GOMMENT DOIT-ON COMPRENDRE LE FLUIDE NERVEUX
« 1® que la sensibilité^ ou faculté de sentir, n'appartient pas « proprement aux organes, mais moyennant les organes, à « l'animal virant ; 2" que tout ce qui appartient aux organes, <K se réduit, en dernière analyse, au mouvement ou à la mobi- « lilé, c'est-à-dire à la faculté de recevoir et de transmettre ce les mouvements qui leur sont imprimés ; 3*" que même en «c supposantque toutes les fonctions vitales s'exécutent moyen- « nant les deux seules modifications appelées sensibitité et « contractilité (ce qui est fort contesté), ces deux termes a abstraits indiqueraient seulement que les propriétés vitales « des organes sont des conditions nécessaires à l'exécution des « fonctions, mais nullement qu'elles en sont le principe ou « la cause; 4"^ que les organes,quelque impressionnables qu'ils <( puissent être, ne sauraient exécuter aucune fonction vitale, « qu'antant que la vie réside dans l'animal auquel ils apparue tiennent, et qu'ainsi les propriétés vitales'sont des propriétés « de la vie et non pas des organes ; B"" que, par conséquent, « pour être mus et pour exécuter les fonctions vitales, les « organes ont besoin d'un principe antérieur et distinct de la « sensibilité et de la contractilité ; 6"^ la sensibilité et la « contractilité organique, ou, en d'autres mots, l'aptitude . <( de nos organes à éprouver des modifications, n'est donc « pas le principe des fonctions vitales, mais seulement une « condition nécessaire pour l'exercice de ces fonctions (1). »
Nous n'ajouterons rien à cette démonstration ; elle suffira pour renverser Thypolbèse des propriétés vitales : quelques mots seulement de cette autre supposition, tout aussi gratuite, d'un prétendu fluide nerveux. Et, d'abord, nous pourrions demander, comme à propos du fluide électrique, qu*est-cequ'un fluide qui ne coule pas, un corps insaisissable privé d'atomes et de nM)lécules, une matière qui n'est pas une matière ? Dites force nerveuse ; et alors, vous deviendrez
(1) Études d'anthropologie psychologique, par M. leTicomte de ViLLEMint; ouvrage inédit.
intelligibles, tous tous rapprocherez des phénomènes de la Tie, mais tous ne serez pas encore entièrement dans la réalité des faits. E)xaminons quelques-uns de ces faits.
Nous aTons déjà fait obsenrer que la force électrique pou- Tait susciter quelques-uns des mouvementsTitaux, mais non pas tous ; nous en aTons tiré cette conséqu^iee, que la force électrique n^est pas la force vitale/ mais qu'elle lui est homogène et intimement liée. Pour achever d'éclaircir cette question nous citerons une autre expérience connue de tous les physiologistes et de tous les médecins. Les nerfs sont de bons conducteurs de l'électricité. Si l'on coupe un nerf, en laissant les deux portions en contact bout à bout, les phénoniènes électriques continueront à être transmis par le nerf, comme s'il était intact ; mais la moindre solution de continuité suffit pour empêcher le nerf de remplir ses fonctions vitales, de recevoir les sensations, de communiquer les mouvements, quelle conséquence tirer de ce fait î que c'est la matière organisée du nerf qui transmet la sensation ou le mouvement? Non, sans doute ; parce que s'il en était ain^, le nerf du cadavre remplirait ses fonctions, comme le ûerf vivant. La seule conséquence logique, c'est que, dims l'un et l'autre cas, le nerf n'est qu'un instrument de transmission et qu'il peut toujours être suscité par la force électrique, mais qu'il n'obéit à la force vitale qu'autant qu'il est lui-même animé de la vie.
On prive un oiseau de la faculté de voler en lui perforant l'os du fémur (l),parceque l'air chaud contenu dans Pin tériear des os et de certaines cavités ne peut plus arriver aux ailes. L'oiseau serait-il donc un ballon gonflé de gaz plus légers que l'air atmosphérique ? Non, sans doute; il est vrai que c'est au moyen de ces gaz qu'il s*élève et se soutient dans l'air ; mais la différence entre lui et le ballon, c'est qu il peut, par un acte de son instinct ou de sa volonté^ augmenter ou dimi-
(1) Expérience de M. JolMird. Comptes rendus de l' Académie des sciences ^ t. XXVI, p. 230.