SALUBRITÉ COMP. DES .CLIMATS CHAUDS ET FROIDS
-^ Malgré toute la déférence due à deux mailres de la sciencei on doit repousser cette assertion basée sur une observation juste en elle-même, mais dont on tire une conséquence qui Q^est ni logique, ni conforme aux faits.
La théorie d'Aliberl a été bien souvent répétée depuis Tacite, qui Ta exprimée avec son éloquente concision (1); elle n'en est pas plus exacte. Pour qu'elle fût vraie^ il faudrait que toutes les nations qui habitent les pays chauds fussent lan* guissantes et énervées ; c*est ce qui n'est pas, ce qui n'a jamais été. L'antiquité a vu Babylone et Ninive tomber sous les coups d'un peuple venu du nord ; mais ce n'était pas le climat qui . avait énervé les Assyriens; ils ont succombé par les vices de leurs institutions. Nous reviendrons ailleurssur cette influence des institutions sur le moral et le physique des peuples; ici, il nous suffira de faire observer en passant que les physiologistes sont d'accord avec les politiques à admettre le fait. M. Virey (2) ditformellement que a la forme desgouvernements « contribue avec la nature des religions à comprimer ou à « exalter l'énergie des peuples et peut accroître ou diminuer «la force nerveuse dans une nation. » M, le professeur H. Combes (3) a comparé les crânes des vieux citoyens de la république trouvés dans les catacombes, avec ceux des Romains de notre époque ; et il a reconnu des différences marqnées.
Chez les uns, il a trouvé des fronts déprimés, des crânes rétrécis dans leur partie antérieure et supérieure, tandis que leur partie postérieure présentait une extension peu commune ; un large trou occipital, qui devait donner passage à une moelle épinière d'un fort volume, enfin tous les caractères d'une race adonnée aux exercices du corps, d'un peuple belliqueux et féroce.
Chez les Romains de notre époque, au contraire, il a observé <}es conditions organiques entièrement difiérentes. La partie
{\) De moribus Germanorum,
(2) De la physiologie dans ses rapports avec la philosophie^ p. 209.
(3) De la médecine en France et en Italie ^ p. 416.
frontale vaste et proéminente ; roccipitalepetite, Tarcade zygomatique à peine convexe ; le point du temporal où s^attache le masséter à peine sensible; tous les caractères enfin d'un peupla pacifique et plus disposé aux exercices de rinlelligence qu'aux rudes travaux de la guerre.
Ici la phrénologie s'accorde avec l'histoire. Rome antique a vaincu le monde par l'épée, Rome moderne Ta gouverné, le dirige encore par la plus noble des facultés de Tespèce humaine, l'instinct religieux.
Cette digression nous écarte de notre sujet ; nous y rentrons en disant , avec le savant professeur de l'école de Paris déjà cité : a L'homme n'a, dans son état naturel, que des a moyens très-bornés de résister aux effets du froid, tandi^ a qu'il est éminemment propre à supporter une température c( élevée ; ce qui démontre qu'il est indigène des climate chauds c( ou tempérés (1 ) ; » observation qui est prouvée par les faits: l'homme se multiplie et devient robuste dans les sables de l'Asie et de l'Afrique, pourvu qu'il y trouve quelques dattes et de l'eau ; les populations énergiques de ces déserts brûlants sont incontestablement supérieures à la race chétive des Lapons et des Esquimaux.
Nous voilà donc ramené à notre point de départ.
V. — La chaleur est, en même temps, un des éléments du principe de vie et une force répandue dans tous les corps de la nature ; l'homme, en s'assimilant celte force, augmente son propre calorique analogue, au moins dans ses effets appréciables, à celui qui est développé par les combinaisons des corps. Un fait décisif prouvera cette dernière assertion. L'homme, sous l'empire d'une passion violente, par exemple, en proie à un brusque mouvement de colère, a la faculté de développer instantanément un haut degré de calorique mesurable au thermomètre, comme celui qui serait dégagé par une
(1) Pelletan, Physique médicale, t. H, p. 2f 0.
COMMENT DÉVELOPPea LE CALORIQUE VITAL. 167
coQibustion. Dé inéme^ une frayeur subite produit un friseon, noie sensation de concentraMon intérieure, bientôt suivie d^uq abaissement de température davs tous les organes. Voilà des phénomènes calorii]ues produits spit par la force instinctive, soit par la force intellectuelle, mais qui sont de même nature que ceux qui aviraieotéié produits par des causes physiques ou ^^himiques. On est donc autorisé à penser que Thomme peut modérer ou développer Tintepsité d'action de ses forces vitales, en diminuant ou augmentant son propre calorique. C'est ce que font les médecins dans la plupart des maladies ; c'est pour cela que les thérapeutistes classent la chaleur paraii les médicaments stimulants et emploient la glace comme le sédatif le plus puissant. Presque tous les médicaments développent ou modèrent la ebaleur vitale et on les applique plus ou moins à propos^ d'après ces propriétés. Un homme vient d'éprouver une chute grave, ou bien une violente émotion morale; les effets sur l'organisme sont identiques, quoi qu^en puissent dire MM. les organiciens : dans l'un ou l'autre cas, saignerez- vous immédiatement, appliquerez-vous les sédatifs, les antiphlogistiques? Non sans doute ; car il y a diminution deforces, ,et frissons : la puissance vitale, la force médicatrice naturelle, abandonne les extrémités,, se réfugie dans les profondeurs intimes 'de l'existence, pour y prépai?er une crise de réaction qui se manifestera, quelques heures plus tard, par une fièvre d^rritation accompagnée d'un grand développement de chaleur. Pour traiter ce malade rationnellement, il faut aider ces mouvements naturels et, d'abord, avoir recours aux médicaments stimulants qui raniment la chaleur, des vulnéraires, du thé, du vin ; plus tard, quand la réaction a lieu, si elle est trop violente, la modérer par des saignées et des antiphlogistiques.
Ce travail réparateur de la force médicatrice aidé par la force calorique est surtout utile au chirurgien. Le célèbre Larrey a constaté que les blessés et les amputés de l'armée d'Egypte guérissaient plus vite et plus sûrement que dans les
i68 CHAPITRE IX.
guerres d'Allemagne. Observation profonde qui a conduit à inventer les appareils à air chaud. Il est vrai, comme nous venons de le dire^ que dans certains cas, il y aura irritation, c'est-à-dire excès du calorique vital et qu'il faudra le modérer par les moyens réfrigérants, tels qu'un filet d'eau froide tombant continuellement sur l'organe irrité. Mais dans ces deux modes d'agir^ c'est toujours le calorique vital que Ton modifie. Ce que l'on fait sur Thomme malade, on peut le faire plus facilement encore sur l'homme sain ; par conséquent, dans un sens général, il sera toujours possible d'agir sur la vitalité elle-même en développant , ou modérant le calorique humain.
Mais, avons-nous dit^ cette chaleur humaine est une force, sinon absolument identique, au moins analogue et homogène à la force calorique répandue dans la nature entière ; d'où il résulte que l'on pourra agir sur le caloriciue humain, soit par la chaleur propre du rayon solaire, soit par la température du milieu atmosphérique dans lequel on se trouvera.
Nous serons bref en traitant du calorique lumineux ; non qu'il n'y eût beaucoup à dire, mais pour ne pas abuser de la patience de nos lecteurs, qui doivent désirer de savoir où nous en voulons venir. Nous aussi^ nous avons hâte de laisser les citations et d'exprimer notre pensée tout entière.
VU — On a disputé bien longtemps sur la lumière et la chaleur ; on a demandé s'il y a identité parfaite entre la flamme d'un brasier, celle d'une lampe et le rayon solaire. Bernard Telesio a soutenu l'affirmative, contre l'opinion d'Averrtiès (1). Les modernes ont continué la controverse. Mais enfin les expériences de M. Delarive semblent avoir dé-^ cidé la question dans le sens du philosophe calabrais, au moins en cequi touche lalumière électrique. Ce savant^ « en
'-'(l) B. Telgsius Cosentinus, De rerum nahira, Neap. 1597, fol. 155. -