‹ Essai sur la conservation de la vieChapitre 61 sur 146 · ACTION DU CERVEAO SCR LES FONCTIONS · texte numérisé non relu

ACTION DU CERVEAO SCR LES FONCTIONS

bossu (1). « Elle était belle et sublime, dit-il, mais fort béte ! Elle avait tout juste assez d'esjprit pour laisser diriger sa volonté par le petit bossu, v

Voilà donc les muscles de la face dominés par une puissance supérieure aux sensations, aux souvenirs, même aux passions ; faut-il s'étonner, si cette force agit sur les nerfs et sur les organes de Tencéphale?

A quelque point de vue que Ton se place pour étudier les phénomènes de la vie, on rencontre toujours cette hiérarchie de forces gouvernant le mécanisme humain, sous la haute direction de Tâme pensante. Aussi, Tavons-nous déjà fait observer, les savants modernes, malgré les tendances du siècle, admettent-ils, presque tous, des forces vitales et des forces ititellîgentés, des mouvements involontaires et des tnouvements occasionnés par la volonté. D'autres, s'élevant un peu plus haut et se rapprochant davantage de la véritable natung des êtres vivants IbI* surtout de celle dô Phomme qui les résume tous, ont reconnu un ordre physique, un ordre instinctif et un ordi^ moral, d'où résulterait une classification de forces distinctes pour chacune dé ces catégories (2). Cette classification des forces serait peut-être la meilleure ; mais l'essentiel est d'arriver à obtenir que, dans la pratique de la médecine, on veuille se préoccuper un peu davantage d'appliquer, à la conservation de la vie, Tensemble des forces qui la régissent. En général, on se borne beaucoup trop à remploi des fôi-ces mécaniques (thérapeutique chirurgicale) et à celui des forces chimiques (thérapeutique interne). Nous sommes de ceux qui pensent, que la science aurait encore à gagner, dans Tétude pratique des phénomènes de la vie considérés dans leur ensemble, c'est-à-dire au point de vue vital, instinctif et intellectuel. Un chimiste qui ne saurait pas un

(1) PefMfefiif»», a novel by W. Thackeray.

(2; Yoir un Mémoire deM« Chevreul, inUtulé: Considérations générales et tnductives, relatives à la matière des êtres vivants. Journal des savants, année 1837.

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mot de physique, serait un pauTre chimiste sans doute, et réciproquement : un botaniste qui ignorerait les lois de la germination et de la végétation, serait bon tout au plus à étiqueter les cases d'une boutique d'herlxMnste. Que dire d^un médecin qui ignore les rapports entre l'instinct^ Tintelligenceet la vie, ou qui néglige de les appliquer? Cependant, dans le programme officiel des hautes études, tout ce qui a rapport aux facultés de l'instinct ou de rame pensante, est relégué avec les abstractions philosophiques ; c'est-à-dire en dehors du domaine des applications pratiques !

IV. — Essayons cependant de jeter un rapide coup d'œil sur quelques-uns de ces phénomènes de la vie instinctive et de la vie intelligente ; peut-être en pourrons-nous faire découler quelques enseignements utiles.

Et d'abord on se demande : Qu'est-ce que l'instinct, qu'estce que rintelligence ?

En de telles matières, les définitions sont souvent obscures : elles n'éclaircissent rien ; on comprend mieux les faits. Substituons donc des faits aux définitions.

Le castor, dans l'état de nature, vit en république; les citoyens de cet état sont tous habiles ouvriers. Us savent couper des arbres dans la forêt, les faire flotter sur la rivière, en construire des digues et des maisons sur pilotis ; ils enferment, dans ces édifices, leurs provisions d'hiver. Un Anglais, qui avait résidé au Canada, rapporta, il y a quelques années, à Londres, un castor apprivoisé qui répondait au nom de Tom. Voilà donc Tom établi à un second étage de la cité, prenant ses repas dans une assiette, ses bains dans un baquet. Mais bientôt on s'aperçut de la disparition d'un étui à chapeaux, de quelques vieux carions et de quelques barreaux de chaises. Tous ces matériaux avaient été utilisés par Tom, qui avait élevé, sur le fleuve du parquet, une magnifique digue, surmontée d'une cabane où il venait apporter les débris

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de ses aliments. Les castors da Jardin des Plantes se sont conduits jastement de même.

Voilà l'instinct...

Quand les chiens du Saint*Bernard suivent la piste du malheureux voyageur^ enscyeli sous les débris de ravalanche, quand, pour arriver jusques à lui, ils écartent la neige avec leurs pattes, quand ils s'efforcent de le ranimer et de le conduire vers l'asile hospitalier, ils obéissent aussià un instinct^ qui a été, chez eux, développé par l'éducation; mais, leurs efforts sont impuissants, le malheureux saisi par le froid, reste immobile dans son cercueil de neige ; alors le bon chien retourne rapidement à Thospice, il aboie, il tire les frères par leurs vêtements et, s'il le faut, il se suspend, avec sa gueule, à la corde de la cloche pour sonner Falarme. Voilà des actes qui, s'ils ne sont pas tout à fait de Tintelligence, au moins, s'en rapprochent beaucoup. L'homme peut développer ces facultés chez les animaux, par l'éducation ; et alors, ces aptitudes deviennent héréditaires : de là, le vieil axiome : bon cfden chasse de race. De quelle nature sont ces facultés intelligentes qui existent incontestablement chez certains animaux? Pçut-on les considérer comme constituant une âme inférieure, dans son essence, à l'âme humaine, mais indépendante de l'instinct, ou bien sont-elles seulement des facultés instinctives susceptibles d'un plus grand développement? Les savants sont divisés, tout aussi bien que les théologiens, sur ces questions ardues. Ce n'est pas ici le lieu de les traiter ; de telles dissertations n'aboutissent, le plus souvent, qu'à un étalage d'érudition, ou bien à des spéculations philosophiques sans applications utiles. Nous nous contenterons donc d'énoncer une règle générale admise par la science : c*est qu'à mesure que Ton développe ces facultés quasi intelligentes appelées par les anciens raisonnement animal, brutorum syllogismif Tinstinct proprement dit s'émousse et s'amoindrit.

Il en est de même pour l'homme. Chez celui dont l'hérédité

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et Fédecation ont déTeloppé les facultés iatelligentes, les facultés iustînctives sont amoindries : chez le sauvage, au contraire, l'instinct domine. 11 existe encore, dans cpielques recoins de TOcéanie, des hordes sauvages tombées au plus bas degré de Tabrutissement; mâles et femelles suivent les ani^ maux a la piste avec Tinstinct de Thyène ou du chacal ; et, quand ils arrivent à leur proie, comme le léroce pongo, ils déracinent une branche d'arbre pour l'assommer. Ces malheureux semblent n'avoir de l'humanité que ses plus mauvaises passions ; cependant ils possèdent l'intelligence, car ils savent fabriquer un arc et des flèches, ce qui nécessite une association d'idées, à laquelle aucun animal ne s^élèvera jamais.

L'homme, en effet, possède l'instinct et l'intelligence : ce fait est admis par la science, et nous en avons la démonstration à chaque instant de noire vie.

Je marche ; mes yeux voient un animal venimeux, dont ils portent l'impression au cerveau et, spontanément, mes membres se disposent à prendre la fuite. C'est l'instinct qui a commandé aux organes. Mais bientôt, la raison délibère, la ntéinoire des faits antérieurs me retrace d'autres images : celle île la faiblesse du serpent, et de la supériorité de ma force musculaire; l'amour de l'humanité me dit qu'il est utile de détruire des reptiles nuisibles ; peut-être aussi la vaAité me soufBe-t-elle une pensée de gloriole, et, aussitôt, ma main saisit une arme, mes jambes se rapprochent et j'écrase la vipère. Ici, l'instinct a été vaincu par la volonté, faculté intelligente qui a arrêté des mouvements instinctifs et a forcé les membres à en exécuter de contraires. '- ^ ? .

La femme nerveuse, l'homme sans courage, qui, dans cette' occasion, auraient réellement pris la fuite^ ëe seraient laissé dominer par leur instinct bestial. Si l'intelligence n'a pas triomphé dans la lutte, c'est qu'elle ne l'a pas voulu. Elle était libre d'ordonner d'autres mouvements ; les membres les auraient exécutés. Le comte de Maistre a présenté un tableau

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