ÉLEGTRISATION PAU LES PASSES MAGNÉTIQUES
bientôt, nous l'espérons, elle deviendra féconde en applications utiles. Déjà peut-être nous pourrions en indiquer quelques-unes^ qui découlent de nos propres observations, encore incomplètes sans doute ; car à chaque instant^ depuis quelques années, nous sommes arrêté par l'insuffisance de nos moyens d'expérimentation. Mais nous ne voulons pas mériter le reproche trop souvent adressé à ceux qui demandent à la pensée de leur ouvrir des routes nouvelles : nous renfermerons en nous-méme nos espérances, illusions peut-être ; et nous nous bornerons à soumettre à nos lecteurs quelques extraits, détachés des cahiers où nous consignons les résultats de nos expériences. Ces récitjs naïfs seront moins fatigants que des dissertations scientifiques.
M"' A... âgée d'à peine 23 ans, est, depuis près de 5 ans, attaquée d'une affection hystérique rebelle à tous les traitements ; elle est sujette à des crises effrayantes et très-rapprochées et, dans les trop courts intervalles de ces attaques, elle souffre des douleurs constantes et intolérables à la tête, à la poitrine et à Fépigastre : dégoût invincible des aliments, suffocations, palpitations de cœur, froid glacial aux pieds , aux mains et aux genoux; telle est la complication des souffrances qui a porté sur le moral de cette jeune personne au point d'alarmer pour sa raison autant que pour sa vie. Sa famille et son médecin l'ont confiée aux soins de l'auteur de ce livre. Il a d'abord essayé quelques légers médicaments : elle n'a pu rien supporter ; les doses les plus minimes provoquent des crises douloureuses ; il a alors eu recours au magnétisme, par les procédés ordinaires, et, ayant obtenu un peu de calme, il a cru que c'était le cas de multiplier sa puissance magnéto-électrique, par la force dégagée d'un appareil. Une pile de WoUaston a été employée ; et^ dès les premières passes, le pouls de ' la malade s'est abaissé, ses membres crispés se sont affaissés et détendus, ses paupières se sont fermées, et elle a été plongée dans cet état que l'on appelle som-
nolence magnétique. Ici, s'est engagé un de ces colloques qui donnent tant d'intérêt aux séances des magnétiseurs. Nous allons le résumer.
L'autelr. — Vous êtes plus calme maintenant?
M"* A... — Oui ; mais je souffre, vous pouvez me soulager encore.
L'auteur. — Que ressentez-vous ?
M"' A... — Un courant de feu intérieur; un froid insupportable aux pieds et aux genoux.
L'auteur. — Ce feu intérieur vous fatîgue-t-ilî
M"® A. .. — Non, mais le froid aux pieds.
{Ici le magnétiseur emploie quelques pas^s.)
M"* A... — Ah! merci; ils se réchauffent... c'est assez, ils brûlent !
L'auteur. — Souffrez-vous maintenant?
M"' A... — Oui, de la tête, au creux de l'estomac : un point de côté... par tout le corps.
{Après quelques passes autour de la tête.)
L'auteur. — Est-ce passé ? souffrez-vous encore? M"® A... — Moins.. y aïe ! derrière la tête !
(Nouvelles passes; insufflation^ imposition des mains.)
L'auteur. — Maintenant, vous ne souffrez plus ? M""" A... — Plus de la tête; mais de l'estomac, déli*vrez-moi !
L'auteur. — Vous croyez donc que je peux vous soulager ? M"* A.. . — Oui : je le sens.
{Encore quelques passes; elles sont insuffisantes; leréophore que l'expérimentateur tient à la main est appliqué sur la région douloureuse..,)
L'auteur. — Est-ce passé maintenant?
M"'' A... — Tout à fait, je me sens en paradis... Ah I que c'est beau i
L'auteur. — Que voyez- vous ?
M*^** A... —-Cette lumière si brillante que vous me faites passer devant les yeux.
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L'autel R. — Vous fat igue-t-elle?
M"^ A.». — Non, au contraire, continuez.
{Au bout de quelques minutes, l'appareil est écarté ; les passes magnétiques sont continuées.)
L'auteur. — Voyez-vous la lumière?
M"' A... — Oui, niais très-faible.
L'auteur. — Que ressentez-vous?
M"" A... — Pas grand'chose.
L'auteur. — Mais encore ; observez- vous bien. M"* A.., — A peu près ce que j'éprouvais auparavant, mais moins fort; les douleurs vont me revenir.
{L'a7*c électrique est rétabli.)
L'auteur. — Et maintenant?
M"* A... — Oh! vous m'avez rendu le feu intérieur et la lumière, je suis très-bien. Merci !
Il a safii de vingt et une séances semblables, pour rétablir en apparence la santé de la jeune malade ; au bout d'un an, elle retomba dans le même état ; le magnétisme Va encore soulagée, mais sans arriver à une guérison complète.
IX. — D'autres observations, si nous voulions compulser toutes nos noies, présenteraient aux lecteurs des phénomènes analogues; quelques-unes offriraient une identité parfaite avec les séances des magnétiseurs de profession ; un petit nombre enfin, feraient voir des cas où les passes magnétiques^ sans la pile, n'ont produit aucun effet appréciable ; où» avec l'aide d'une pile modérée^ Taction n'a pas été beaucoup plus sensible, et où, en augmentant les couples de la pile, on a produit des perturbations qui ont dû faire interrompre les expériences. Nous nous bornerons à citer deux faits qui ne prêtent ni à l'illusion, ni aux équivoques.
M. B..., préparateur de chimie de l'une de. nos Facultés, homme de science et d'observation, a été instantanément soulagé d'une vive douleur au creux de l'estomac par quelques passes magnétiques aidées de l'action de la pile. Il a, sous
Vaction du regard, du geste et de la Tolonté de celui qui trace ces lignes, éprouvé Fengourdissement, Focclusion des paupières, et la sensation d'une éclatante lumière passant devant les yeux fermés. Enfin, changeant de place, à son tour, et soumettant Texpérimentateur, devenu passif, à Faction de son regard, de son geste et de sa volonté, il a pu produire les mêmes phénomènes, qu*il éprouvait lui-même, quelques instants auparavant, sans éprouver par Faction électrique de la pile avec laquelle il demeurait en communication, aucun effet appréciable. Ce phénomène, qui est caractérisé par des effets différents, suivant la susceptibilité constitutionnelle ou accidentelle des individus à Faction électrique, a été constaté par de nombreuses expériences.
Enfin, Fauteur s'est assuré, par plusieurs expériences^ de la possibilité de faire disparaître presque instantanément la sensation de fatigue musculaire après une longue marche, au moyen d'un courant électrique dirigé par le regard, le geste et la volonté du magnétiseur (1). On peut relier cette observation à dlaulres faits déjà acquis à la science et qui se rattachent à Faction de la force électrique sur le système nerveux et musculaire.
Nous ne pousserons pas plus loin ces emprunts faits à des expériences nombreuses, suivies, depuis bien des années^ sur plusieui^ points de FEurope : si nous ne nous arrêtions pas dans cette voie, il nous serait peut-être impossible d'éviter cette teinte de charlatanisme mystique, reproché à tort ou à raison, à certains adeptes du magnétisme animal. Pour nous, qui ne voyons, dans ces phénomènes, que des résultats produits par une force naturelle, nous devons être positif. Aussi ne craindrons-nous pas de répéter nettement Faffirmation à laquelle nous avons amené nos lecteurs par induction et que nous pensons avoir démontrée par expérience.
Tous les phénomènes bien constatés du système appelé ma-
(1) Expériences entreprises à BagDères en 18S1 et 1852 avec le concours de M. le docteur de Subervie.
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goétisme animal sont des phénomènes électriques; il est possible de les reproduire, en s'aidarit d'un appareil convenablement disposé.
A cette énonciation d^m fait qui nous semble important pour la science de la vie, il nous sera permis d'ajouter quelques conséquences qui résultent aussi de nos expériences.
1*" La force électrique, dégagée par un appareil à courant continu et à faible tension, peut être dirigée par la volonté, le geste et le regard d'un expérimentateur, sur tel organe ou système d'organes qu'il lui conviendra, de Tindividu soumis à Texpérience.
2*" Cette action paraît se porter plus spécialement sur les fluides, sur le système nerveux et sur la sensibilité. On peut, par ce moyen, calmer des douleurs intenses, en exciter, snr un autre point, de spontanées, que l'on fera disparaître tout aussi spontanément.
3" Les effets physiologiques produits, sur les divers individus, par ce mode d'expérimentation, varient suivant les organisations et les dispositions momentanées ; souvent ils sont peu caractérisés. Si l'on augmente la force de l'appareil, ils le deviennent davantage ; mais aussi, et au delà d'une certaine limite, quelques perturbations peuvent en résulter.
4'' Après avoir obtenu des phénomènes physiologiques bien caractérisés avec l'appareil aidé du geste, de la volonté et du regard, si Ton continue à magnétiser en supprimant l'appareil, on produira les rnêmes effets, mais considérablement affaiblis.
S"" Les expériences de cette nature répétées tous les jours pendant un espace de temps suffisant, peuvent opérer la guérison de certaines affections chroniques rebelles aux moyens thérapeutiques ordinaires. Mais elles doivent être dirigées par UD médecin-physicien ; l'imprudence ou l'ignorance pourraient occasionner des accidents nerveux très-graves.
6* Si la force électrique peut produire de tels effets, pour la guérisoD des maladies, on peut aussi l'appliquer dans le sens
de la conservation et du développement des forces vitales.
7** L'électricilé humaine, qui fait partie du faisceau des forces vitales, est susceptible de s'assimiler, dans une certaine mesure, Télectricité extérieure, puisque ces deux forces sont homogènes. .
Nous n'irons pas plus loin dans cette voie : il nous semble avoir énoncé quelques idées utiles à Tavancement de la science de la vie.« et peut-être nos longs travaux leur donnent-ils une certaine valeur.
Aux savants et aux médecins maintenant à critiquer nos opinions, à contrôler nos expériences ; de ces controverses, résulteront, il faut Fespérer, des applications nouvelles de ce principe fécond dont Findustrie s'est déjà emparée pour galvaniser les métaux, pour faire voler les dépêches ; il reste à l'appliquer plus utilement que Ton ne Ta fait jusqu'ici à la santé des hommes. C'est notre vœu le plus cher.
Mais, après avoir étudié la force électrique dans ses rapports avec la force vitale, il nous reste à jeter un coup d'œil sur la vie au point de vue des modifications que lui font subir les instincts, les passions et l'intelligence, principes d'un ordre supérieur aux forces physiques et chimiques, et par lesquels l'homme se trouve relié, d'un côté, aux animaux soumis à son empire, de l'autre, aux êtres plus parfaits dont la vie immortelle est dégagée des besoins nmtériels. Cette étude, d'où va ressortir un petit nombre d'enseignements pour la conservation de la vie, sera l'objet du chapitre suivant.