LES HALLUCINATIONS
une sainte Thérèse, la plus noble des facultés intelligentes, Tamour de Dieu dominera momentanément toutes les forces ; et rame éclairera, pendant quelques iùstants un cerveau humain d'un reflet des divines splendeurs du séjour des bienheureux.
Les hallucinations sont souvent involontaires ; et alors, elles résultent d'une perturbation des forces instinctives ou organiques ; mais, en général, elles proviennent de la volonté. Une méditation sérieuse et triste peut nous aflecter jusqu'au point de faire couler des larmes ; ici, il y a accomplissement d'une fonction organique, sous l'empire d'une hallucination volontaire ; les organes de sécrétion ont obéi à cette force, tout comme ils auraient obéi à Texcitation occasionnée par une force physique ou chimique : par exemple, comme si on avait respiré de Tessence de moutarde.
Quant aux hallucinations purement instinctives, nous en avons déjà cité un exemple, en parlant de la rêverie des voluptueux ; nous pourrions en ajouter beaucoup d'autres : les livres sont pleins de ces sortes d'historiettes. Rappelons seulement ce qui est affirmé par les voyageurs^ sur les effets de la soif au milieu des brûlants déserts de l'intérieur de l'Afrique. Les malheureux, dont les outres se sont desséchées et qui ne peuvent arriver à Toasis hospitalière, voient, de tous côtés, des mirages de lacs et de cascades ; ils expirent au milieu d'une hallucination instinctive de bocages verdoyants et de fraîches fontaines. Si une caravane secourable vient à les rencontrer, leur donnéra-t-on à boire ? Non : ils seraient frappés de mort instantanée ; mais on leur frotte les lèvres avec une gousse d'ail, on leur fait respirer des cordiaux ; et, ensuite, on les enveloppe dans une couverture mouillée. Leur mal a eu, pour cause première, une perturbation chimique dans les fonctions des organes, perturbation qui a amené celle des forces instinctives ; et on aide la force médicatrice naturelle à rétablir l'équilibre, en stimulant, par des cordiaux, le système nerveux, ganglionnaire et muqueux : le traitement
est parfaitement rationnel: aucune de nos académies ne pourrait conseiller mieux aux chameliers africains.
Pour terminer ce qui nous reste à dire sur les hallucinations, il faut nous occuper des rêves ; car l'homme est sujet aux hallucinations pendant son sommeil, comme dans Tétat de veille.
VI. — Je n'essayerai point de définir ce que c'est qu'un rêve ; tout le monde le sait : et si ma définition était parfaitement scientifique, elle pourrait bien cesser d'être comprise. H sera plus utile de rechercher les causes du sommeil^ et ses e£rets sur la vie.
Les ignorants disent : c< Von dort parce que Von est fatigue'; » et les ignorants énoncent une vérité que les expériences des savants ne font que confirmer. Le sommeil, en efiet, succède aux fatigues de la journée et il les répare. Mais ces fatigues résultent -elle d'une déperdition matérielle des organes et des membres ? Non, sans doute ; car la transpiration insensible, les sueurs même et les autres sécrétions, si elles sont régulières, ne font éprouver aucune fatigue ; au contraire, elles reposent, en rétablissant l'harmonie des fonctions. 11 est donc permis d'établir que si les exercices violents ont pour conséquence des fatigues, comme, d'un autre côté, ces mouvements sont le résultat de l'action des forces motrices du corps humain, c'est que la sensation de fatigue a été occasionnée par une trop grande déperdition de forces ; et le sommeil vient les réparer. Barthez a remarqué, avec Borel et d'autres observateurs, que les malheureux soumis au supplice de la question tombaient quelquefois dans le sommeil pendant les tortures ou immédiatement après (1). 11 a dopné l'explication de ce phénomène avec sa lucidité habituelle. C'est une paralysie des forces sensitivcfs par excès d'action. Si Barthez eût connu les effets des vapeurs d'éther
(1) Barthez, Nouveaux éléments de la science de l'homme^ t. Il, p. lô*».