‹ Essai sur la conservation de la vieChapitre 52 sur 146 · IV. De l^électricité humaine, son influence · texte numérisé non relu

IV. De l^électricité humaine, son influence

SUR les fonctions. — y. Erreur des médecins dans l'emploi de la

FORCE électrique. — VL ACTION

électrique du raton violet. — VIL Électrisation par

les passes magnétiques et les appareils

électro-magnétiques.

VIIL Application de l'électricité a la conservation de la vie.

L — LMndustrie humaine a déjà obtenu de merTeilleuses applications de ces phénomènes appelés électriques, galvaniqueSy magnétiques ; peut-être conduiront-ils la génération qui va nous succéder à des résultats plus surprenants encore. Mais quand on demande à la science de définir la cause même de ces phénomènes, elle répond par des dissertations et des hypothèses qui n'aboutissent qu^à des complications et à des obscurités. On avait d'abord pensé pouvoir suppléer à une définition, en appelant l'électricité un impondérable, mot vague et qui ne peut servir qu'à fausser les idées ; nous l'avons déjà démontré. D'autres ont supposé un fluide^ expression évidemment impropre ; car l'hypothèse toute gratuite de ce fluide impossible à saisir ne peut expliquer tous les phénomènes électro-magnétiques, et elle ramène à cette autre supposition des théories panthéistes, Véther doué de facultés inhérentes à son essence, c'est-à-dire la divinité de la matière. Peut-être quelques savants de notre époque ont-ils fait un pas.

vers la vérité, en considérant Télectricilé comme une propriété des corps. Il parait aujourd'hui bien établi que toutes les substances connues sont susceptibles de produire des phénomènes électro-magnétiques. « Tous les corps naturels « obéissent à l'action du magnétisme, comme, le premier, a Ta observé Coulomb, et principalement les matières orga-

c( niques, les roches et les minéraux Les propriétés

(c magnétiques des corps varient avec leur état molécu- « laire (1). » Ainsi s'exprime un savant chez lequel la science électrique est une tradition de famille. Les relations intimes entre les changements moléculaires et les phénomènes magnéto-électriques sont aujourd'hui bien reconnues. On sait que le mouvement, la torsion, la rupture d'une barre de fer influent sur son état magnétique, et que, de même, l'aimantation en modifie l'élasticité ; c'est-à-dire qu'en modifiant l'état moléculaire, on modifie l'état électrique et réciproquement (2).

Mais si l'électricité modifie les combinaisons de la matière, et si, d'un autre côté, la matière est essentiellement inerte, incapable d'action jusques à ce qu'elle soit sollicitée par des forces, il résulte nécessairement que Télectricité n'est pas une matière, mais une force.

On nous permettra donc de ranger Télectro-magnétisme parmi les forces ; c'est-à-dire parmi ces causes delà vie universelle imposées aux mouvements des corps. La matière, dirons-nous, est inerte, et cependant tout change , tout se meut dans la nature ; depuis les globes emportés dans l'espace par un double mouvement de rotation, jusques à ces infiniments petits qui naissent, s'agitent et meurent dans une goutte d'eau ; depuis le dur rocher qui se désagrège sous la triple influence du rayon solaire, de l'eau et des vents, jus-

(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t XX, p. l709; mémoire de M. Edmond Becquerel.

(2) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XIX, p. 229; Mémoin de M. Wertheim

ACTION DE l'ÉLECTBICITÉ SUR LES CORPS. 183

ques à l'homme qui tient à la terre par sa composition atomi^ que, qui se rattache à la vie universelle par Taclion des forces physiques et chimiques sur sa propre vie, et qui règne sur ce globe par une force d'un ordre supérieur encore, celle de son intelligence.

Il y a donc, entre toutes les forces, des connexilés : ceci est un fait admis par la science. Suivant la belle explication de M. Faraday, tous les rayons lumineux sont éleclrisés ; toutes les combinaisons électriques dégagent de la chaleur ou de la lumière. De même, nous dit un autre savant, l'air est dilaté par le magnétisme comme il l'est par la chaleur (1). Cependauty ces analogies n'établissent pas une identité absolue dans les causes qui produisent les phénomènes, surtout quand il s'agit de l'action des forces dont nous nous occupons sur la matière inanimée. Un savant physicien de Genève a parfaitement résumé ces rapports et ces différences. « Plus on étudie « les phénomènes que présente l'électricité, plus on arrive « à reconnaître que cet agent diffère, dans la forme sous « laquelle il se présente à nous, de la lumière et du calori- « que, quoiqu'il ait avec eux des rapports intimes. Ainsi, (( tandis que la lumière et le calorique peuvent, à Tétat « rayonnant, se manifester indépendamment delà matière c( pondérables, l'électricité ne paraît pas pouvoir en être jatt mais isolée (2). »

II. — On peuldonc établir que Télectricité jo ue, dans les corps inorganiques, le rôle de ce principe mystérieux appelé force vitale dans les corps animés. En effet, si vous divisez un barreau aimanté en deux parties égales, chaque moitié sera instantanément constituée comme le barreau primitif, pôle positif, pôle négatif, centre neutre. Poussez ces divisions aussi

(1) Comptes rendus de l* Académie des sciences, t. XXVi, p. 227. Expériences de M. Plucker.

(2) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XU, p. 9J4 j Mémoire de M. Delarive.

loin que le permettra l'imperfection des instruments humains, TOUS aurez toujours un barreau doué de propriétés électriques parfaitement identiques à celles du barreau primitif, comme si cette faculté d'attraction et de répulsion était la vie et l'âme du métal. De même, si tous divisez en deux moitiés égales, certains zoophytes, dont les noms m'échappent et que la science a classés au plus bas degré de l'échelle animale, TOUS aurez bientôt deux animaux exactement semblables à l'animal primitif, et pourvus, suivant l'expression de quelques physiologistes, d'un pôle positif à l'extrémité supérieure, à l'autre d'un pôle négatif.

Mais ce sont surtout les belles recherches de MM. Coste, Serres, Flourens, et d'autres savants encore, sur l'embryogénie et l'ovologie, qui ont fait découvrir de curieuses analogies entre l'action de la force électrique sur la matière inorganique et sur celle qui est animée du souffle de la Tie.

Placez une feuille de papier sur un aimant, jctez-y une poignée de limaille de fer : aussitôt, les particules de poussière ferrugineuse viendront se grouper, dans un ordre invariable, au-dessus du barreau aimanté, moitié au pôle positif, moitié au pôle négatif. Les mêmes phénomènes ont été observés dans l'incubation des œufs. Les globules circulent dans le liquide albumineux sans observer aucun ordre déterminé; mais dès que l'œuf a été soumis à l'incubation, ces globules viennent s'arranger le long d'une ligne qui est le germe de la colonne vertébrale, et ils s'y agglomèrent dans le même ordre que la limaille le long du barreau aimanté. Mais qu'est-ce que l'incubation ? Le déve- Ipppement constant d'up certain degré de force calorique : or nous avons établi les rapports entre la force calorique et la force électrique, et nous savons que l'on ne peut pas développer du calorique sans dégager de Télectricité. Par conséquent;, on peut admettre que la force qui donne à la barre de fer ses propriétés, agit aussi dans le développement de Fembryon. Par conséquent aussi, on est autorisé à affirmer que

Page 1