ACTION DU CERVEAU SUR LES FONCTIONS
la maladie de l'inleUigence qui a arrêté les développements du cerveau^ et que la guérison rétablira les circonvolutions cérébrales dans l'état normal. Mais cette maladie peut-elle être traitée et guérie? Un peu plus loin, nous dirons quelques mots du traitement des maladies mentales et morales ; Ici qu'il nous suffise de rappeler le vieux fabliau de Sargines, ce petit chef-d'œuvre de grâce, de délicatesse et de connaissance de l'homme ; je pourrais aussi citer un charinanl roman de Dickens, dont le héros est un idiot qui s'élève, par degrés, jusqu'à l'héroisme (1). Mes lecteurs me pardonneront ces réminiscences littéraires ; je ne fais que suivre l'exemple de mon vénérable mattre et ami, le professeur Lordat ; ce savant anatomiste qui démontre, tous les jours, que l'esprit ne vieillit pas, aime à s'appuyer, dans ces matières, sur l'aulorité des moralistes, des poêles et des romanciers. Il a raison. Le médecin qui ne sait pas étudier l'homme dans son ensemble et du point de vue le plus élevé, n'est plus médecin, il tombe au-dessous du dernier des empiriques.
Encore une observation cependant, sur le cerveau et les nerfs.
Un des faciaux (nerf d'expression de sir G. Bell et deDugès) qui tire son origine des éminences olivaires, aux environs de la protubérance annulaire, communique aux muscles de la face divers mouvements de contraction et d'expansion (2) : il sert ainsi à l'expression des désirs ou des passions. Aussitôt que ces connexités ont été bien connues, certains savants ont placé dans les éminences olivaires la source des mouvements passionnés ; pour quelques-uns même la passion n'est qu'une sécrétion de ce renflement du cerveau comme les larmes sont sécrétées par les glandes lacrymales? 11 y a, ici, une question à éclalrcir, sous peine de tomber dans des erreurs graves. J'accorderai très-volontiers que le nerf est l'agent qui tire
(1) Bamaby Rudge, a novel by Charles Dickens, £sq. two vol.
(2) Physiologie comparée de l'homme et des animaux, 1. 1, p. 363. P^TREQOIN, Anatomie médico-chirurgicalep p. 169.
le muscle, non pas précisément comme la corde fait mouvoir la poulie, mais par une force analogue à la force électrique ; je n^ai pas même beaucoup d'objections à élever contre un rôle quelconque des olives ou de la protubérance annulaire dans cette transmt^ion. Mais je ne crois pas qu'il soit possible de nier Tinfluence suprême de la volonté intelligente sur ces mouvements d* expression de la face humaine. Us peuvent être involontaires et instinctifs, comme lorsqu'on est brusquement surpris par une émotion subite ; mais lorsque l'âme pensante a eu le temps de délibérer, si elle a des motifs pour que les mouvements de la figure ne trahissent pas ce qui se passe dans le moi intime, la volonté ordonne et les muscles dissimulent. Ceux même qui ont su se faire un front qui ne rougit jamais^ un masque toujours paralysé d'un impas^ble sourire, comme celui que mes anciens collègues de la diplomatie enviaient à M. de Talleyrand, ceux-là ne laissent jamais lire, snr leur visage, aucune émotion; Enfin, tout le monde sait que les acteurs acquièrent la faculté d'imprimer, à leur figure, l'aspect des émotions les plus opposées et les plus violentes. Quelques personnes supposent que le mime éprouve momentanément les passions qu'il représente et l'on dit : a II entre dans l'esprit de son rôle. y> C'est une erreur. Le grand acteur, pendant qu'il est en scène, est occupé seulement et uniquement du désir et de la volonté de bien jouer. Ses yeux versent des larmes, ses traits expriment la colère, le mépris ou le bonheur; mais son moi intérieur est absorbé dans la reproduction des gestes et des inflexions qu'il a étudiés devant sa glace. Le grand tragédien de notre siècle, Talma, le disait à qui voulait l'entendre (1). Un des bons romanciers de TAngleterre, M. Thackeray, a tracé le piquant portrait d'une grande actrice tout à lait inaccessible aux émotions de l'âme ou de l'esprit, et répétant, cemme une automate, les gestes et les inflexions qui lui sont soufflés par un hideux petit
(1) Sow>tnir$ des causeries dé Brunoy,