toutes les^iffections chroniques ; on niera cette possiinliié en s'appuyant sur un fait malheureusement trop réel, c'est qu'il est un grand nombre de maladies chroniques que la médecine ne peut pas guérir.
Ici, nous pourrions répondre par de nouveaux arguments à priori ; mais les lecteurs se fatigueraient de ces discussions abstraites ; il est plus simple d'opposer un fait à un fait.
La preuve qu'il est dans Tordre des choses possibles de dé* couvrir des spécifiques contre toutes les maladies, c'est que tons les jours^on en trouve. Ni Hippocrate ni Galienne connaissaient aucun véritable spécifique contre les fièvres d'accès ; les modernes, pins avancés en ce sens, possèdent le quinquina.
Nous pourrions aussi faire observer que Tor, le mercure et l'iode peuvent, jusques à un certain point, être considérés comme des médicaments spécifiques de certaines affections chroniques; et si ceux-là ont été découverts, il est possible d'arriver à en trouver d'autres. Le brome, par exemple, peut devenir un précieux adjuvant de l'iode, pbur la guérison des affections chroniques où domine Télément douleur. On pourrait aussi utiliser quelques-uns de ces corps nouveaux dont les travaux des savants modernes ont enrichi les nomenclatures chimiques. L'alloxane, entre autres, pourrait fournir un excellent spécifique dans certaines affections de la rate et du foie.
MaîS) soit que l'on ait recours, pour guérir les maladies et pour conserver la santé, à des substances déjà connues ou à des médicaments nouveaux, il ne faudra jamais perdre de vue quQ les agents pharmaco-dynamiques agissent sur la vie en dégageacit des forces qui viennent tantôt stimuler, tantôt aider son iravail réparateur ou conservateur. On facilite ce 'dégagement, on en obtient une action plus homogène à la complication des actes vitaux, en employant, au lieu de médica^ ments simples, des associations de médicaments. C'est ainsi que l'or, cet excellent stomachique nervin, produit souvent des accidents s'il est administré par quelque médicastre, souy
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forme de chlorure ; mais il sera parfaitement toléré, par les femmes les plus délicates, sous forme de cyanure d'or et de fer, ou, encore mieux, sous celle de succino-phosphate d*or et de fer. Tantôt, dans les associations de médicaments, les forces de même nature s'aident mutuellement dans leur action ^ tantôt les forces contraires se neutralisent pour former une sorte de résultante d*un effet nouveau et qui peut être utilisé par l'habileté du médecin.
Enfin nous sommes autorisés à répéter ce que nous disions, il y a bien des années, de l'utilité des associations de phosphates et de benzoates pour combattre ou prévenir un grand nombre d'affections chroniques. Quinze années d'études et d'expériences ont fait passer nos convictions à l'état de certitude ; et quand les médecins entreront sérieusement dans cette voie, ils trouveront des moyens nouveaux, et auxquels personne ne songe aujourd'hui, de rétablir et de conserver l'équilibre des fonctions. Nous reviendrons ailleurs sur cette importante question ; il suffit, ici, d'avoir établi qu'elle n'est pas aussi insoluble qu'on le croit en général.
Terminons donc en affirmant la possibiUté de prévenir la plupart des infirmités de la vieillesse, qui résultent presque toutes d'une affection ou d'une prédisposition maladive; par conséquent, de combattre la caducité et de conserver la santé jusques au terme de la vie naturelle, qui, nous l'avons déjà démontré, devrait dépasser un siècle. H résulte aussi des faits qui ont été établis dans le livre précédent et de ceux qui viennent d'être exposés dans ce chapitre, que l'hygiène et le régime ne suffisent pas pour atteindre ce résultat, et qu'il faut souvent venir en aide aux forces vitales, par les forces empruntées aux agents pharmaco-dynamiques. Mais si les forces développées par les substances médicamenteuses, et mieux encore par les associations de substances médicamenteuses, peuvent aider les forces vitales à lutter contre les affections chroniques, ou contre les prédispositions maladives, à plus forte raison peuvent-elles les aider aussi qu^d il ne s'agit