‹ Essai sur la conservation de la vieChapitre 6 sur 146 · V. Médecine préventive · texte numérisé non relu

V. Médecine préventive

I. — Nous allons, dans ce chapitre, jeter un rapide coup d'oeil sur les incertitudes de l'art médical ; et nous aurons beaucoup de doutes et d'anomalies à faire ressortir. Ailleurs, nous aurons à appuyer quelques-uns de nos raisonnements sur les principes mêmes de la science; et là, nous trouvons un terrain plus ferme, des préceptes déduits des lois de la vie. Mais la nature des questions que nous cherchons à éclaircir nous oblige à commencer par les critiques.

Malgré la variété et retendue des connaissances que réclame l'exercice de la médecine, l'application de cette science est renfermée, par la nature même des choses, dans des limites assez étroites.

La première et la plus naturelle préoccupation du médecin a dû être de soulager les souffrances de ceux qui l'appelaient. Delà, sont venues l'étude de chaque maladie, puis les classificaiions qui, à elles seules, forment une science que la vie d'un homme suffit à peine à approfondir; et puis enfin, cette sorte d'ardeur qui anime les médecins à la vue de ce qu'ils appellent une belle maladie, comme le guerrier s'irrite et s'enflamme à l'aspect des batteries ennemies. On trouve des traces de ce sentiment dans les livres de médecine de toutes les époques, mais jamais il n'a été aussi prononcé que de nos jours; nos médecins aiment à lutter contre la mort, à lui dis-

puter sa proie, e( ils accourent de tous les points de Thorizon, sans même trop songer à leurs intérêts, quand il s'agit d'une de ce3 horribles'affections qui font d'un reste de vie un enfer anticipé.

De cette tendance naturelle de la science et de ceux qui l'exercent, il a dû résulter que la médecine s'est toujours fort peu occupée de Thomme en état de santé, et beaucoup de rhomme malade. Ces deux états de l'organisme en modifient toutes les conditions, de telle sorte, que Tefifet de cerfeines substances est entièrement différent sur le corps malade, de ce qu'il est sur les organes faisant régulièrement leurs fonc* tiens. Par exemple, il est de certaines maladies graves, dans lesquelles quelques praticiens n'hésHent pas à administrer de 20 à 30 grains d'émétique, et quelquefois ils sauTent le malade; la moitié de cette dose emporterait, àéxm des conditions ordinaires, Tbomme le plus robuste (1).

C'est ainsi que, préoccupés des conditions inbérevitesà l'état de maladie, entraînés par leur zèle pour rhumanité^et douTent pressés par l'urgence du danger, les médecins en sont' venus à s'occuper de guérir les maladies plutôt que de les prévenir.

Tel est même, dans l'opinion du vulgaire, le seul but delà médecine : la loi encourage ce préjugé, et elle rétrécit la science par le privilège qu'elle confère au bonnet de docteur. Pour le pouvoir comme pour le public^ un> médecin est un guérisseur patenté^

II. — Mais ce droit, qui est <x)nféré'par la loij est-il eicercé^ avec certitude 2 La médecine est«^elle,<comme la géométrie ou \e droit naturel, fondée sur de&principe» absolus, d'où se déduisent des con$équences nécessaires?

Nullement, la médecine est de toutes les sciences la plus conjecturale dans ses applications.

(1) Système Rasori, assez généralement adopté en Italie. Il a été parfaitement résumé dans le bel ouvrage de M. le professeur Combes, sur la médecine en France et en Italie.

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