‹ Essai sur la conservation de la vieChapitre 50 sur 146 · APPLICATION DU PHOSPHORE A LA VIE HUMAINE · texte numérisé non relu

APPLICATION DU PHOSPHORE A LA VIE HUMAINE

de nous guérir, néglige les moyens de nous faire vivre ? Pour expliquer Finjuste discrédit où est tombé le phosphore, il faut remonter à d^autres considérations. Nous avons déjà reconnu que plusieurs fois, F usage du phosphore a amené, chez des malades, des combustions spontanées ; mais pourquoi ces accidents ont-ils eu lieu ? parce que l'on a voulu employer le phosphore, comme les autres médicaments aussi près que possible de ce que Ton appelle l'état de pureté. Pourquoi les médecins se sont-ils obstinés à cette faute, pourquoi ne savent-ils pas trouver un juste milieu entre brûler les entrailles de leurs malades, ou renoncer à un médicament éminemment vital ? Parce que la médecine a oublié Fancien axiome de nos pères, nihil simplex, nihil /ixum^ natura prodticitj et qu'elle n'a voulu employer que ce qu'elle appelle des médicaments simples. Mais ces médicaments prétendus simples, sont des produits de l'art et n'ont rien d'homogène à nos organes. Si, au lieu d'expérimenter cette substance appelée phosphore par les chimistes, et qui pourrait bien n'être qu'une des formes d'un principe à découvrir, on eût cherché des combinaisons ou des amalgames nouveaux, il eût été facile d'en trouver qui auraient agi sur l'ensemble de l'organisme^ sans brûler les organes. Une saine théorie nous démontre donc que les préparations phosphorées doivent être compliquées pour être assimilées.

IX. — L'étude des procédés de la nature en eût appris tout autant.

De quelque manière que se forme ou s'agglomère le phosphore que l'analyse chimique retrouve dans nos principaux organes, il n'est pas arrivé dans nos entrailles sous la forme que nous lui connaissons : car nulle part dans la nature, il n'existe à l'état libre. Cette substance est mêlée, il est vrai, à plusieurs de nos aliments, mais dans un état d'infinie divisibilité et à des doses tout à fait homœopathiqucs.

On n'a peut-être pas assez insisté sur les rapports entre la

composition chimique des aliments les plus usuels et celle de nos organes. Les cervelles d'animaux, les laitances des poissons, les huîtres, en un mot toutes les nourritures que Ton considère comme légères et qui sont conseillées aux convalescents, sont aussi celles qui, proportionnellement à leur masse, renferment le plus de phosphore. Un médecin allemand, le docteur Siemerling, a même prétendu que Ton pouvait guérir la phthisie en nourrissant les malades de laitances de harengs (1).

Bien avant lui Morton, qui a laissé un si beau travail sur cette cruelle maladie, la traitait par des mélanges où les combinaisons phosphorées jouaient un grand rôle (2).

Mais si Ton veut absolument des preuves expérimentales établissant que le phosphore, en lui-même, n'a rien de contraire à la vie humaine, on les trouvera dans un mémoire du docteur Théophile Roussel (3) sur les maladies des ouvriers employés dans les fabriques d'allumettes phosphorées. Enfin l'action vitale du principe phosphore est démontrée par Futilité de Tacide phosphorique pour combattre les plaies de mauvaise nature (4). Déjà nous avions cité ce fait remarquable.

C'est ainsi que la clinique médicale peut servir à éclaircir les obscurités de la science de la vie.

Nous répétons donc ce que nous avons dit en parlant de l'oxygène.

La nature ne fait point arriver le phosphore à nos organes à l'étal libre; nous le suçons avec le lait de notre nourrice, il est mêlé au gluten du pain de l'adulte ; on le retrouve dans les aliments généreux qui soutiennent les forces du vieillard. Tels sont les enseignements qui doivent nous guider dans

(1) BvFELxm Journal der praktischen Heilkunde, Seplember 1821.

(2) MoRTON, Phthisiologia^ Lugduni, 1737, 2 vol. in- 4©, passim.

(3) Mémoire inséré dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XXII, p. 292.

(i) r^ote manuscrite du docteur Koreff.

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