LE CAL. EST UNE FOBCE ET NON PAS UN IMPONDÉBÂBLE. J
sMe ; quand les panthéistes ont divinisé la matière, quand ils Font supposée douée de la propriété de reproduction et de création, je les ai compris. L'homme ne peut se passer de l'idée d*unDieu: ils ont détrôné le leur, pour se mettre à adorer des pierres, de Feau, des gaz, ce qu'ils appellent la nature 1 Ceci est clair et net; c'est la négation de toute intelligence, la souveraineté de la matière* Mais je ne cpmprends plus nos sa* vants et nos facultés avec leurs obscurités ambiguës; ils veu* lent se maintenir dans ce juste milieu entre Terreur et la vérité qu'on appelle l'écltictisme ; mais alors, il leur faut supposer des absurdités dont rira bien le vingtième siècle.
Puisqu'il faut absolument des hypothèses , là où la matière échappe, où le flambeau de l'expérience ne peut plus éclairer nos sens, pourquoi la science craint-elle d'emprunter à l'idée chrétienne ; pourquoi ne viendrait-elle pas, le Catéchisme et la Genèse à la main, le saint nom de Dieu à la bouche et l'humilité dans le cœur, déclarer hautement que l'univers entier n'est qu'un grand dualisme. Dieu et les choses créées ; que tout ce qui est en dehors de Dieu^ n'existe que par la volonté toute-puissante, et que cette volonté, en façonnant la matière, lui a imposé des lois qui gouvernent ses combinaisons. Dans ce système, tout s'enchaine, tout s'explique : la matière est inerte, mais sans cesse sollicitée par des forces ; ces forces, dont la science admet déjà quelques-unes, sous le nom de gravitation, d'affinité, de cohésion, de force vitale, se manifestent à nos sens seulement par les phénomènes qu'elles occasionnent ; et, par conséquent, la chaleur, la lumière et l'électricité, causes de modifications analogues dans l'état moléculaire des corps, devront ausçi être rangées parmi les forces. En attendant que les savauts aient consenti à admettre une telle classification et à rayer de leurs nomenclatures cette absurde dénomination d'impondérables, nos lecteurs nous permettront de considérer comme des forces, et npo pas comme des fluides, les trois principes de tousles grands mouvements de la vie universelle.
Pour nous donc, le calorique est une force : force d*expan* don et de dilatation de la matière brute, force stimulante de toutes les fonctions vitales dans les corps vivants. Mais cette force, intimement liée à la force vitale, en est-elle séparée dans son essence, ou bien, comme le pensent quelques auteurs, ne font-elles qu'un seul tout? Voilà ce qu'il est bien difficile à la science de décider. Peut-être ne conna!tra-t-elle jamais le dernier mot de ces hautes questions : si Fhomme savait tout, il pourrait tout ; et telle n'est pas sa destinée ! B6rnons*nous donc, en ce qui touche le calorique humain, à étudier les faits et à en déduire des conséquences. Ici, Ton marche sur un terrain solide.
Tous les phénomènes vitaux indiquent une intime connexité entre la puissance qui nous fait vivre et le calorique, de sorte que, dans la pratique, on peut admettre, ainsi que nous Pavons établi plus haut, une identité d'effets et de causes. D'où il résulte qu'il est possible d'agir sur la vitalité elle-même en diminuant, développant ou conservant le calorique humain.
Ceci bien compris, nous arrivons à deux questions souvent confondues , mais qu'il convient de séparer pour plus- dé ^clarté :
Nécessité de conserver la chaleur intérieure, en arrêtant son rayonnement au dehors ;
Utilité et possibilité de développer au plus haut degré d'intensité le calorique humain, et par conséquent, 1 énergie du principe vital.
Nous allons jeter un coup d'œil rapide sur ces deux questions. La première rentre dans le domaine de Thygiène ensei» gnée dans les livres ; l'autre se rattache plus particulièrement aux problèmes que nous cherchons à résoudre ; et peut-être iious fournira-t-elle quelques observations nouvelles.
III. -^ Les vêtements sont la plus ancienne et la plus 'Simple des précautions» pour conserver notre chaleur intérieure. Dieu, en donnant à l'homme un tissu cutané dont la
CONSERVATION DE LA CHALEUR VITALE. 168
porosité le livre sans défense aux intempéries des saisons, lui ja appris en même temps qu'il devait veiller sans cesse sur cei étincelles de vie, qui tendent toujours à s'échapper et que Fin* dustrie humaine doit arrêter au passage.
Mais les vêtements ne sont pas le seul moyen de conserver le calorique intérieur ; les aliments y contribuent. Ceci est assez généralement admis, pour qu'il ne soit pas nécessaire d^entrer dans de longs développements. Chacun sait que dans la funeste expédition de Russie, le manque de nourriture ou les mauvais aliments, ont tué plus de braves que le froid. Nous avons tous le sens intime de cette nécessité de l'esi^ce humaine, qui nous fait rechercher une plus grande masse de substances alimentaires, à mesure que la chaleur atmosphérique diminue d'intensité. C'est que la nourriture habituelle de rbomme lui apporte par la digestion et Tassimilation, une double cause de chaleur vitale, La digestion nécessité des dé* compositions et des recompositions, qui, ne peuvent s'opérer sans un dégagement de calorique; et l'assimilation fortifie nos organes en leur incorporant des éléments dont l'essence même est de conserver le calorique ; tels que le carbone, le soufre et le phosphore.
Ces deux dernièi'es substances existent dans tous nos aliments les plus habituels, en quantités infiniment petites, il est vrai, mais enfin on en trouve des traces. Admirable méca<nisme humain, qui concentre dans cette machine si frêle^ en apparence, les éléments de vie dispersés sur un globe tout entier, et qui rétablit sans cesse l'équilibre par les causes mêmes qui tendent à le troubler ! Sagesse et puissance infinies, que l'on aperçoit dans le grain de sel et dans l'animalcule microscopique ; mais qui éclate surtout dans Thomme, merveille et roi de ce monde !
Enfin, nous cherchons à conserver notre chaleur naturelle, en créant dans nos habitations des atmosphères factices, qui rétablissent l'équilibre entre la chaleur ambiante qui nous entoure et celle que nous portons en nous-mêmes.
' Ici nous devrions peut-être envisager sons le point de vue hygiénique les divers modes employés dans! les paysfroids, pour échauffer les appartements^ ef ceux que Ton pratique dans les climats chauds pour les ventiler et les assainir. Mais en traitant ainsi cette importante question, nous tomberions dans lés lieux communs et les vulgarités ; il vaut mieux, pour l'éclaircir» se placer un peu plus haut, et e^Laminer, si la chaleur est en elle-même plus appropriée que le froid à la conservation de la vie humaine.
Cette controverse est aussi vieille que la science.
IV. — U serait plus curieux qu^ntile de citer les diverses opinions soutenues à cet égard par les plus beaux génies de l'antiquité. Au moyen âge, la question n'était pas résolue ; car nous voyons quelques-uns des commentateurs d'Aristote oser soutenir, contre la parole du maître^ a que les habitants c< des pays froids vivent plus longtemps que ceux des pays « chauds. » Qtujeritur^ utrum habitantes in regionibus frigidis sint longions vitœ quam habitantes iti calidis ? et arguiluVy quodnon{\).
Encore aujourd'hui c'est une opinion assez généralement admise, même parmi les savants. Il n'est pas sans intérêt de la discuter, car, dans la pratique, elle conduit à de graves erreurs.
: c( On observe, dit le profond Stahl, que les personnes ac- « cotitumées à vivre dans un air froid sont moins facilement « affectées par une extrême chaleur que celles qui vivent dans a un climat chaud ne le sont par un froid excessif. » Un grand médecin tire de cette remarque la conséquence que, « chez les premiers, le corps contracte une fermeté qui est à (( l'épreuve des vicissitudes des saisons, tandis qu'il s'éùerve « dansTair où réside une constante chaleur (2). x>
(i) Quœstiones et decisiones insignium virorum. ParisUs. MCCCCCVIII, fol. L.
(?} ÂLiBERT, Éléments de thérapeutique, t. II, p. 29.